LA protection de l’environnement, bien qu’elle soit brandie comme un étendard par la plupart des responsables, est en réalité le cadet de leur souci et demeure jusqu’à preuve du contraire un vœu pieu à ranger au rang des colifichets et autres fantaisies dans le placard à attrape-nigauds des invendus électoraux.

L’enfer est pavé de bonnes intentions
Au Pradet comme partout, la Municipalité avance masquée derrière cette oriflamme, se reconnaissant des qualités et se décernant à elle-même des satisfecit dont le mérite revient le plus souvent à d’autres. Tout en agitant le paravent divertissant des quelques actions menées ici ou là pour préserver ce qui l’était déjà (Littoral protégé par la Loi du même nom, espaces acquis par le Conservatoire, terrains militaires ou agricoles…), elle développe de manière quasi-systématique une politique d’aménagement pénalisante pour le cadre de vie en général et la nature en particulier.
Elle fait mine d’ignorer que la plupart des actions de sauvegarde ou de réhabilitation du patrimoine sont initiées et menées à bien par des associations et des bénévoles, espérant que leur agitation dans les collines et sur les plages masquera éternellement sa propre entreprise de mise en valeur du territoire au profit exclusif des spéculateurs et des promoteurs immobiliers.
Des préoccupations plus financières qu’urbanistiques président ainsi à l’aménagement de l’entrée Est de la ville où la ZAC de l’Esquirol est en train de se développer en concurrence directe avec le petit commerce du Centre et les espaces agricoles qu’il conviendrait plutôt de dynamiser. Si l’étude de l’Audat qui prévoit l’implantation à proximité de 1600 logements se réalise, le coup de grâce sera asséné au quartier en même temps que sera sérieusement hypothéqué l’avenir touristique du Pradet [1].
« La Voix de son maire », organe municipal qui décline le patronyme du premier magistrat à tous les modes et sur toutes les coutures, lui attribuant la paternité de tout ce qui se fait de généreux et de valeureux dans la cité, nous informe avec parcimonie des véritables projets de la commune.

La coupure d’urbanisation de la Garonne
Les deux numéros d’avril et mai 2006 sont à ce titre particulièrement exemplaires. On y voit à la une en encadré la traditionnelle photographie du Maire, posant souriant et affable devant le littoral pradétan cerclé de collines vertes encore à peu près vierges. Derrière lui, en fond sur toute la largeur de la page et formant la une de la publication, on découvrait en avril une vue sur mer imprenable depuis les hauteurs de la Garonne avec au premier plan des terrasses horticoles qu’en d’autres temps il qualifiera de friches, et en mai une vue des mêmes terrasses prises sous un autre angle en pleine floraison des Tulipes, qu’en d’autres temps il qualifiera de délaissées...

Ces deux unes sont un bel exemple de désinformation et de manipulation de l’opinion. On souligne le caractère exceptionnel du patrimoine paysager en utilisant deux photographies de terrasses agricoles promises à terme à l’urbanisation. Cela est à la fois judicieux et paradoxal.
Judicieux, puisqu’il s’agit d’illustrer dans les deux cas un éditorial de M. le Maire mettant l’accent sur la qualité environnementale de notre commune et la nécessité de sauvegarder ce cadre naturel de grande qualité. Paradoxal, quand on sait que ces terrasses sont situées en plein milieu d’une coupure d’urbanisation que M. le Maire se propose de faire annuler afin de rendre les terrains constructibles à l’occasion de la publication du PLU [1]) et [2].
Ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres de la manière dont les citoyens sont informés sur les projets qui engagent leur avenir et celui de leurs enfants.
Ainsi, la Voix de son Maire de novembre 2006 évoque de manière partielle et partiale l’état d’avancement du PLU qui est en phase d’achèvement en titrant : « Voilà les enjeux majeurs pour notre commune et son devenir : préserver la qualité environnementale de notre ville, renforcer son attractivité et maintenir son équilibre sociologique », sans jamais évoquer le contenu du projet politique réel qui n’est hélas accessible qu’à quelques apparatchiks qui en gardent jalousement le contenu secret. Il serait tellement plus démocratique mais combien plus risqué de publier le compte-rendu de la réunion des personnes associées du 14 septembre 2006 dont l’ordre du jour était : Présentation du PLU avant arrêt.
Ce document nous donne une synthèse bien plus instructive que le PLU lui-même et son règlement qui constituent des pièces administratives à peu près illisible pour les non-initiés, propices à toutes les dissimulations et les noyages de poissons. Au contraire, cette note a le privilège de la clarté. En 6 pages, sans effet de manches, sans fard ni dissimulation, le Maire s’adresse aux décideurs et livre dans le détail les tenants et les aboutissants de son projet politique élaboré sous la houlette du Cabinet Citadia Conseil. Contrairement à ce qui est constamment mis en avant par les organes d’information municipale, l’urbanisme est ici prioritaire et l’environnement réduit à la portion congrue [3].
