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La Ligne à Grande Vitesse : pour qui, pour quoi ?

dimanche 6 mars 2005

QUEL avenir pour le réseau ferroviaire méditerranéen ? Va-t-on développer les TER et l’intermodalité ? Va-t-on « soulager le couloir autoroutier de l’actuel trafic de poids lourds et de voitures, en absorbant une partie du fret », comme semblent le réclamer messieurs Falco, Lanfranchi et Estrosi [1] ? Va-t-on privilégier le service rendu au public ?

...Ou va-t-on développer le service rendu aux restaurateurs et aux spéculateurs immobiliers ?

La côte méditerranéenne n’est plus seulement le bronze-cul de l’Europe, selon la terminologie employée il y a une trentaine d’années. Elle voit son avenir en vaste résidence secondaire ou banlieue de luxe au fur et à mesure que les distances s’amenuisent. Grappiller une heure sur le trajet Paris-Nice en TGV n’aura peut-être pas d’influence sur le prix du billet, mais contribuera certainement à la promotion du mètre carré de logement. On peut faire encore plus cher, c’est sûr. Bienvenue aux jeunes. Bienvenue aux fonctionnaires. Bienvenue aux salariés [2].

Mardi 8 mars s’ouvre à Toulon le débat public concernant le « Projet de liaison ferroviaire à grande vitesse en PACA » [3]. Il s’achèvera le 21 juin prochain.

Les documents soumis au public comprennent, entre autres, le dossier de RFF [4] présentant les objectifs ainsi que les solutions étudiées.
Falco, Lanfranchi et Estrosi contestent ce dossier et financent (avec vos pépettes) une contre-expertise. Pensez : Parmi les trois scénarios retenus par RFF, deux écartent la liaison directe Marseille-Toulon-Nice de « l’arc latin » qui s’étend de Barcelone jusqu’à Gênes. Un scénario propose le chemin Aix-Toulon-Nice, un autre Aix-Nice, avec des décrochages (c’est-à-dire, en gros, sans rien changer à l’existant) vers les métropoles négligées.
Deux scénarios écartant Marseille ou Toulon, ce sont au moins deux scénarios de trop. Voilà pourquoi nos élus ne souhaiteraient soumettre à discussion qu’une seule idée - la leur - pour préserver le citoyen de la rupture d’anévrisme qui survient quand on réfléchit trop. C’est encore bien parti cette histoire.

On peut se demander pourquoi Falco tient absolument au passage de la voie rapide par Toulon. Pour « soulager le couloir autoroutier » ? Pour « rendre le meilleur service au plus grand nombre » ? Peut-être faudrait-il chercher les éléments de réponse décisifs dans cette intervention de Horace Lanfranchi, répondant aux questions du Point en mars 2003 : « il est impensable que nous soyons mis à l’écart d’une ligne de TGV alors que notre département est le premier de France en terme d’accueil touristique ». Il ne doit pas parler de l’accueil touristique du haut-Var, puisque la seule LGV qui soit digne d’intérêt à ses yeux suit la côte.

Quelques chiffres de RFF. Supposons que, par un heureux hasard, le scénario préféré de nos édiles aboutisse. RFF estime entre 700 et 900.000 le nombre de nouveaux voyageurs qui passeront par Toulon chaque année. On va pouvoir augmenter le prix du café en terrasse. Gain de temps pour effectuer le trajet de la préfecture du Var vers la capitale : 30 minutes (de 3h50 à 3h20). Passionnant. Coût du projet : une poignée de milliards d’euros. Ah oui, quand même.

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[1] Respectivement maire de Toulon, président du Conseil général du Var et président du Conseil des Alpes maritimes. Propos tenus lors d’une conférence de presse le 10 février 2005, rapportés par le mensuel Métropole.

[2] Pour mesurer l’ampleur des dégâts, on lira avec intérêt le livre blanc du logement dans les Alpes maritimes, disponible sur le site de la FAPIL - Fédération des Associations pour la Promotion et l’Insertion par le Logement.

[3] 18h/21h, palais Neptune, entrée libre.

[4] Réseaux Ferrés de France, société chargée de la construction des voies ferrées issue de la SNCF.

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