L’UDF a le vent en poupe. Le parti de François Bayrou s’affirme comme alternative à l’UMP et attire les mouches. Mais un parti peut-il prospérer sur une somme d’individus aux intérêts largement divergents ?
D’où vient l’Union pour la Démocratie Française, où va-t-elle ?

Revenons à la source avec deux représentants oubliés de la vie politique toulonnaise.
Daniel Colin commença sa carrière dans le conseil municipal UDF/PR administré par Maurice Arreckx, puis devint premier adjoint de François Trucy. Il fut aussi député et conseiller régional.
Jean-Claude Lunardelli s’assit à l’extrême droite du maire FN Jean-Marie Le Chevallier quand ce dernier vira Trucy (et Colin, par la même occasion). Il fut aussi conseiller régional sous le même label.
Un démocrate respectable et un ultra-réactionnaire pas franchement présentable, deux façons distinctes de voir le monde ? Pas exactement. Dans leurs vertes années, ces sympathiques toulonnais ont soutenu plus ou moins activement les campagnes électorales d’un certain Jean-Louis Tixier Vignancour, et ils ne furent pas les seuls.
De l’antigaullisme au lepénisme : le giscardisme.
Tixier, mort en 1985, est une figure historique de l’extrême droite. Avocat engagé, il hérita d’un poste de secrétaire national adjoint à l’information dans le gouvernement de Vichy en 1940, ce qui ne l’empêcha pas de continuer sa carrière après la guerre : dans les années 60, il se spécialisa même dans la défense des militants antigaullistes. Tel Bastien Thiry, auteur de l’attentat dit "du Pont de Seine", ou bien le général Salan, putschiste OAS [1].
René Rémond, dans les Droites en France [2], écrit : « le général de Gaulle a rencontré tout au long de sa carrière politique l’hostilité irréductible, qui alla jusqu’à conspirer son assassinat, d’une coalition de factions qui amalgamait les nostalgiques de Vichy, les victimes de l’épuration, les contempteurs des réformes de la Libération, les catholiques intégristes [...], et les fidèles de l’Algérie française. La candidature [aux présidentielles] de Jean-Louis Tixier Vignancour en décembre 1965 coagula tous ces ressentiments. Après la disparition du général de Gaulle, une fraction de cette opposition de droite, dont l’antigaullisme était le ciment et la motivation déterminante, se rallia à la personne et à la politique de son successeur. Le mouvement se poursuivit après 1974 et plus d’un partisan ardent de l’Algérie française se rangea parmi les soutiens de Valéry Giscard d’Estaing » [3].

Au début des années 70, Giscard est encore très loin de la rédaction d’une future constitution européenne ; il est occupé, à la tête des Républicains Indépendants (RI), à devenir Président de la République (1974). L’UDF voit le jour dans la foulée (1978), tentative aboutie de fédérer la droite non gaulliste. Sont recensés au sein de la nouvelle union : le PR (Parti Républicain, futur Démocratie libérale), le parti radical valoisien et le CDS (Centre des Démocrates Sociaux).
Quoi de plus naturel ensuite que le Front national, créé par Jean-Marie Le Pen en 72, rallie à sa cause les déçus du giscardisme ? Jean-Yves le Gallou, qui fut député frontiste à Bruxelles [4], émargeait auparavant au PR. Jean-Marie Le Chevallier milita aux côtés des RI. Etc.
Généreuse, l’UDF version PR accepte aussi les transfuges : l’exemple le plus connu est celui de Yann Piat, récupérée à la fin des années 80 alors qu’Arreckx préside le Conseil général du Var. Le vieux Maurice a d’ailleurs déclaré peu de temps auparavant qu’il préférait « voir un député du Front national élu plutôt qu’un député socialiste » [5].
Les réformateurs au centre.
L’UDF véhicule pendant 20 ans de chouettes idées que l’on attribue trop souvent, de façon réductrice, au seul FN. Particulièrement dans le Var où se sont installés tant de pieds-noirs "chassés du pays".
Après la déroute d’Arreckx et de Trucy, l’Union devient pestiférée. Elle touche le fond avec la création de l’UMP où tout le monde s’enfuit, sauf ceux qui ne se voient aucun avenir près de Falco.
Ne pouvant s’empêcher de tendre la main aux pieds-noirs, Hubert se pince le nez et intègre quand même une représentante de l’UDF à l’ancienne : Ghislaine Rivera, présidente du cercle algérianiste toulonnais, décidément, on n’en sort pas.

