UN catalogue délicatement équilibré, résultat d’un minutieux travail d’orfèvre : toutes les compétences ont été passées au crible pour que le redressement de la Région puisse commencer le plus rapidement possible une fois l’élection achevée.
Equilibre hormonal. La loi sur la parité homme/femme à laquelle tout le monde doit se conformer ajoute au casse-tête de la composition des listes. Conséquence : voici venu le temps des filles à papa.
La candidate numéro 10 se nomme Caroline Giran, ci-devant "adjointe à St-Cyr sur mer". Le député Jean-Pierre Giran fut maire de cette commune jusqu’en 2001. Il n’a cédé son fauteuil (à un copain) que pour s’intéresser à la ville de Hyères.
Mais attention : les élus de l’UMP se défendent de pratiquer un népotisme de conviction. S’il y a népotisme, il ne s’exprime que par nécessité à cause de cette loi stupide. Rien à voir avec Jean-Marie Le Pen qui impose sa fille Marine de façon parfaitement caricaturale. Bernadette Chirac ou Cécilia Sarkozy, ce n’est tout de même pas pareil ! Cécilia a d’ailleurs refusé de figurer sur la liste de Jean-François Copé en Ile-de-France.
Il se trouve de plus que les "filles de", Caroline Giran à Saint-Cyr ou Valérie Paecht à la Seyne, bénéficient d’une véritable vocation politique qui ne doit rien à la position de leurs géniteurs. Ce serait les diffamer et faire preuve d’un intolérable sexisme que prétendre le contraire.
L’odieux chantage de l’UDF. En brandissant le spectre de la triangulaire, Bayrou a réussi à imposer son point de vue à Muselier. Plus d’un militant UMP s’est étranglé d’indignation à l’annonce de la composition des listes ...mais certainement pas dans le Var. Si le président centriste de l’Université del Sud Bruno Ravaz pousse quelques conseillers régionaux sortants vers le bas, on ne peut pas dire que l’hégémonie UMP soit très contrariée par le jumelage avec l’UDF. Comme vous pouvez le constater, l’essentiel des troupes de François Bayrou est relégué en position non éligible. Quant à Ghislaine Ruvira (numéro 8), adjointe de Falco en mairie de Toulon, elle soutenait déjà Chirac en 2002 et n’émarge à l’UDF que pour satisfaire aux quotas. L’autre larron à peu près éligible (numéro 13) ne serait inscrit au parti que depuis quelques secondes : pas franchement un centriste de souche.
Une autre parité. Le recensement de 1999 comptabilise 4,5 millions de personnes dans la région Provence Alpes Côte d’Azur, dont 259000 français "par acquisition" (5,7%). Si on ajoute à ce chiffre celui des étrangers en situation régulière, la proportion des résidents de la région "issus de l’immigration" monte à 12%. En octobre 2003, Jean-Pierre Raffarin avait émis le souhait "que les prochaines élections de 2004 soient l’occasion pour la majorité de mettre en avant de nouveaux talents, représentatifs de la diversité de la société française. Ces candidats, avait-il ajouté, ne devront pas être choisis pour leur origine mais leur origine ne devra pas être un obstacle" [1].
Les responsables du casting pour les régionales dans le Var ont entendu le message, puisqu’ils se sont appliqués à placer zéro patronyme à consonance non-européenne sur la liste.
Leurs homologues des Bouches-du-Rhône devaient trouver 51 noms et ont davantage suivi les recommandations du premier ministre. Après l’inventaire de tous les talents disponibles dans le secteur marseillais, ils ont intronisé une certaine Nora Remadnia en 19ème position. Elle est coiffeuse.
Ce manque de représentativité, assorti d’une vision quelque peu réductrice de l’intégration, indispose nombre de militants UMP ou UDF au teint mat. Ces naïfs avaient applaudi la victoire du candidat Chirac en imaginant qu’il leur fournirait le sésame des listes électorales. C’est pourtant pas compliqué ! Ils n’avaient qu’à être coiffeurs.
[1] Mots lus par la secrétaire d’Etat au développement durable, Tokia Saïfi, devant une assemblée de responsables associatifs ou élus de droite concernés par le problème (rapportés par le Monde, 27/10/03).
