TOULON achète la Tour Royale à l’Etat et récupère par la même occasion une portion de côte non négligeable. La décision, soumise au Conseil municipal le 27 janvier 2006, a suscité l’enthousiasme général.

Ce n’était pas gagné d’avance. Il faut se souvenir qu’à cet endroit, sur la pointe de la Mitre (voir photo ci-dessous), s’élevaient il n’y a pas si longtemps le centre de formation de la DCAN [1] et un atelier de torpilles qui maintenaient le visiteur à l’écart. De plus, sur le versant Est, la plage de la Mitre restait réservée aux familles de soldats — guérite et planton à l’appui. Avec la restructuration de l’Arsenal, certaines activités militaires ont déménagé et d’autres ont complètement disparu. L’Arsenal du Mourillon s’est lyophilisé, la plage de la Mitre est devenue accessible à tout le monde. Depuis une quinzaine d’années, il n’y a plus grande chose derrière les murs et les grillages.
En 1995, la Défense lançait toutefois un concours d’architecte pour remodeler la zone, un million de francs dépensés pour rien. L’Armée avait alors en tête d’installer un pôle technologique sensible, une idée surprenante parce que l’endroit est exposé à la curiosité des plaisanciers qui rejoignent le port.
En 2000, alors qu’il n’était pas encore maire de Toulon, Falco commençait à dealer en loucedé un changement d’orientation. Nous l’apprîmes à l’occasion d’une interview dans son grand bureau du Conseil général (qu’il présidait). Nous venions juste de sortir un numéro sur le sujet [2], déplorant qu’aucun homme politique toulonnais n’ait jamais remis en question l’étendue des territoires occupés par la Marine. Il nous présenta un courrier échangé avec le délégué général pour l’Armement, dans lequel il demandait à la Défense de revoir ses plans : le pôle technologique pouvait être installé ailleurs. Réplique de l’Armée, en substance : « il faut y réfléchir, on ne nous avait jamais rien demandé en ce sens ». Les maires qui s’étaient succédés depuis 30 ans, Arreckx, Trucy et Le Chevallier ne venaient pourtant pas de la Royale ! Trop occupés à planter des palmiers et à surveiller les bronzés du centre-ville, sans doute.
Pour situer le problème : en 2000, la Marine possédait 403 hectares sur les 4285 de la commune, soit moins de 10%. Par contre, elle occupait 80% de la côte ! Les espaces accessibles au couillon sans uniforme se limitaient en gros au port et aux plages du Mourillon.

Hubert Falco, le 27 janvier 2006 : « l’Etat est prêt à céder la Tour Royale, plus 8251m² alentour pour la somme de 490.000 euros. Au prix où on achète un appartement au Cap Brun aujourd’hui, c’est une sacrée bonne affaire. De plus, nous avons obtenu le 23 août 2004 une parcelle mitoyenne de 17.760m² par convention d’occupation temporaire. Enfin, l’Etat propose de nous confier la gestion d’une parcelle attenante à titre gratuit, soient 9360m² supplémentaires. Nous récupérons donc plus de 3,5 hectares qui seront ouverts aux Toulonnais lorsque nous aurons réalisé le mur qui sépare les 17.760 m² de la DGA. On s’est engagé à construire un monument à la gloire des sous-mariniers.
On ne va pas faire de la Tour Royale un hôtel, on souhaite l’ouvrir aux activités culturelles, aux associations, il y a déjà eu des concerts de jazz et des concerts de jeunes [3]. Ces surfaces n’ont aucun caractère stratégique pour la Défense ou pour la DGA ».
Lorenzo Matéos, conseiller municipal d’opposition : « pouvez-vous nous préciser comment seront aménagés les alentours ? »
Falco : « il n’y aura pas un mètre carré de construction qui sortira de terre, si ce n’est le monument des sous-mariniers. Que des espaces paysagers, des bancs, des jeux pour enfants. On pourra profiter du littoral, se baigner, aller à la pêche. Aucune construction. Clair. Nous voulons faire de ce lieu un des espaces agréables de la ville. Pas de marina. Toulon a besoin de se rapproprier son espace maritime. On a 12 km de côte, on en dispose d’à peine un ou deux. Très important : il y aura aussi la poursuite du sentier littoral ».
Matéos : « excellente chose, nous voterons sans aucune hésitation cette délibération ». Chabadabada.
[1] Direction de Construction et d’Armement Naval, ancètre de DCN.
[2] N°51, octobre 2000.
[3] car le jazz est de la musique de vieux.