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Concurrence spirituelle libre et faussée

lundi 13 juin 2005
par Lamitrange
Alors que notre bon pape européen décédait en ce saint mois d’avril 2005 accompagné des drapeaux de la République de France en berne, et pendant que nos préfets d’Alsace et de France participaient aux messes bénissant le défunt, le débat sur le financement des mosquées continuait à alimenter la discorde au sein de notre élite chrétienne gouvernementale.

EN novembre 2004, le président de l’UMP, l’homme des choix sincères, méprisant l’opportunisme, accessoirement au mieux avec la scientologie hollywoodienne via les fantasmes — jusqu’à il y a peu inassouvis — de Cécilia, Sarko le bien coiffé, avait ajouté une corde à son arc néolibéral. OUI aux lois divines du marché, OUI à la Recherche aux groupes privés, OUI à une concurrence libre et non faussée pour assurer les saints SIEG. Mais lorsqu’il s’agit de "services cultuels", le fervent Sarko, pourfendant le smicard laïcard d’autant moins "libre" qu’il n’a ni travail ni, peut-être, religion, n’hésite pas à proposer le financement des mosquées par des fonds publics en adaptant la loi de 1905. On s’étonne même que l’éventualité d’un jour à déférier pour cette noble cause n’ait pas été saisie. Pour mémoire, en matière de politique des religions, le rapport Stasi préconisait, outre la loi contre le port ostensible des signes religieux dans les lieux publics, l’adoption de 2 nouveaux jours fériés, l’Aïd et Kippour. En valeur absolue libérale, +2 a donné -1, et le gouvernement s’est contenté de faire sauter la Pentecôte chrétienne. Tant pis pour l’esprit saint comme pour l’extrême onction des 15000 vieux de 2003.

Pendant ce temps-là, un concurrent direct à l’Elysée, le fringuant Galouzeau de Villepin, poète dandy de métier, lui aussi ministre polyvalent à temps perdu, n’ayant pas encore d’assemblée à dissoudre, opte plus finement pour la création de fondations afin de rendre transparent le financement des mosquées en France. Or, l’UOIF, l’une des quatre composantes grossièrement agglomérées dans le CFCM [1], conteste ladite proposition au prétexte que le financement de l’Islam ne peut être nationalisé et doit rester contrôlé par l’Umma, communauté des croyants, conformément à la tradition musulmane.

Bref, l’intrigue politicofinancière est à son comble : entre le financement d’Algérie, du Golfe ou l’obole des fidèles, plus transparente mais souvent limitée au Ramadan, le choix est rude !

