Match à distance au Palais Neptune de Toulon entre Muzo (dit Renaud Muselier) le 25 février, et Placid (dit Michel Vauzelle) le 9 mars. Deux évènements pareils en si peu de temps dans la ville chère à Gilbert Becaud [1], on n’avait pas vu cela depuis le concert de Bob Marley le 26 juin 1980 au Stade Mayol, précédé 12 jours plus tôt par l’inauguration du monument aux Martyrs de l’Algérie française par le maire Maurice Arreckx.
ESSAYER de comparer Michel Vauzelle (le "vieux taureau socialiste d’Arles" selon une expression de Muzo lui-même) et Bob Marley étant aussi saugrenu que de trouver des liens entre notre fils de P. et un monument aux morts, une étude comparative des deux gros meetings varois de la campagne des Régionales s’impose davantage.
Placid : discret et... Placide. Une fois le chemin frayé à travers les militants de la gauche de gouvernement toulonnaise, c’est à dire vite, le grand jeu consiste pour une proportion significative de visiteurs à se cacher derrière un poteau ou à déclarer confusément que, non non, on n’est pas là parce qu’on est socialiste, mais que c’est pour voir et pour s’informer.
Muzo : fort peu engageant est un euphémisme ; voir à "Accessibilité" ci-dessous. Par ailleurs, deux manifestations attendent les notables UMP. Une réunion sage de pompiers, et une autre plus démonstrative de la part de militants UMP/UDF, avec des banderoles : "L’UMP fait de la politique familiale : mieux vaut la fille d’un parlementaire varois qu’un Beur". "Muselier : bravo pour le copinage !"
Placid : deux escalators et quelques dizaines de marches pour aller se cacher au fin fond de la salle ne seront pas des épreuves insurmontables pour l’honorable correspondant de Cuverville, dont l’entretien physique est une des caractéristiques premières.
Muzo : Très mauvaise note ! L’honorable correspondant de Cuverville, mu par un désir de pluralisme démocratique et par une indécrottable naïveté ne se verra pas délivrer la permission de franchir les quelques barrières de métal et de matraques qui séparent l’espace autorisé de la place Besagne (un mètre entre les murs du Centre Mayol et la première rangée de barrières) de l’entrée du Palais Neptune. Raison invoquée par les videurs de la boîte de nuit (déguisés en jeunes policiers) : pas d’invitation, pas possible d’entrer ; votre serviteur a pourtant pris la précaution de se grimer en jeune UMP : rasé de près, coiffé avec raie au milieu, pas de baskets, pas de casquette, chemise... L’absence de cravate est-elle rédhibitoire ? Il est vrai qu’il s’agit d’une réunion "publique" de l’UMP (on dit aussi oxymore). Solution de secours proposée : "on vous laisse passer si vous êtes du Parti"... N’étant friand ni de coups de matraque inopinés, ni de gardes à vue de 96 heures, l’investigation en vue de déterminer de quel parti il est question dans cette phrase aux relents légèrement soviétiques est lâchement abandonnée. Donc chou blanc (d’un autre côté, j’ai oublié mon sac à vomi. Et puis, un honorable correspondant plus aguerri a tout de même réussi à pénétrer dans l’antre).
Placid : Michel Vauzelle lui-même, suivi de ses premiers colistiers varois, à la tête desquels Roberto Alfonsi (Président Directeur Général de la PME "PS 83"). Ca va encore faire rêver dans les chaumières.
Muzo : Nicolas Sarkozy, secondé par Hubert Falco.
Placid : les tentatives balourdes du MJS [2] ne réussissent pas à troubler le sérieux de la salle, où l’on se croit parfois aux Dicos d’Or de Pivot. A noter tout de même la mystérieuse crise de toux collective des deux rangées écologistes lorsque le sujet ITER sera abordé (n’oublions pas qu’il s’agit de la liste "de la Gauche unie et des écologistes" : une analyse syntaxique poussée s’imposerait). Les communistes encore en vie se manifestent subitement dès qu’on parle vaguement de leur chapelle. Et le PRG... Non non, rien. Quant au MRC, quelques audacieux prétendent qu’il existerait toujours.
