LA Justice française punit sévèrement qui s’acharne sur le faible. Aucune session judiciaire ne devrait manquer de rappeler au délinquant combien il en coûte de s’attaquer au fluet, au malingre, au chétif. C’est bien la moindre des choses dans un Etat de Droit.
Le tribunal correctionnel de Toulon exécutait cette mission avec la plus grande diligence alors que le gauchisme gangrenait l’institution au niveau national. Quand en 1995 les Toulonnais, après de longues années de dérives en tous genres, portèrent en mairie un homme pétri de valeurs morales, le pouvoir judiciaire aurait pu accompagner dans le maquis le troupeau bêlant des soi-disant "progressistes" et "assouplir" son point de vue. Et puis quoi encore ? Jamais les juges et procureurs d’ici ne se sont laissés intoxiquer par un idéal visant à ralentir l’économie carcérale. A quoi sert de construire des prisons si elles restent à moitié vides ? Une cellule pour deux est mieux garnie à quatre, ne serait-ce que d’un point de vue ludique car la belote est plus amusante que le rami.
Mais il aura quand même fallu six mois pour enfin saturer le tout nouveau centre pénitentiaire de la Farlède. Cette lenteur aurait dû alerter les observateurs.
Le Palais de justice deviendrait-il neurasthénique ? Deux récentes affaires témoignent d’un certain flottement dans leurs conclusions, au moment même où le système judicaire français, grâce aux efforts conjugués de messieurs Sarkozy, Perben et Villepin, semble enfin sorti de l’ornière socialiste. Inquiétant.
8 janvier 2005. Un lycéen de 18 ans accompagne sa famille au tribunal car on juge son frère pour vol à l’arraché. Le verdict (un an de prison dont six mois fermes, plus 3000 euros d’amende à rembourser à une personne âgée) est modérément apprécié par la famille et les esprits s’échauffent, entraînant une certaine confusion dans la salle. Le frère du condamné « attrape un policier par la manche et le fait tomber, lui occasionnant 3 jours d’ITT [1] » (AFP, 8 janvier).
La Justice française de Toulon punira le lycéen (au casier judiciaire jusque-là vierge mais maintenant il y a des trucs dedans) de quatre mois fermes avec incarcération immédiate. Il aura certes du mal à passer son bac cette année. Tant pis pour lui : on n’attrape pas impunément la manche des policiers qui cassent quand ils tombent ! Mais il n’a pas à se plaindre, ce n’est qu’à partir de 8 jours d’ITT que l’auteur de violences se fait ficher dans le STIC [2] pour quarante ans, comme les auteurs de « génocide et autres crimes contre l’humanité ». Et penser que ce délinquant pourra, dès septembre prochain, retrouver le lycée et peut-être vendre de la drogue à d’innocents élèves disciplinés nous fait frissonner. Un risque sans doute sous-évalué.
4 février 2005. « Une jeune femme de 29 ans, sans profession [et au casier judiciaire vierge], a été condamnée à trois ans de prison dont deux avec sursis vendredi par le tribunal correctionnel de Toulon, pour avoir frappé un avocat après un accrochage automobile le 6 janvier. Elle doit également verser 4000 euros de dommages et intérêts à la victime et un euro à l’Ordre des avocats » (LCI, 4 février).
Un seul petit euro pour une gifle ayant entraîné un jour d’ITT, c’est la porte ouverte à tous les excès ! Espérons que cela ne fera pas jurisprudence et que le tribunal, après ce double ratage, saura se reprendre et châtier comme il se doit les chômeurs violents, losers dépressifs et autres voyous.
[1] Interruption de Travail Temporaire.
[2] Système de Traitement des Infractions Constatées, légalisé par le Gouvernement Jospin.