Aux larmes citoyens ! Vous déplorez la fermeture des pistes qui sillonnent la Colle Noire ? Vous vous inquiétez de la lenteur des opérations visant à la reconstruction du massif ? Espérons que vous n’aurez pas à regretter bientôt une nouvelle dégradation du domaine, irreversible celle-là, sous couvert de "mise en sécurité" et autres "améliorations" !
LES mesures envisagées, tant au niveau de la Commune du Pradet qu’au niveau de la Commune de Carqueiranne, suite au gigantesque débroussaillement du 4 août, ont mis le feu aux poudres et les associations sont sur le pied de guerre. On se propose d’un côté d’élargir des chemins ruraux dans une coupure d’urbanisation, de créer un parking structurant de grande capacité dans un espace naturel au niveau de la Mine, de l’autre d’élargir le Chemin du Bau Rouge qui relie Le Pradet à Carqueiranne par le bord de mer, c’est-à-dire en plein dans la "bande des cent mètres" [1].

Dans nos communes littorales, le passage d’un incendie déclenche toujours une série de réflexes opportunistes chez nos élus qui, à défaut d’avoir fait preuve d’efficacité dans la prévention de la catastrophe annoncée, rivalisent d’imagination et se proposent de tout mettre en œuvre pour que « plus jamais çà ! »
C’est là qu’est l’os ! Les mesures sont toujours les mêmes, il s’agit de mettre en place des équipements structurants, là où leur absence contribuait justement à préserver la qualité du site et la protection de l’environnement. Les petits chemins ruraux trop étroits doivent être élargis, des parkings doivent être créés...
Cette stratégie surfe sur l’émotion causée par le passage de l’incendie et s’appuie de manière caricaturale sur des motifs sécuritaires liés le plus souvent à l’acheminement des secours. Elle a été mise en œuvre de manière systématique dans notre département depuis 20 ans et a eu pour effet secondaire et principal de favoriser de manière spectaculaire le mitage des espaces naturels par l’urbanisation, en aggravant le risque et l’aléa, sans pour autant empêcher la multiplication des incendies.
Les risques de dérives, clairement identifiés, ne concernent pas directement les zones incendiées qui sont le plus souvent des zones forestières protégées, mais plutôt la périphérie des massifs où l’on retrouve la plupart du temps des terrains agricoles ou des friches sur lesquels s’exerce une pression immobilière considérable. Il se trouve que ces zones ont un rôle extrêmement important à jouer dans la lutte contre les incendies, dans la mesure où elles constituent des coupures vertes qui servent d’interface entre la forêt et les zones habitées.

La Loi Littoral de 1986 (voir encadré en fin d’article), votée à l’époque à l’unanimité des parlementaires, a inscrit dans le Code de l’Urbanisme un certain nombre d’impératifs qui s’imposent aux communes littorales et ont pour objectif déclaré d’éviter l’artificialisation totale du linéaire côtier et de faire reculer l’urbanisation loin du rivage. La mise en place de coupures d’urbanisation, l’obligation d’urbaniser dans la continuité des agglomérations existantes, l’interdiction de construire dans la bande des cent mètres, l’interdiction de créer des voies de transit ou des routes en corniche à moins de deux kilomètres du rivage, sont les plus connus.
Cet arsenal réglementaire n’est pas là par hasard, il a été mis en place dans les années 80 en même temps que la Loi Montagne, la Loi Paysage et la Loi sur l’Air pour lutter contre les excès de certains maires qui appliquaient les lois de décentralisation de manière un peu trop zélée.
Sur le territoire de Carqueiranne des riverains du Chemin du Bau Rouge ont été « approchés » par la Mairie, d’autres ont découvert au service de l’urbanisme des plans hachurés matérialisant l’emprise d’une future voie de 8 mètres à double sens de circulation en lieu et place du petit chemin rural qui, du fait de son étroitesse, n’est aujourd’hui emprunté que par les riverains et les promeneurs à pied ou à vélo. A leurs inquiétudes, les élus ont répondu en se défaussant sur TPM. La voirie aurait été classée d’intérêt communautaire en 2004. Les réponses gênées dissimulent mal le trouble de la situation. Pour l’anecdote, certains riverains ont réalisé récemment des murs de clôture à l’aplomb du chemin sans que la Mairie intervienne... Peut-être pour ne pas donner l’alarme...

Interrogé sur la question le Maire du Pradet a déclaré que : « cela serait une grave erreur du triple point de vue de l’augmentation de la circulation automobile, de la dégradation du Patrimoine et des inévitables transformations du PLU (urbanisation) que cet aménagement entraînerait ». Dont acte.