Il va sans dire que ce document est bien plus édifiant et instructif que la Lettre du Maire de novembre 2006, dans laquelle celui-ci s’adresse à ses administrés et brosse à grands traits un portrait un peu plus édulcoré de ce que sera le futur PLU qu’il cherche à leur vendre à l’insu de leur plein gré. Ici les vessies sont par essence des lanternes, le "dit" du Maire est incontestable, la Voix du Maire est son prophète.
Or ce qui caractérise la politique de la Ville, quoi qu’en disent nos édiles, c’est le caractère opaque et l’absence totale de concertation qui président à son élaboration. Ce qui est désolant c’est que la démarche trouve sa justification au niveau d’un cadre réglementaire dont les bonnes intentions initiales (mixité sociale, développement économique, déplacements doux) sont en fait détournées et utilisées uniquement à des fins mercantiles. Inévitablement c’est le point de vue des aménageurs qui l’emporte sur celui de ceux qui se soucient d’abord du respect de la gestion économe de l’espace et du développement durable préconisés par la Loi Solidarité et Renouvellement Urbain. Au niveau de l’intercommunalité on était en droit d’attendre une rationalisation du développement liée notamment à la mise en place de la Taxe Professionnelle Unique. Or on assiste toujours à la multiplication des ZAE et à la dégradation des paysages d’entrées de ville par la consommation accélérée des espaces périurbains.
Il est particulièrement savoureux de lire dans La voix de son Maire de novembre 2006 : « Bien entendu, les Pradétans ont été associés aux réunions publiques, et par la (sic) concertation des comités d’intérêts locaux tout au long de la procédure », quand on sait que les réunions auxquelles M. le Maire ou ses adjoints font référence pour cautionner le caractère démocratique de la procédure d’élaboration du PLU n’ont été au mieux que des réunions d’information à sens unique, si l’on en juge par l’absence totale de retour sur le travail et les propositions faites par les associations et les comités de quartier. A chaque stade de copieux dossiers ont été adressés au Maire et à son mandataire, le Cabinet Citadia Conseil, sans que jamais ceux-ci ne daignent même en accuser réception… On comprend mieux pourquoi, à la lecture de la note de synthèse sur le futur PLU, dans la mesure où les remarques des CIL dessinaient un Pradet à l’exact opposé du projet de M. le Maire qui s’apparente plutôt à une vision au sens médiumnique du terme [6].
La Messe est dite, le foncier sera bientôt « consommé », la ville s’étendra d’Est en Ouest, de la Diligence au Pont de La Clue, la Garonne sera soudée au Village et à l’Artaude, Le Collet Redon et le Collet du Pastre libérés du carcan des EBC se seront densifiés, la population aura plus que doublé, nos élus pourront prendre une retraite bien méritée avec le sentiment du massacre accompli.
Peut-être prendront-ils alors le temps de méditer cette phrase :
« La décision de construire, d’occuper l’espace, est irréversible, alors que la décision de le protéger est toujours provisoire. Le vide attire le plein, le plein ne recule jamais au profit du vide » Gérard Larcher, Sénateur, Rapporteur du projet de loi d’orientation pour l’aménagement et le développement durable du territoire en 1999.
Ou celle-là extraite du livre de M. le Maire, Une ambition pour le Pradet, écrit en 1995 pour les besoins d’une échéance électorale :
« J’ai insisté à maintes reprises dans les pages qui précédent sur l’atout que constituent pour nous la taille et le caractère provençal de notre ville. C’est vrai : il fait bon vivre au Pradet et il nous faut préserver cette richesse que nous envient bien des cités dépourvues de charme »...
Ou bien encore celle-là à propos de la conduite des opérations :
« Le fil rouge qui les relie toutes, c’est l’économie et au Pradet, notre économie ne peut être que touristique. Une commune sans objectif économique risque de devenir très vite une cité dortoir »...
Qu’à cela ne tienne !
[1] Quoiqu’il s’en défende à moitié, M. le Maire a bel et bien l’intention de mener au bout ce projet initié de longue date. La lettre jointe du 22 juin 2006 par laquelle il adresse au Président du Conseil Général l’Etude de l’AUDAT en atteste ainsi que le compte-rendu du Conseil Municipal du 16/11/2005.