Mais en quoi ce débat de mécréants intéresse-t-il nos amis toulonnais, fervents croyants dans le tout puissant RCT, dont on rappelle que les couleurs citoyennes rouge et noir ornant à l’occasion les bâtiments officiels, n’appellent ni à la révolution ni à l’anarchie mais bien à glorifier le retour en Top 14 de l’Ovalie ?
Peut-être dans le fait que pour notre ville déshéritée, l’accès à la première division du communautarisme menace, lui aussi. Ou parce que le 29 mai, à Toulon, la messe du NON aux turcs a été plus célébrée qu’ailleurs, distordant ainsi l’analyse sociologique d’un NON de gauche social et européen. Parce que le FN et les stigmatisations de notre population d’origine maghrébine ne sont pas qu’esprits au soleil du midi. Parce que la haine de l’autre a déjà conduit à des dérives telles que les tentatives d’incendie des synagogues de La Seyne en 2000 et de Toulon en 2004.
Or, le supporter du RCT, comme l’enquêteur de Cuverville, aura noté l’affluence croissante dans les mosquées toulonnaises, pour ne citer que celles du centre-ville et de la cité Pontcarral à l’ouest. Difficile de ne pas l’interpréter comme un rétablissement de l’équilibre des parts de marché du champ religieux. Les modestes salles choisies, rue Courdouan comme à Pontcarral, n’ont rien de la magnificence de l’art mauresque : discrets locaux aux vitres opaques, enseignes en arabe non traduites, incompréhensibles tant pour le supporter du RCT que pour les populations immigrées qui majoritairement ne lisent pas l’arabe. Le blanchiment des deniers de Ryad ou d’Alger n’est guère à craindre.
En revanche, la formation des imams toulonnais, elle, peut interroger. Rendant à César ce qui revient à Bonaparte, nous conviendrons avec NapoSarko de la nécessité de soulever le voile et de prêcher pour un dialogue républicain avec les instances validant ces représentants du culte, trop souvent presque autocratiques. On est en droit de s’interroger alors sur la parole des barbus prosélytes arpentant les rues du centre ville pour inviter avec conviction les hommes au sermon. Les propositions de ces imams visent-elles une réflexion métaphysique en ces temps troublés, le recueil nécessaire de fonds donateurs ou plutôt la re-construction d’une identité ? Il y a là source d’un nouveau souffle communautaire pour ces familles en marge, trop souvent dépassées par l’exclusion de leurs garçons, leur chômage, leurs trafics lorsque l’école échoue à les intégrer. Que penser de même des discours de certaines associations musulmanes périphériques de ces mosquées, enjoignant des lycéennes à porter le voile ? De fait, certaines jeunes filles toulonnaises se déclarent en réflexion sur le sujet après quelques mois de fréquentation de ces associations. Nulle obligation n’est faite certes ; on y propose conférences, débats ou illustrations des travers de la société française, loin du talent d’un grand Fellag pourtant que ces saynètes dénonçant avec humour le racisme, et moins d’humour, l’impudeur des femmes « françaises ». On évoque la nécessité de la réussite scolaire tout comme on incite à choisir un époux dans la communauté, laissant mûrir jusqu’au mariage le choix du port du voile. Un voile religieux ou identitaire ?
Que déduire enfin de l’organisation de certaines de ces conférences musulmanes toulonnaises dans des salles allouées par l’UPV [2] ? Y a-t-il lieu de la mettre en phase avec l’appel au OUI de Chirac adressé spécifiquement aux associations musulmanes de France quelques jours avant le référendum ? La consultation du programme de ces conférences ne manque pas non plus de laisser perplexe. On y retrouve les noms du tristement célèbre Hani Ramadan, frère de Tarik, suspendu en 2002 de son poste d’enseignant à l’université de Fribourg pour avoir défendu la charria dans Le Monde. Clou des conférences 2005, le 21 mai, avant les chaleurs torrides, les nus de l’été ou le grand soir du référendum, Tarik Ramadan lui-même se déplaçait pour redire la bonne parole en terre de l’Ovalie, convié à enseigner sa vision de l’Islam et fustiger l’exception culturelle laïque française. Un Tarik Ramadan qui, on le sait, se déclare réformiste de l’Islam ; pour preuve son désaccord radical avec les propos de son frère comme avec le fondamentalisme de son grand-père fondateur des Frères musulmans. Il est vrai que Tarik demande lui solennellement... un moratoire sur la peine de mort et les punitions corporelles de la charria. Sic.
Il semble bien qu’il apparaisse là une parole tutrice prenant le relais des familles à l’autorité et aux repères déficients, mais aussi le relais éducatif d’un système scolaire en faillite à ce niveau, et enfin le relais des institutions. Ces divers témoignages nous confirment, à échelle locale, combien le risque du communautarisme est entretenu par ces paroles partisanes en ces temps obscurantistes de déficit démocratique d’intégration. On ne s’étonnera pas qu’au fond Toulon découvre le mal des grandes agglomérations européennes. Rien de nouveau ou presque sous le soleil du midi.

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[1] UOIF : Union des Organisations Islamiques de France ; CFCM : Conseil Français du Culte Musulman.

[2] Union Patronale du Var, antenne locale du Medef.

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