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Dernière étape équestre avant les Maures

mercredi 13 juillet 2005
par Gilles Suchey

Le tourisme à cheval, ça vous change des VTT, des camping-cars et des pédalos. Bientôt des abreuvoirs et des saloons dans tous les hameaux du coin ?

IL était une fois une oliveraie communale à l’entrée des Mayons, charmante bourgade sise sur les contreforts des Maures dans le Var. Sur cette oliveraie de plus d’un demi-siècle vieillissait une demeure que les gens du coin appelaient le château parce qu’y a pas de raison. La mairie, faute de moyens ou faute d’envie, n’avait pas pu réhabiliter le château qui accueillait jusque-là, de façon traditionnelle, des colonies de vacances. Le bâtiment, pas franchement insalubre, n’était toutefois plus adapté aux collectivités.

En 2003, le maire des Mayons signa une convention avec la présidente de l’ODEL Josette Pons. L’Office Départemental d’Education et de Loisirs du Var « est le partenaire principal du Conseil général pour l’ensemble des actions organisées en faveur de la jeunesse varoise » [1].
Cette convention devait satisfaire tout le monde : l’ODEL d’abord, car l’organisme départemental se voyait attribuer pour au moins 15 ans deux des cinq hectares de l’oliveraie ; les petits nenfants du Var ensuite, qui pourraient ainsi profiter du site à l’occasion des séjours organisés par l’ODEL ; mais aussi le maire des Mayons, à qui le Département enlevait une épine immobilière du pied en lui promettant de rénover le château ; sans oublier les Mayonnais eux-mêmes, car l’ODEL s’engageait « à accorder une priorité d’embauche », dans le cas où son activité génèrerait de l’emploi, « à qualification équivalente, aux candidatures qui lui seront présentées par le Maire au bénéfice des habitants de la commune » [2]. Une espèce de discrimination positive, en somme. Surtout, le maire des Mayons avait préservé l’essentiel : « les clôtures qui seront édifiées par le preneur ne devront en aucune manière constituer une gêne pour l’organisation annuelle du concours départemental de la taille de l’olivier » [2].

Pourquoi, alors, la création d’une association en opposition au projet ? Le 6 juillet dernier, l’avocat de cette association contestait le permis de construire déposé le 7 mai précédent pour l’aménagement des lieux conformément aux objectifs de l’ODEL. En 2003 déjà, une pétition avait paraît-il recueilli près de 340 signatures de Mayonnais hostiles (sur 550 habitants).
C’est à cause des chevaux. Car l’idée de l’ODEL, en tant qu’antenne du centre de formation par apprentissage FUTUROSUD, serait d’installer sur le site une école de monitorat d’équitation [3]. 20 chevaux à l’année en zone village. Du coup, 570 habitants aux Mayons.

La convention se voulait pourtant rassurante : « le preneur s’engage à respecter l’environnement et à ne provoquer du fait de son activité aucune nuisance, notamment olfactive, visuelle ou de nature à polluer le sol ». « Le preneur est autorisé à réaliser sur ces terrains des structures légères, démontables et à dominante bois ». Sur le site de l’ODEL, on découvre la nature de ces installations légères. Qu’on en juge, c’est presque du camping : un manège de 40 mètres sur 20 avec une écurie attenante comprenant 12 boxes, un bureau plus une infirmerie, deux selleries, une douche pour les chevaux et une pour les cavaliers, une zone réservée au pansage, un bloc sanitaire, des WC, une salle de cours de 100m² avec une partie aménagée pour la prise de repas, une carrière en sable de 60 mètres sur 25, 2 grands paddocks avec abris et plusieurs paddocks indépendants.
Le manège et la carrière représentent déjà près d’un demi-hectare. On comprend alors que les rédacteurs de la convention aient jugé utile d’autoriser l’ODEL « à effectuer la transplantation d’oliviers qui constitueraient une gêne pour son activité ».