Cette analyse clairvoyante qu’il applique au territoire de son voisin, force est de constater qu’il ne l’applique pas au sien, puisqu’il ne discerne pas les conséquences hasardeuses liées à sa proposition d’élargir le Chemin de l’Artaude situé en pleine coupure d’urbanisation, du triple point de vue de l’augmentation de la circulation automobile, de la dégradation du Patrimoine et des inévitables transformations du PLU (urbanisation) que cet aménagement entraînerait. Pourtant la problématique est la même.
Il précise de toutes façons qu’il n’a aucun pouvoir sur cette route qui relève de la compétence de TPM et se trouve sur le territoire de Carqueiranne. On peut penser néanmoins qu’il se sentirait concerné par les conséquences désastreuses qu’aurait la création d’une « corniche » entre le Pradet et Carqueiranne sur la circulation au niveau de la Garonne...
Le Maire du Pradet ne se sent pas engagé non plus par les rapports annuels du Comité local de Gestion du Massif qui reproduisent année après année la même demande [2] : « [...] les problèmes de stationnement, de circulation et de sécurité incendie ne s’améliorent pas aux abords du site (Musée) et devraient même empirer, suite à la réhabilitation de l’usine. De gros travaux d’aménagement sont à prévoir d’urgence à cet endroit tels que : Elargissement de la route du Bau Rouge ; création d’un parking ; création d’une piste DFCI [3] ».
On voit bien qu’il y a là une contradiction qui mérite d’être soulignée, entre le discours du premier magistrat et la teneur de ces rapports successifs rédigés sous la haute autorité de son adjoint à l’urbanisme et à l’environnement [4].
Nul doute qu’à la faveur du débat lancé par Cuverville, l’ambiguïté sera bientôt levée et que les prochains rapports seront mis en conformité avec les propos de Monsieur le Maire en ne faisant plus mention de l’élargissement du Chemin du Bau Rouge. A suivre.
Pendant que nos élus tergiversent pour remettre au goût du jour, sous couvert de sécurité [5], les vieux projets jusque-là tenus en respect par la Loi Littoral, rien n’est fait au niveau du Massif pour prévenir la prochaine catastrophe liée au risque d’érosion en cas de fortes pluies. Les crédits sont débloqués, mais la Mairie et TPM se renvoient la balle pour savoir qui va assurer la maîtrise d’ouvrage... Et pendant ce temps, le Massif reste fermé, au grand désespoir des usagers de toutes sortes qui sont ainsi doublement punis.

En résumé :
D’un côté un Maire de Carqueiranne qui lorgne sur les Belvédères du Canebas et du Coupereau (alors que même se rincer l’œil c’est limite autorisé) et se décharge sur TPM de la gestion de la route (« c’est pas moi, c’est TPM ») qui lui permettra peut-être d’exaucer ses rêves les plus secrets.
De l’autre un Maire du Pradet qui excelle aussi dans le « c’est pas moi », assisté d’un adjoint à l’urbanisme et à l’environnement qui lui vole la vedette et persiste à faire monter la fièvre aménageuse au niveau de la Mine (création d’un parking, d’une DFCI, agrandissement du Musée, restauration de l’ancienne usine...) tout en faisant semblant d’en ignorer les conséquences directes et immédiates : « c’est pas moi c’est TPM, c’est pas moi c’est Giraud, c’est pas moi c’est le Préfet et même des fois c’est pas moi c’est le Maire... »
Au total une gestion de l’espace, tout sauf économe, mais bien dans la tradition du « après moi le déluge » qui caractérise la politique d’aménagement du territoire mise en œuvre par les élus des communes littorales du Var depuis trente ans.
C’est donc le chant des « c’est pas moi » qui envahit la colline en attendant d’y entendre celui des tronçonneuses puis peut-être celui des cigales, pourvu que toutes ces joyeuses trilles ne soient pas étouffées un jour par le vacarme des bulldozers et de la circulation automobile.
Suite aux mesures préconisées par la Municipalité après l’incendie du 4 août et à l’occasion du Forum des Associations qui s’est tenu le dimanche 11 septembre 2005 au Pradet, un collectif d’associations regroupant notamment la Fédération des CIL du Pradet, les Amis du Massif de la Colle Noire et l’Association de Défense du Site sur le Littoral La Garde-Le Pradet distribuait les deux documents ci-dessous :
Loi Littoral du 3 janvier 1986. Depuis plus de 18 ans, l’économie générale de la Loi littoral n’a pas été remise en cause.