Puis une bande de jeunes gens audacieux, ignorants du passé ou amnésiques, motivés par les moulinets médiatiques de François Bayrou, décident d’investir la section départementale sur de nouvelles bases. Grâce à de multiples adhésions, ils s’en emparent. Une femme est élue présidente : Muriel Bovis. Et un dénommé Ali Gharbi prend la tête des "jeunes UDF". Porter un tel patronyme et intégrer un parti qui mettait un point d’honneur à lutter contre « les fourmis rouges d’Argentine » (voir illustrations) ? Bon courage !
Combien de divisions ?
Le secrétaire de la fédération UDF des Alpes maritimes Rudy Salles, fort de sa position de vice-président de l’Assemblée nationale et tête de liste à la Région Paca, a plus ou moins placé la fédération du Var sous tutelle histoire d’affirmer sa position de mâle dominant. Cela n’arrange pas les affaires de la troupe menée par Muriel Bovis, mais les anciens applaudissent en faisant tinter leurs bagouzes. Cet entre-deux leur permettra d’organiser la contre-attaque dans l’espoir de récupérer la section. En attendant, c’est la foire d’empoigne à chaque élection, et les candidats retenus ne font pas forcément la gloire de l’UDF nouveau style : Pierre Bonal, candidat aux dernières cantonales à Toulon, émargeait déjà au PR quand Arreckx siégeait en mairie. Philippe Châteaureynaud, lui, est entré plus tardivement au parti, après avoir essayé le RPF de Marchiani. Il s’est aussi présenté aux cantonales avant d’interrompre brutalement sa campagne pour cause d’ennuis judiciaires.
Comme si la querelle entre anciens et modernes ne suffisait pas, de nouveaux venus ajoutent à la confusion. Il faut dire que l’UDF version Bayrou est molle du genou. Libérale mais pas trop, sociale sans exagération. En un mot : centriste. Cela motive les ambitieux qui développent sans conviction des idées dont tout le monde se fout, mais qui n’ont pas trouvé ailleurs de cocon politique pour envelopper leur ego.

Bruno Ravaz aurait bien aimé que sa fonction de président de l’université toulonnaise lui permette d’entrer en politique. Las, Hubert Falco l’a débouté de sa liste aux dernières municipales. Plutôt qu’affronter le ministre au sein de l’UMP, il a trouvé plus sympa de prendre sa carte à l’UDF. Puis, bénéficiant d’un calendrier favorable et d’une certaine habileté, il a réussi à se faire élire au Conseil régional. Ce n’était qu’une étape : la prochaine pourrait consister en la prise de la fédération varoise avec le soutien de conseillers municipaux déçus de l’UMP... El presidente de l’université del sud utilise la fac comme QG de ses ambitions politiques personnelles, mais souffre d’un déficit de notoriété. Falco ceci, Falco cela, maire, président de TPM, ministre, sénateur, comment faire pour exister ?
Et Ravaz n’est pas au bout de ses peines. Car s’il veut la section, il devra peut-être affronter un autre débutant centriste : "le grand" Ferdinand Bernhard.
Ferdinand est maire de Sanary, vilain canard qui n’émarge ni à l’UMP, ni à l’agglomération TPM. Il n’est pas dans les petits papiers de Falco. Gasp ! Toujours le même problème ! Où le grand trouvera-t-il sa place ? Il ne va tout de même pas prendre sa carte au PS !?
Alors, avec sa directrice de communication Nathalie Bicais [6], il s’est pointé à Cogolin à l’occasion de l’université d’été organisée par l’UDF. Il envisagerait aussi de reprendre la section, et bénéficierait pour cela de l’appui plus ou moins occulte du revenant Colin.
Témoignage de la cacophonie ambiante : Ravaz, au soir de l’élection sénatoriale, a salué la victoire de l’UMP Trucy en avouant ingénument qu’il avait le soutien de l’UDF... Le centriste (?) Philippe Châteaureynaud était pourtant candidat ! Sans investiture, il est vrai, de Bayrou, Salles ou Bovis.
Le soutien à Trucy incarne-t-il le TSF -Tout Sauf Falco- naissant ? Est-il nostalgique des temps joyeux où le bon docteur, alors inscrit à l’UDF/PR, défendait les valeurs de « progrès économique et social » (voir illustrations) incarnées sur la côte par Maurice Arreckx ? Notons que les toulonnais-petits-électeurs ne veulent plus entendre parler de Trucy depuis au moins 1995, date à laquelle ils l’ont exclu des affaires municipales. Les institutions françaises sont fascinantes, qui permettent à de tels zombies de perdurer en politique sans aucun soutien populaire.
Qui prendra la présidence de l’UDF varois ? Bovis, Ravaz, Bernhard, le lapin du chapeau ? Réponse avant 2005.
[1] Rappelons que la ville de Toulon, reconnaissante, a baptisé une place à la gloire du général.
[2] Aubier, collection historique, 1982.
[3] A noter : le directeur de la campagne de Tixier en 65 se nommait Jean-Marie le Pen.
[4] Il a ensuite participé à la scission organisée par Mégret, et préside désormais le groupe MNR au Conseil régional d’Ile de France.
[5] Il faut bien reconnaître que la droite héritière de Tixier n’a pas le monopole de la récupération, ce serait trop simple. La droite gaulliste sait très bien y faire. Voir par exemple les tribulations de Pasqua ou l’accueil chaleureux réservé par le RPR au maire de Nice Jacques Peyrat, démissionnaire du Front au milieu des années 90.
[6] UDF convaincue, déçue de la politique seynoise.