Certains habitants des Mayons sentent donc d’une très mauvaise narine ce projet, d’autant que le bâtiment le plus proche du futur centre équestre est l’école communale. Il existe une réglementation très stricte en matière d’ouverture d’établissements de ce type. Où il est question de distances à respecter vis-à-vis des premières habitations. Où il est aussi question d’évacuation des eaux résiduaires et des liquides de déjection. La douche et l’urine du cheval c’est pas du pipi de chat. Or la station d’épuration du village est vétuste et pose déjà, s’il faut en croire l’avis officiel, « des problèmes pour l’attribution de permis de construire » [4]. Ah bon ?

Les Mayonnais auraient depuis le début été abusés sur la véritable nature du projet de l’ODEL. Par exemple : la convention indique que « le preneur s’engage à limiter son activité à l’initiation de l’équitation et à l’organisation de stages de connaissance de la nature et de l’environnement ». Mais initiation n’est pas apprentissage. De plus, « il est précisé que l’initiation à l’équitation se déroulera principalement dans l’enceinte du domaine du château » [2]. Mais l’ODEL se vante par ailleurs de disposer d’un terrain de 15 hectares hors site, « aménagé pour les besoins de la formation, parcours de maniabilité, etc ». Le seul chemin pour s’y rendre passe devant l’école.

Enfin, signalons que la convention prévoit aussi la mise à disposition de deux appartements, dont un à titre gracieux. La correspondante de FUTUROSUD, vraisemblablement future directrice du centre logerait déjà là. Avec une piscine toute neuve à côté.

On peut s’interroger quant à la motivation du maire à attirer les mouches sur ses administrés, et celle du Conseil général à jouer les Bartabas dans les olives.
En fait, le Conseil général adore les chevaux. Former des moniteurs d’équitation est déjà sympa, disposer d’un site adapté à l’accueil des bêtes l’est peut-être encore plus, en attendant d’élargir des pistes cavalières dans les massifs. Car l’estivant en tong a vécu, place à l’estivant botté ! Le Département a ainsi installé un réseau de tourisme équestre. « La création de cette offre thématique sur le Var s’articule autour : - d’itinéraires sécurisés, adaptés à la pratique équestre ; - d’un réseau de professionnels du tourisme équestre regroupés dans une démarche qualité (mise en place de chartes de qualité) ; - d’un maillage de sites patrimoniaux à découvrir. 2005 verra le lancement du réseau équestre départemental sur le secteur des Maures » [1]. Nous y voilà.
Il ne faut sans doute pas chercher plus loin pour trouver les motivations du maire des Mayons. Car si tu es bon avec le CG, le CG sera bon avec tes finances. « Grâce à l’aide financière du Conseil général, la municipalité a racheté le terrain qui jouxte l’ancienne fabrique de bouchons et l’a transformé en un parking de 50 places. Les trois salles de la bouchonnerie seront prochainement aménagées en salles de gym, en garage (pour stocker le matériel d’animation), et en salle permanente d’exposition. Le coût des travaux est estimé à 450.000 euros. En bas du village, près du château, le Département va mettre en oeuvre des classes d’initiation à l’équitation sur le site de l’ODEL Var, qui organise déjà des classes vertes toute l’année. Et puis, bien sûr, il y a le terrain de foot, rénové à hauteur de 150.000 euros, et dont les vestiaires sont en cours de finition » [4]. Sans compter la remise en état de la station d’épuration dont on parlait plus haut, qui pompe tant d’argent à la commune.

Ah, qu’il est doux le hennissement, le soir au coin de la rue ! Souvenons-nous du temps jadis où nous nous tenions chaud entre espèces animales de types variés, dans les étables, couchés sur le foin ! Remarquez, moi je m’en fous, je roule en mobylette.

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[1] Sur le site du CG83.

[2] Termes de la convention signée le 17 juin 2003 par Guy Vergari, maire des Mayons, et Josette Pons.

[3] Nom exact du diplôme : Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Education Populaire et des Sports - Activités Equestres Mention Tourisme Equestre.

[4] In La lettre des maires n°47, janvier-février 2005, "magazine bimestriel d’informations de l’association des maires du Var".

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