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Jean-Louis Gombeaud réfléchit très fort
lundi 2 mai 2005

JEAN-LOUIS Gombeaud est un économiste qui vit de ses éditoriaux dispensés dans la presse Lagardère, et des ses responsabilités comme « chef des informations économiques » au sein de la chaîne de télévision Public-sénat. Gombeaud votera "oui" lors du référendum à venir, car il est Européen.
Le fléchissement du "non" dans les sondages souffle aujourd’hui une bouffée d’oxygène dont se saoulent les éditorialistes de la presse institutionnelle. Jean-Louis s’emballe, et ose une analyse qui sera publiée lundi 2 mai dans Lagardère matin (Nice matin + Var matin + Corse matin).

« Fragilité des "non". L’offensive du "oui" semble en train de payer ! Attention il n’a pas pour autant emporté la partie bien que l’affaire puisse se compliquer pour le "non" qui avec les derniers sondages pourrait être atteint au moral. Mais sa principale fragilité - et elle a fort bien été relevée par M. Lionel Jospin au cours de son entretien télévisé - est d’être fait d’un alliage fragile. Plus le temps va passer, plus cela se verra et le "oui" ne se privera pas de taper dessus.
Certes le "non" se soude autour du mécontentement qui dans notre pays est fort grand, mais dans un référendum de ce type où il s’agit d’avenir, la capacité d’un des deux camps à dresser des perspectives ou pas est décisive quand on cherche à deviner l’issue du combat.
De ce point de vue les "oui" même divers sont plus cohérents entre eux ("homogènes" à dit l’ex-premier ministre) que les "non". La preuve, certains dans ce camp-là se disent Européens de toujours et voteront "non" à l’unisson d’anti-Européens historiques. Peut-on voter "non" à l’Europe en espérant à travers ce bulletin jeter les bases d’une Europe conforme à ses voeux ? Un client qui entrerait dans une boutique et dédaignerait le costume proposé au prétexte qu’il n’est pas sur-mesure aurait de fortes chances de se retrouver tout nu dans la rue.
Dans ces conditions si le "non" dispose de nombreux angles d’attaque, c’est-à-dire d’arguments pour mener sa guérilla contre le "oui", celui-ci a plus d’énergie en son sein parce que plus compact que son adversaire aux rangs dispersés. Tiraillé de l’intérieur, le "non" aura donc plus de mal à organiser son retour que le "oui" n’en a eu pour mettre en branle le sien ces dix derniers jours.
Nous nous retrouvons donc dans un cas de figure très classique connu de toutes les écoles de stratégie qui enseignent que l’unité d’un camp est une condition absolument décisive pour le conduire à la victoire. Le "oui" sait ce qu’il veut : l’Europe. Les "non" ne cernent pas bien leur objectif. Aucun de ses partisans ne dit qu’il faut remettre des barrières commerciales comme avant le traité de Rome, réimprimer des billets de banque comme avant celui de Maastricht, violer les règles budgétaires comme avant Amsterdam, etc.
Ainsi, non seulement les "non" sont moins homogènes mais en plus ils sont nettement moins logiques que le "oui" qui somme toute - et la position est confortable - propose de continuer le chemin.
Ca n’a rien d’exaltant mais ça peut paraître moins risqué. Par ces temps troublés et incertains, l’argument est de taille. Dans l’épître de Saint Jacques on peut lire : "que votre oui soit oui, que votre non soit non". La grande fragilité du "non" est là.
Pour une grande partie de ceux qui choisiront ce bulletin, ce "non" aimerait pouvoir dire oui. Il y a donc pour le "oui" des soutiens à gagner à l’intérieur du camp adverse. L’inverse pourrait devenir de moins en moins vrai. »

Passons sur la remarquable parabole costumière et sur la sainte parole d’évangile, pour nous intéresser à l’essentiel du propos soulignant l’homogénéité du "oui" contre les tiraillements du "non".
Homogène le "oui" ? Messieurs Chirac, Cohn-Bendit, Madelin, Jospin, Hollande, Sarkozy, ou cette bande d’allumés prêchent donc pour la même paroisse ? Objectivement, n’allons pas jusque là (même si la tentation est grande). Messieurs Madelin et Jospin, par exemple, n’ont sans doute pas tout à fait les mêmes points de vue sur l’organisation de la société. Or, quand le "oui" s’exprime dans les médias, il ne s’agit que de celui de Jospin, celui de Hollande, Chérèque et Chirac : celui de "l’Europe sociale". Pour la paix, contre la Chine, etc. Où est passé Madelin ? Pourquoi ne s’exprime-t-il pas sur les ondes ? Et pourquoi l’ultra-libéral Barroso, président de la Commission européenne, est-il interdit d’antenne française ? L’Europe qui s’annonce est-elle si sociale que ça ? De l’autre côté, quand il s’agit d’écouter le "non", on invite de préférence ses pires représentants, de Charles Pasqua à la famille Le Pen, avec un zeste d’Emmanuelli pour pimenter le tout.

Gombeaud confond la vérité médiatique avec la réalité. Mais son édito ne s’arrête pas là.

On connaissait ceux qui jouent les médiums, affirmant que Charles de Gaulle ou François Mitterrand voteraient "oui" à la Constitution s’ils étaient encore parmi nous. Ils volent déjà très haut dans le ciel azur de la grosse couillonnade.
Certains magiciens ont par ailleurs le pouvoir d’analyser la pensée des objets inanimés, en soutenant que l’Airbus A380 voterait "oui" lui aussi si on l’inscrivait sur une liste électorale [1]. Eux, on pourrait les qualifier de chefs d’escadrille.
Aujourd’hui, en révélant qu’ « une grande partie de ceux qui choisiront » le "non" à la Constitution « aimerait pouvoir dire "oui" », Jean-Louis Gonzo franchit les limites de la stratosphère.

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[1] Un récent article de l’Humanité disait exactement le contraire il y a peu. C’est tout aussi crétin.

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