LA presse est à nouveau unanime : « K-O de la droite » (l’Humanité), « la fin du chiraquisme » (Libération), « le 21 avril à l’envers de Jacques Chirac » (Le Monde), « une hécatombe » (le Figaro), « La débâcle » (Var Matin)...
Avec 1350000 votants supplémentaires la totalisation nationale est présentée ainsi : 50,4% pour la gauche (+3390000 voix), 37% pour la droite (+ 1370000) et 12,6% pour le FN (-363000 voix). Les résultats sont sans appel, 21 régions métropolitaines sur 22 remportées par la gauche.
Après avoir dit au revoir à Raffarin, Serge July parle carrément de “la fin du chiraquisme”. Dans Libération toujours, Renaud Dely, qui annonçait à l’issue du premier tour que « les socialistes [avaient achevé] leur deuil du 21 avril », estime maintenant que le triomphe du PS « survient presque trop vite, trop tôt, trop fort, alors que la gauche ne semblait pas encore avoir pansé ses plaies du 21 avril 2002 ».
Les résultats du Front national. Les chiffres sont là pour le confirmer, le parti lepéniste est en net recul sur l’ensemble du territoire au second tour puisqu’il passe de 15% à 12,5%. Le score du FN est calculé tout simplement en divisant le nombre de voix obtenues par le nombre total de suffrages exprimés, y compris dans les régions où il n’a pas pu se maintenir. Un moyen extrêmement efficace pour faire disparaître les électeurs du Front de 5 régions françaises. Dans le même registre, l’extrême gauche subit un revers encore plus cuisant, réalisant l’exploit de ne séduire aucun électeur. Un raisonnement un peu plus rigoureux voudrait que l’on compare les résultats du premier et du second tour sur les 17 régions où ont eu lieu des triangulaires. Dans ce cas le FN recule effectivement mais de 16,1% à 15,1% (-18000 voix) [1].
Cette subtilité n’a pas échappé à Eric Aeschimann [2], « le parti de Jean Marie Le Pen est en baisse à 12,56% des suffrages sur l’ensemble du territoire - dans les 17 régions où il avait pu se maintenir au second tour, il réunit en moyenne 16 % des suffrages, soit presque autant que Jean-Marie Le Pen au premier tour de la présidentielle ».
Et si le mode de scrutin n’avait pas changé. A l’issue des élections régionales de 1998, en terme de sièges, il y avait une majorité de gauche dans 11 régions, une majorité de droite dans 8 régions et égalité dans 3 régions [3]. Après 4 alliances avec le FN , une avec le CPNT et le concours de la gauche en Franche-Comté [4], la droite emportait 14 régions. En recul constant depuis 1986, elle limitait les dégats.
A partir des suffrages exprimés au premier tour des élections régionales de 2004, on peut déterminer quels auraient été les résultats si le mode de scrutin n’avait pas changé [5].
La gauche aurait perdu l’île de France et peut-être l’Aquitaine si le CPNT avait rejoint les rangs de la droite. Elle aurait vraisemblablement remporté l’Auvergne, la Bretagne, la Picardie [6], le Poitou-Charentes et la région Rhône-Alpes. Dans le Languedoc-Roussillon, on ne voit pas pourquoi Jacques Blanc n’aurait pas reconduit son alliance avec le FN. Difficile de savoir ce qu’il aurait pu se passer en Franche-Comté, la droite et la gauche se trouvant de nouveau au coude à coude. En Corse où le mode de scrutin n’a pas changé, une majorité de gauche semble se dégager mais l’assemblée territoriale devrait finalement rester à droite.
Il est probable que le raz-de-marée rose se serait transformé en une vaguelette plus modeste (3 régions supplémentaires présidées au final), la gauche et la droite faisant jeu égal avec 11 régions chacune. La “fin du chiraquisme” aurait eu une toute autre allure.
[1] Source ministère de l’intérieur.
[2] Libération du lundi 29 mars, page 2.
[3] Voir un tableau récapitulatif ici .
[4] Alliance avec le FN en Bourgogne, Languedoc-Roussillon, Picardie, Rhône-Alpes.
Alliance avec le CPNT en Poitou-Charentes.
Concours de la gauche en Franche-Comté : un article de l’Humanité.
[5] La simulation est réalisée en considérant le premier tour comme un scrutin de liste proportionnel à la plus forte moyenne. Pour simplifier, le calcul n’a pas été appliqué dans chaque département mais directement au niveau de la région. L’erreur commise ne remet pas en cause la nature de la majorité sauf peut-être pour la Franche-Comté.
[6] M. De Robien n’aurait certainement pas pu faire alliance avec le FN pour obtenir la présidence, comme son prédécesseur Charles Baur.