Rappel : La Loi Littoral soumet les communes littorales à des règles d’urbanisme spécifiques codifiées aux articles L 146-1 à L 146-9 du Code de l’Urbanisme afin de repousser les constructions à l’intérieur des terres.
• L’extension de l’urbanisation doit se faire en continuité avec les agglomérations et villages.
• Dans les espaces proches du rivage seule est autorisée une extension limitée de l’urbanisation.
• Les constructions sont interdites sur une bande littorale de cent mètres.
• Les espaces remarquables ou caractéristiques du littoral doivent être préservés.
• Les nouvelles routes de transit doivent être localisées à une distance minimale de 2000 mètres du rivage, la création de nouvelles routes en corniche est interdite et les nouvelles routes de desserte locale ne peuvent être établies sur le rivage, ni le longer.
• Les plans locaux d’urbanisme doivent prévoir des espaces naturels présentant le caractère d’une coupure d’urbanisation.
Quid des coupures d’urbanisation inscrites dans les POS actuels ?
Quid du chemin du Bau Rouge ?
Survivront-ils à l’incendie et aux futurs PLU du Pradet et de Carqueiranne ?
PDU de TPM, Plan de déplacement urbain de Toulon Provence Méditerranée. Les PLU du Pradet et de Carqueiranne respecteront-ils l’objectif principal du Plan de Déplacement Urbain de la Communauté d’agglomération (« Réduire la place de la voiture au profit des modes de transports alternatifs ») ?
Quid de l’élargissement de voies dans des zones actuellement inscrites au POS comme des coupures d’urbanisation ?
Quid de la création de voies de transit au regard de l’article 146-7 du Code de l’Urbanisme ?
Quid de la création d’un parking structurant de grande capacité dans un espace naturel protégé par la Loi Littoral ?
A noter : la Commission Méditerranéenne du Développement Durable qui s’est réunie à Athènes les 20 et 22 juin 2005 a adopté une Charte qui, au chapitre de la gestion durable de la mer et du littoral, affirme la nécessité de stopper d’urgence la dégradation constatée des zones côtières.
Au titre des mesures préconisées elle demande notamment de « prévenir l’urbanisation continue et linéaire du littoral en évitant la construction de nouvelles routes parallèles et trop proches des côtes ». On voit nettement qu’une course de vitesse est actuellement engagée entre les directives qui prennent en compte au plus haut niveau la nécessité de changer de politique et les élus locaux qui restent sourds aux injonctions et continuent de se comporter en aménageurs.
[1] Pour éclairer la problématique, il faut préciser que la route de la Garonne se termine actuellement en cul-de-sac au niveau du port des Oursinières et en entonnoir au niveau de la Mine, puisque le chemin du Bau Rouge et le Chemin du Cabenas, du fait de leur étroitesse, ne sont actuellement empruntés que par les riverains, soit 100 à 150 véhicules/jour maximum. Ces voies ne constituent en aucun cas des axes de transit entre les deux agglomérations du Pradet et de Carqueiranne et contribuent de cette manière à protéger le Massif de la surfréquentation automobile, qui ne peut être considérée autrement que comme une nuisance au sein d’une zone qui aspire à jouer le rôle de poumon vert de la communauté de communes.
[2] Le Massif de la Colle Noire et la Mine sont la propriété du Conservatoire du Littoral qui en a délégué la gestion à la Commune du Pradet. En 1997 cette délégation a fait l’objet d’un plan de gestion établi par l’IARE (Institut des Aménagements Régionaux et de l’Environnement) qui se décompose en 17 actions dont le suivi annuel est compilé dans un rapport rédigé sous le contrôle du gestionnaire, en la personne de l’adjoint à l’urbanisme et à l’environnement. Ce rapport d’une cinquantaine de pages fait état de l’avancée des actions (sauvegarde, protection, suivi, maintenance, surveillance, dépollution, accueil, etc...) et des problèmes rencontrés.
[3] Défense de la Forêt Contre les Incendies.
[4] Deux responsabilités ayant trait à des activités parfaitement complémentaires puisque l’une ne peut avancer sans que l’autre recule. Il est dès lors beaucoup plus réaliste de les mettre dans les mêmes mains étant entendu qu’il est toujours plus facile de tomber d’accord avec soi-même que de s’entendre avec les autres.
[5] Il peut être intéressant de noter comment le problème sécuritaire peut être mis en avant ou dissimulé selon qu’il sert ou dessert les intérêts des uns ou des autres. Voir l’article de Benjamin Ullmo sur les risques majeurs.