Muzo : policière dehors. Pas vu dedans (voir à "Accessibilité").
Placid : après une mise en train sonore (un des trois milles "tubes" consensuels de Jean-Jacques Goldman [3]), arrivée sportive de Placid qui dévale les escaliers de la salle des Congrès, avec poursuites, boucan du MJS (qui donne envie de n’être ni jeune, ni socialiste), pancartes agitées par les trois premiers rangs et... Bella Ciao, entonnée à pleins poumons par le partisan Michel Vauzelle. La Révolution est en marche, et elle passe par le Palais Neptune. Una mattina mi son svegliato / O bella ciao, bella ciao, bella ciao, ciao, ciao...
Muzo (extérieur seulement - voir à "Accessibilité") : venant du boulevard de Strasbourg, dans une des dix berlines (Renault, parce qu’on roule frrrançais à l’UMP) entourées d’une nuée de motards de la police (nationale et municipale). Des mauvaises langues laissent entendre que cette arrivée digne d’un dictateur saoudien serait la conséquence de la présence à ses côtés de certains collègues du gouvernement (voir à "Leaders").
Placid : Sophie Duez, venue filer un petit coup de main depuis Nice.
Muzo : Nicolas Sarkozy, ce qui donne aussi des frissons, mais pas pour les mêmes arguments.
Placid : sans conteste Laroussi Oueslati (très "punchy" selon Placid lui-même) avec un passage hilarant et fort original sur Chirac "supermenteur", Raffarin "boutiquier" et Sarkozy "voulant doubler tout le monde et en excès de vitesse". Ne riez pas trop fort, vous risquez de vous déplacer une vertèbre.
Muzo : Muzo.
Placid : à l’extérieur, 4 policiers, juste assez pour faire une contrée, et trois djeun’s qui développent le sentiment d’insécurité à l’aide de leurs skateboards. A l’intérieur, et au soulagement visible sinon inattendu de Roberto Alfonsi : plein de gens, au point que tout le monde n’aura pas le bonheur de brandir une pancarte "Vauzelle Président" et que les derniers arrivés seront contraints à la position debout.
Roland Joffre, maire PRG du Pradet et candidat investi aux cantonales par lui même et par la section PS de La Garde (ce qui revient numériquement à environ la même chose), a trouvé une place. En revanche, la présence d’Yvon Robert, PCF et candidat à sa propre succession dans le même canton, ne pourra être détectée par l’honorable correspondant de Cuverville.
Muzo : à l’extérieur, entre 100 et 200 vigiles déguisés en fonctionnaires de la police nationale (merci Sarko), voire de la police municipale (merci Falco et merci les impôts des Toulonnais). Sans oublier les manifestants gauchistes de l’UMP (voir à "Accueil") et les curieux intrigués par ce déploiement de force digne d’un bouclage des Territoires Occupés au Proche-Orient. A l’intérieur, divergence [4] entre l’estimation basse DU journaliste politique de La Provence et celle de notre secrétaire d’Etat aux affaires provençales, qui voit une salle presque pleine. 700 selon la presse et 1100 selon la police, c’est le monde à l’envers.
[1] Dit le Claude Nougaro toulonnais. Ce qui démontre s’il en était besoin que la différence entre Toulon et Toulouse ne se résume pas à trois lettres et à une équipe de rugby. C’était la rubrique "chanteurs morts".
[2] Mouvement des Jeunes Socialistes.
[3] "ouvrir nos mains", à ne pas confondre avec "fermer mon poing", l’unique tube de Jean-Sébastien Vialatte.
[4] vue et entendue dans l’émission de France 2 "Compléments d’enquête" du 8 mars 2004 à 22h40.
