LE statut de directeur d’école n’existe pas. Le directeur est un instituteur ou un "professeur des écoles" lambda, plus ou moins volontaire, plus ou moins désigné pour assumer des responsabilités administratives qui prolongeront sa charge d’enseignement.
Jusqu’en 2006, le directeur d’une école élémentaire comptant moins de cinq classes ne disposait d’aucune décharge horaire pour effectuer les tâches propres à sa fonction supplémentaire (gestion de l’équipe pédagogique, du personnel d’accompagnement, des locaux, échanges avec les parents, avec la commune, avec les associations, mise en place du plan vigipirate, du plan particulier de mise en sécurité en cas de risques majeurs …sans parler des réunions, des formulaires de déclaration et des dossiers à remplir).
Jusqu’à neuf classes, le Ministère accordait au directeur une décharge d’un "quart-temps" (un quart de son service). Un mi-temps jusqu’à treize classes. Il fallait une grosse école d’au moins quatorze classes pour que le directeur soit totalement exempté d’enseignement. Une configuration extrêmement rare (moins de 5% des écoles de l’Hexagone, selon les intéressés).
Estimant la situation intenable, les directeurs du territoire ont engagé en 1999 une grève administrative par laquelle ils revendiquaient un statut, du temps, du personnel supplémentaire correctement employé. Modalité de la grève : les documents exigés par le Ministère sont remplis mais non transmis.
À ce stade, il est important de préciser que les directeurs d’école en grève administrative effectu(ai)ent normalement le travail d’enseignement pour lequel ils touchent un salaire (La fonction de directeur leur permet de bénéficier en outre de 75 euros par mois sous forme d’ "indemnité de sujétion spéciale").
En mai 2006, le ministère répond aux revendications des directeurs en établissant un protocole "d’amélioration des conditions de travail" qui aboutira aux décisions suivantes :
Les directeurs d’écoles de quatre classes seront déchargés d’un quart-temps... Mais ce sont des stagiaires d’IUFM, à savoir des étudiants, qui enseigneront à la place des directeurs dans les quart-temps "libérés".
L’indemnité de direction est revalorisée de 20% : de 75 euros mensuels, on passe à 90.
Le Ministère permet l’embauche d’un EVS (emploi de vie scolaire) par école sur la base de contrats "avenir" : réservés à des chômeurs longue durée ou des RMIstes, 10 mois maximum sans reconduction possible, 26 heures par semaine au SMIC horaire, interdiction de travailler à côté. Précaire ? Non : "moderne". Enthousiaste, le Figaro titrera même sur « 50.000 nouveaux postes créés pour les écoles. »
Un syndicat minoritaire, le SE-UNSA, signe le protocole : le ministre le met en application (cliquez sur le lien pour apprécier la communication du Ministère). À la rentrée (septembre 2006), d’autres syndicats plus représentatifs (SNUipp et SGEN) dénoncent la procédure et annoncent la poursuite de la grève administrative.
Le Ministère, via certains Inspecteurs d’Académie, fait un premier rappel pour que lui soit transmis l’Enquête 19 (qui permet de renseigner sur les effectifs des écoles classe par classe). Dans le département du Var, cette enquête est bloquée à plus de 50%. Deuxième rappel. Troisième rappel en décembre 2006 avec menace de retenue d’une journée de salaire.
Dans le Var, selon les sources, entre soixante-dix et une centaine de personnes (20% des écoles du département) tiennent bon.
Et perdent un jour de salaire pour "service non fait".
Répétons que les enquêtes 19 ont été remplies mais non transmises. Le travail est donc effectué. Mais d’accord : admettons quand même qu’il y ait là une carence inadmissible de la part des directeurs. La logique voudrait que le Ministre prélève un trentième de l’indemnité de direction et non du salaire. C’est à dire 3 euros, puisque la grève ne concerne absolument pas le travail pédagogique.
Cynisme du Ministre (qui argue de "l’indivisibilité" du prélèvement pour fait de grève ?), précarisation de la fonction publique (via les EVS), mépris pour la formation des futurs professeurs des écoles (appelés à boucher les trous alors qu’ils n’ont pas encore fini leur formation)… Noir tableau.
Des comités de directeurs se mettent en place et tentent d’alerter les élus locaux. Renseignements complémentaires, témoignages et actualité sur dirlo.org.