Autant vendre la mèche tout de suite : le titre est racoleur et mensonger. Si Hubert Falco se dévoile dans cet article, ce n’est que d’un point de vue symbolique, le coeur sur la main « chers collègues croyez-moi ».
Nous évoquons ici le conseil municipal du vendredi 25 mars 2005 où les élus toulonnais ferraillèrent sur des décisions d’ordre budgétaire. Avouez que si nous avions titré conformément au sujet de l’article, vous n’auriez peut-être pas suivi le lien.
Mais maintenant que vous êtes là, piégés par ce vil stratagème, profitez-en ! Vous allez voir : ce n’est pas si rébarbatif.
LE maire débute la séance en saluant le public. Surtout parce qu’une classe de première du lycée Dumont d’Urville occupe la moitié des gradins, jeunes gens ayant suivi leur professeur pour s’emmerder découvrir un aspect important de la vie politique locale, cette réunion mensuelle où sont prises les décisions impliquant les finances publiques, le présent et l’avenir de la cité.


Entrons dans le vif du sujet.
Hubert Falco : « on a pris un engagement lorsqu’on a établi le budget primitif 2005, c’est de ne pas augmenter les taux locaux, c’est d’ailleurs une chose que nous faisons depuis quatre ans ». Et grâce à ce gel, Toulon « commence à arriver dans les moyennes nationales. On redevient une ville normale ».
Par contre, « vous remarquerez que les bases [d’imposition] augmentent et c’est bien. On s’est rendu compte que dans bon nombre de quartiers il y avait des contribuables à qui on ne demandait rien. Certains ont donc vu leur impôt tripler, et c’est normal, ce n’est pas une augmentation, c’est parce qu’ils ne payaient rien ». A Cuverville, on croyait que trois fois zéro ça faisait toujours zéro, mais n’embêtons pas notre ancien ministre avec des considérations relevant de la vulgaire mathématique.
L’augmentation des bases d’imposition se justifie aussi parce que la ville connaît une forte croissance de son nombre d’habitants : « 8000 personnes de plus en quatre ans ».
Sur le banc d’opposition, Lorenzo Matéos souhaiterait que la mairie aille plus loin et que certains taux soient revus à la baisse, principalement celui de la taxe d’habitation (19,35% ici, contre 20,49 en moyenne nationale). L’élu communiste constate que des communes voisines ont franchi le pas, et que Toulon se situe malheureusement « dans le peloton de tête varois de cette taxe d’habitation ». Propos appuyés par Françoise Galangau (PS) : « on peut habiter dans un HLM vaste ». Seul le critère de surface est retenu pour l’évaluation de l’impôt. « L’injustice dans ce domaine se creuse de plus en plus ».
« Je crois qu’il est essentiel de comparer ce qui est comparable » : Hubert réplique en énumérant les travaux engagés, rénovations et restaurations en tous genres, les pelouses, les stades, les crèches, les écoles et les cantines, les espaces publics... « Nous avons tout à faire dans cette ville. Nous avons diminué la dette. On a préparé de grands dossiers structurants. On a gelé les impôts locaux. On préfère continuer dans la voie de la raison. En toute chose il faut trouver une raison ». Ou "savoir raison garder", ou quelque chose comme ça. A moins qu’il ne s’agisse de "à quelque chose, malheur est bon". Mais n’embêtons pas notre ancien ministre avec des considérations relevant de la basse littérature.

A Lorenzo Matéos qui déplore un taux d’enlèvement des ordures ménagères en augmentation de presque 13%, Pomponnette répond : « voilà le débat que je souhaitais. Il y a un mois, on a choisi un prestataire de service pour le ramassage des ordures ménagères. La ville a choisi le mieux disant [...] On brasse aujourd’hui beaucoup plus d’ordures qu’avant. Si on n’y prend pas garde, cela deviendra un problème majeur pour nos villes. On a mis en place le tri sélectif... Tout cela a un coût : le milliard de centimes que l’on paie en plus [1]. Sur la France, l’augmentation moyenne est de 17%. On est arrivé à être en dessous. Et encore, il reste 223.500 euros à la charge de la collectivité ». C’est-à-dire que les Toulonnais paieront 13% en sus cette année (puis 3 à 5% dans les années à venir), et ils devront aussi débourser 223.500 euros via les finances de la ville. Si on osait, on dirait que cette somme supplémentaire, prélevée différemment, permet de tempérer l’augmentation de la taxe. Mais ne faisons pas comme Jean-Louis Marfaing, ne contrarions pas monsieur le maire : « cette augmentation ne semble pas correspondre à une augmentation de la qualité des services ». L’élu vert qui taquine l’édile sur son choix du moins disant, alors que Falco tient à son mieux disant, exprime ses doutes quant à la capacité de l’entreprise à respecter le cahier des charges. Le précédent Conseil avait intronisé la société Pizzorno comme successeur de Bronzo en matière d’enlèvement des ordures ménagères de la ville de Toulon. L’offre de Pizzorno était largement inférieure à celles de ses concurrents (environ trois millions d’euros sur une dizaine de millions).
Pour conclure : bons et mauvais points.
Falco a ses têtes. Par exemple, il aime le socialiste Robert Alfonsi. C’est réciproque. Ces deux-là semblent d’accord sur presque tout. L’Europe, le gel des impôts, la contestation de la carte scolaire proposée par l’inspection académique [2]. « Monsieur Alfonsi est un opposant constructif pour l’avenir de sa ville ». Bref, deux larrons prêts pour la photo commune en une de Paris-Match.
Par contre, le maire ne partira pas en vacances avec Madeleine Brun (PC) : « vous faites de la démagogie continuellement ». « Vous n’êtes pas Sainte madame Brun ». « On perd trois heures à vous écouter parce que vous dites n’importe quoi ». Ni avec Jean-Louis Marfaing : « je ne vous ai pas répondu car c’est tellement incohérent ! »