IL n’aura pas fallu bien longtemps, après avoir été débarrassés d’un gouvernement qui réchauffait en son sein ces jobards d’écolos, pour que le lobby de la chasse retrouve la joie de vivre et de canarder. Ce mercredi interdit à la chasse était un véritable scandale. Comment élever nos jeunes dans l’adoration du carnage si, entre le cours de catéchisme et celui de judo, on ne peut pas les emmener faire un tour au bois pour qu’ils apprennent à se servir d’un fusil ? Il faut qu’ils apprennent à flinguer, nos petits. On ne va pas en faire des pédés, tout de même ?
On dit que, justement, le mercredi, c’était pour permettre aux familles, et donc aux enfants, de profiter du grand air sans se faire tirer dessus. Entre nous, ça leur sert à quoi, aux gamins, de se promener comme ça, sans but précis, dans la forêt ? Ils finiraient par s’ennuyer, et même par attraper des mauvaises pensées. Si on leur confie un fusil, au moins ils sauront pourquoi ils sont là et ce sera bon pour leur formation. Leur formation d’hommes. De vrais mecs. Tu seras chasseur, mon fils !
Le chasseur, voilà le véritable, et le seul, ami de la nature.
C’est facile à vérifier.
Il suffit de se promener dans les bois fréquentés par la corporation. Ici ou là, on tombe sur une jolie petite cabane fabriquée avec les branches arrachées à des pins ou à des chênes. Des cabanes comme quand ils avaient dix ans. Pas grave. Des pins et des chênes, ce n’est pas ce qui manque par ici. Un de plus, un de moins, on ne va pas en faire une maladie. Si les chasseurs font des cabanes d’indiens avec, c’est parce qu’ils les aiment, les pins et les chênes.
Et puis, regardez le sol, tout autour. Qu’est-ce qu’on trouve ? Des tapis. Des tapis de cartouches vides, de paquets de Marlboro (vides aussi, pas cons, tout de même). C’est encore à cause de l’amour de la nature : il s’agit d’enrichir l’humus. Et puis, ils adorent laisser quelques traces pour que la terre se souvienne d’eux. Pour égayer, par-ci, par-là, ils laissent tomber une canette après avoir ingurgité le contenu. Là, ce serait plutôt pour le mélange des couleurs. Attention, pas de bière en dessous de 8 degrés. Pourquoi ? C’est simple. Une canette de 50 centilitres, c’est l’équivalent d’un quart de Martini, et, les matins d’hiver, quand il fait froid, ça vous fait une chaleur intérieure. Les écolos n’ont pas encore eu l’idée de réclamer des tournées de gendarmes avec des alcootests. Il faut en profiter avant que ça arrive.
Parfois, le gibier se fait rare. Mais il faut bien libérer les énergies. Alors, avant de reprendre le 4x4, ils se soulagent de tous leurs désirs refoulés en faisant éjaculer les fusils sur les panneaux routiers. Un panneau de limitation de vitesse transformé en passoire ou en poêle à châtaignes, c’est marrant, non ? Et ça ne coûte rien, c’est le contribuable qui paye. Et puis, ho ! N’emmerdez pas le chasseur : un panneau routier en ferraille, ce n’est pas la nature, ça. Le 4x4, c’est pour épater les copains. Le dernier modèle, mais surtout avec un pare buffles devant. Le pare buffles, c’est ce qui fait classe, et puis il y a parfois des buffles qui traversent sans regarder, là où le 4x4 est le plus utilisé, entre le boulevard de Strasbourg et les plages du Mourillon. C’est utile. Le problème, c’est qu’en manœuvrant après les bières, le pare buffles arrache parfois un ou deux pins naissants. Mais s’il fallait faire attention à tout, on ne vivrait plus.
Donc, la saison qui vient se présente plutôt mieux qu’avant. Heureusement, il y a Bachelot, l’amie du nucléaire et des chasseurs. Dire qu’il y a des abrutis, ou des intellos, mais c’est pareil, qui se sont marrés quand elle a déclaré : « là où la chasse recule, c’est Coca-Cola qui avance ». Putain, con, c’est bien trouvé. Pour rester dans ce domaine, on pourrait ajouter : « là où la chasse avance, y a Kronenbourg qui avance aussi ». Et c’est ce qui compte, les produits français, pour les patriotes que sont les chasseurs...