Ce projet pharaonique de création de 1600 logements à l’entrée est de la ville dans le secteur de l’Esquirol, au prix de l’expropriation de quelques dizaines d’hectares de terrains agricoles ne ferait que confirmer cette tendance généralisée à hypothéquer l’avenir de nos enfants. Sous couvert de crise du logement et de développement économique on se propose de livrer à l’urbanisation les derniers hectares agricoles qui contribuaient à faire de cette zone un espace intermédiaire entre la campagne et la ville dans lequel le respect du paysage s’harmonisait avec le maintien d’une activité traditionnelle complémentaire voire indissociable de la vocation touristique affichée de la commune. La conséquence immédiate d’une telle réalisation se traduirait par une augmentation de plus de 55% de la population.
Dans Var-Matin du 13 décembre 2006 le Maire tient des propos qui se veulent rassurants, mais qui sont contredits par ceux qui lui étaient attribués il y a tout juste un an dans le même journal : « Les socialistes se sont particulièrement positionnés contre la volonté avouée de Roland Joffre de supprimer la coupure d’urbanisation de la Garonne ("en partie urbanisée"), de réduire la zone naturelle d’intérêt floristique et faunistique située dans le plan ("une friche") et de dézoner toute la zone agricole située à l’est du chemin de la Foux » M.V. Var-Matin 18/11/2005.
Autres documents officiels :
[2] Extrait du compte-rendu de la réunion des personnes associées à l’élaboration du PLU du 14 septembre 2006 : « M. le Maire précise que la commune a justement commandé une mission d’expertise sur les conditions d’application de la Loi Littoral sur la commune et que cette coupure d’urbanisation ne répond à aucun critère jurisprudentiel sur la question compte tenu de la présence de plusieurs discontinuités majeures (RD86 notamment), d’une urbanisation diversifiée (résidences hôtelières, lotissements denses, urbanisation diffuse…) et parfois importante et de la présence de structures lourdes d’accueil du site de l’IME Bel Estello et du Centre Départemental de l’Enfance à proximité du littoral. La coupure de Courbebaisse, qui n’était pas mentionnée dans le document lecture cartographique de la Loi Littoral, répond quand à elle fidèlement aux critères législatifs et jurisprudentiels. »
L’argument principal invoqué par le Maire et les experts du Cabinet Citadia Conseil pour remettre en cause la coupure est que celle-ci est déjà « mitée » par une zone d’habitat diffus. Voir à ce propos le point de vue du Ministre :
Question écrite n° 49984 de M. Le Guen Jacques ( UMP - Finistère ) publiée dans le JO AN du 31/05/2005 - page 5505 : M. Jacques Le Guen attire l’attention de M. le ministre de l’équipement sur l’imprécision de la notion de "coupure d’urbanisation". En conséquence, il lui demande de lui indiquer quelle interprétation il convient de faire de cette notion.
Réponse du ministère transports, équipement, tourisme et mer publiée dans le JO AN du 09/08/2005 - page 7745 : « Le principe posé par la loi littoral est que deux agglomérations qui sont discontinues ne doivent pas être regroupées en une seule agglomération. Il appartient dès lors aux documents d’urbanisme de classer en zone agricole ou en zone naturelle une partie significative des espaces qui séparent deux agglomérations. Cette disposition ne fait pas obstacle au développement de l’urbanisation en continuité des agglomérations existantes. Mais ce développement doit être limité lorsqu’il s’effectue en direction d’une autre agglomération, de façon à éviter de supprimer la coupure d’urbanisation… La présence de constructions d’origine agricole et de quelques constructions d’habitation correspondant à un mitage de l’espace ne supprime pas le caractère éventuel de coupure d’urbanisation de cet espace ».
[3] Compte-rendu de la réunion des personnes associées à l’élaboration du PLU du 14 septembre 2006. La lecture de ce document ne manque pas de sel. On est loin des précautions oratoires qui prévalent lors de la communication avec les administrés, on s’adresse ici à des professionnels du Monopoly habitués aux métaphores guerrières et gastronomiques de nos élus… Les enjeux territoriaux, la maîtrise totale de l’urbanisme, sont confrontés à la pression foncière énorme, au mitage des zones, aux constructions illégales, à la vente à la découpe, avec en toile de fond les espaces à consommer...
[4] Zone Naturelle d’Intérêt Faunistique et floristique.
[5] Le Livre Blanc du SCOT a pourtant souligné le danger : « la course entre urbanisation et infrastructures routières. L’accessibilité offerte par la route rend possible l’urbanisation d’espaces éloignés des centres urbains, mais cette urbanisation entraîne une hausse du trafic automobile qui rend nécessaire un élargissement de l’infrastructure qui redonne une nouvelle accessibilité au secteur qui permet un nouveau développement de l’urbanisation… »
[6] Il n’est peut-être pas inutile de rappeler ici les notions de base de la démocratie participative.