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Rapports de force à l’issue du 1er tour des élections régionales

mardi 23 mars 2004
par Emanuel Haumant

Premier scrutin d’envergure nationale depuis les élections présidentielles de 2002, ces régionales nous confirment que dans le fond, rien n’a changé.

CHIFFRES à l’appui, la presse est unanime : « la droite sanctionnée » (l’Humanité), « sale tour pour Raffarin » (Libération), « le vote-sanction favorise la gauche. L’extrême droite se maintient » (Le Monde), « le choc du premier tour » (Le Figaro), « sanction à droite et espoir à gauche » (Var Matin)...

Les pourcentages calculés à partir des votes exprimés donnent en effet 39% à la gauche, 34% à la droite et l’extrême droite stable (ou en progression selon les analystes) à 15%. C’est à se demander si l’électeur a une existence hors cette comptabilité.
Les conclusions sont hâtivement tirées à l’exemple de Serge July dans un éditorial intitulé Bye-bye Raffarin : « C’est toujours une bonne nouvelle pour la démocratie représentative lorsque les électeurs exercent leur pouvoir souverain et créent une surprise au parfum d’alternance ». Dans le même journal (Libération, lundi 22 mars) Renaud Dély affirme que « les socialistes ont achevé hier leur deuil du 21 avril ».

La gauche à la conquête des régions. Si bon nombre de régions passent ou retournent à gauche à l’issue du second tour, le nouveau mode de scrutin y sera pour quelque chose. La prime de 25% de sièges attribuée à la liste arrivée en tête au second tour fait que des majorités relatives en voix sont mécaniquement transformées en majorités absolues de sièges. Le scénario de 1998, quand la droite remportait 4 régions avec le soutien des voix FN [1], n’est donc plus d’actualité.
On comprend mieux dans ces conditions pourquoi Raffarin a voulu imposer le seuil de 10% des inscrits pour permettre à une liste de se maintenir au second tour des élections régionales. Si cette mesure n’avait pas été repoussée par le Conseil d’Etat [2], le Front national n’aurait pu se maintenir que dans 9 régions [3] au lieu de 17, avec une capacité de nuisance "triangulaire" amoindrie... au bénéfice exclusif de la majorité gouvernementale.

La progression de la gauche. Le sport national pour comprendre les évolutions électorales consiste à comparer des pourcentages de suffrages exprimés lors de différents scrutins. On peut mettre en parallèle les élections régionales de 2004 et celles de 1998. On peut aussi évoquer les Présidentielles de 2002, même si cela s’avère plus délicat. Procéder ainsi revient un peu à comparer une somme en anciens francs de 1957 et un montant en euros de 2004 sans tenir compte de l’inflation.
En fait, c’est surtout le nombre de voix obtenues qui est significatif, ainsi que le rapport de ces voix au nombre d’inscrits.

Comparaison des régionales 2004 avec les régionales 1998 [4].

   Régionales 1998  Régionales 2004
  Voix %exprimés %inscrits Voix %exprimés %inscrits
GA 7048516 32,84 18,20 9502047 39,01 23,19
DR 6034260 28,12 15,58 8152394 33,47 19,90
FN 3261174 15,20 8,42 3563356 14,63 8,70

Comparaison des régionales 2004 avec les présidentielles 2002 [5].

  Présidentielle 2002 Régionales 2004
  Voix %exprimés %inscrits Voix %exprimés %inscrits
GA 8284812 29,07 20,11 9502047 39,01 23,19
DR 7615025 26,72 18,48 8152394 33,47 19,90
FN 4804713 16,85 11,66 3563356 14,63 8,70

GA : PS-PC-Verts-RDG-MRC.  DR : UMP-UDF.  FN : front national

Si l’ex-gauche plurielle a bien progressé depuis les régionales de 1998 (+5% des inscrits) il en est exactement de même pour l’UMP-UDF (+4,5%), le Front national restant stable. Entre temps, il y a eu le premier tour des présidentielles de 2002. Même si l’abstention fut alors bien plus faible (28,4% contre 37,8% dimanche dernier), les listes PS-PC-Verts-RDG-MRC et UMP-UDF obtiennent respectivement 1217000 et 537000 voix de plus qu’en 2002. On constate donc un regroupement des forces de gauche comme de droite, chacun supportant son camp, participant au dialogue de sourds qui s’est installé dans le pays. Le FN, quant à lui, recule de 1240000 voix. On dirait bien que personne ne s’en est rendu compte...

L’espoir fait vivre. Si le second tour confirme une progression de la gauche à la tête des régions, on ne peut pas dire qu’il s’agisse de la conséquence d’un bouleversement des rapports de force politiques. Le premier ministre ne loue certes plus l’esprit de Mai en ce début de printemps, mais la gauche devra construire un programme pour devenir une réelle alternative à la "Réforme" du gouvernement Seillière. Quel projet pour les retraites ? La sécu ? L’emploi ? L’Europe ? La fonction publique ? Quand on tombe par hasard sur cet extrait du programme de Michel Vauzelle, tête de liste socialiste pour la région Paca, on tremble : « le gouvernement a décidé de supprimer les emplois-jeunes qui représentaient pourtant un formidable tremplin pour aller vers l’emploi et une opportunité pour “changer la société”[...] Notre région et notre pays ont été appauvris par une décision absurde qui remet en cause la rénovation du service public  » (mots soulignés par nous)...

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[1] Bourgogne (Jean Pierre Soisson), Languedoc-Roussillon (Jacques blanc), Picardie (Charles Baur), Rhône-Alpes (Charles Millon). En Rhône-Alpes, l’élection fut invalidée et c’est Anne Marie Comparini (UDF) qui devint présidente l’année suivante avec le soutien des voix de la gauche.

[2] Les listes ayant obtenu au moins 10% des suffrages exprimés peuvent se maintenir au second tour.

[3] Alsace, Centre, Champagne-ardenne, Franche-Comté, Languedoc-Roussillon, Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Paca, Rhône-alpes

[4] Sources : pour les régionales de 1998 et pour les régionales de 2004.

[5] Sources présidentielles 2002.

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