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La croissance : je croîs, tu croîs, nous croyons...

samedi 14 février 2004
par Emanuel Haumant
Nous sommes régulièrement assaillis de pourcentages relatifs à la croissance. Qu’ils soient élevés et c’est la perspective d’une baisse du chômage. Qu’ils soient faibles ou -comble de l’horreur- négatifs et c’est une nouvelle aggravation de la crise économique.
Que se cache-t-il derrière ces chiffres qui mesurent le bonheur ?

L’INSEE [1] publie régulièrement les comptes nationaux trimestriels. L’objectif est d’évaluer les variations du PIB [2] lors du trimestre écoulé à l’aide de modèles statistiques complexes. On obtient ce que l’on appelle le taux de croissance trimestriel.
La référence de temps la plus commune en terme de croissance du PIB étant l’année, il faut bien se ramener à un taux annuel. Il existe plusieurs méthodes pour calculer le taux de croissance annuel à partir d’un taux de croissance trimestriel.

Le taux de croissance trimestriel annualisé
Il est calculé en considérant que le rythme de croissance va rester le même pendant les trois prochains trimestres. Si la croissance trimestrielle est de 0,5 %, le taux de croissance trimestriel annualisé est de 2 % [3].
C’est une projection qui plait au médias, simplicité oblige, mais qui ne tient pas compte des spécificités propres à chaque trimestre (fêtes de fin d’année propices à la consommation par exemple).

Le taux de croissance sur 4 trimestres (en glissement annuel)
Il est calculé à partir du taux de croissance trimestriel des 4 derniers trimestres. De cette manière on fait abstraction de ce que l’on appelle les variations saisonnières.

Le taux de croissance annuel moyen
On y est, c’est le pourcentage qui nous intéresse. On se dit qu’il suffit de le calculer à partir des croissances trimestrielles de l’année.
C’est en fait la moyenne des taux de croissance en glissement annuel calculés pour chaque trimestre. La croissance 2004 dépend donc de la croissance de 2004, mais aussi de celle de 2003 [4]. Il permet de lisser la courbe et de dégager une tendance de fond.

Petit tableau récapitulatif (source INSEE) :

 Taux de croissance :

2002

2003

2004

 trimestriel 0,7 0,7 0,3 -0,3 0 -0,4 0,4 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5
 annualisé 2,8 2,8 1,2 -1,2 0 -1,6 1,6 2 2 2 2 2
 glissement annuel 0,8 1,5 1,4 1,4 0,7 -0,4 -0,3 0,5 1 1,9 2 2
 annuel moyen 1,2 0,2 1,7

Remarques
Une croissance de 0,5 % par trimestre en 2004 donnerait une croissance annuelle de 1,7 %, conformément aux prévisions gouvernementales. Pour arriver aux 2,5 % espérés par M. Copé , il faudrait que la croissance trimestrielle soit stable à 0,8 %.
Ainsi, si on entend parler de taux de croissance trimestriel annualisé au quatrième trimestre 2003 (2 %), il n’en était pas de même au deuxième trimestre 2003 où cet indicateur était de -1,6 % : autant dire une récession. Ménageons la confiance du consommateur sacrebleu !

En ce qui concerne le taux de croissance en glissement annuel, la France était en récession au deuxième et troisième trimestre 2003 (-0,4 % et -0,3%) mais on n’en parlait à cette époque que du bout des lèvres, la question était plutôt : éviterons nous la récession ? En effet, c’est le taux de croissance annuel moyen qui décide de ça et comme ce dernier à tendance à lisser la courbe, il est bien plus avantageux pour maintenir la confiance des investisseurs palsambleu !

Pour finir, une remarque sur le taux de croissance annuel car c’est réellement le meilleur de tous. Admettons que la croissance trimestrielle stagne à 0 % tout au long de l’année 2004. Le taux de croissance annuel sera tout de même de 0,5 %. Comme le font remarquer à ce propos certains analystes financiers : « quoi qu’il en soit, avec un acquis de croissance de 0,5%, 2004 sera meilleure que 2003 ». Rétablissons la confiance des actionnaires ventrebleu !

Le difficile exercice d’un homme de pouvoir est donc de choisir parmi ces trois indicateurs, quel est le taux de croissance qui reflète le mieux sa politique économique.

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[1] Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques.

[2] Le Produit Intérieur Brut (PIB) est la valeur marchande de tous les biens et services produits dans une année à l’intérieur des frontières de la France.

[3] Lorsqu’on multiplie 0,5 par 4 pour obtenir le taux de croissance annualisé on commet une erreur. Les pourcentages ne peuvent s’ajouter mais dans ce cas, comme les taux de croissance sont faibles, l’erreur commise est négligeable.

[4] Par exemple, le dernier trimestre 2003 compte autant que le second trimestre 2004.

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