AINSI donc Monsieur Pape a cru intelligent d’étaler sa culture et d’évoquer un certain penseur du XIVème siècle répondant au doux nom de Manuel Paléologue. C’est rigolo comme nom. Peut-être ce patronyme viendrait-il (étalons notre culture aussi, le Robert de l’étymologie n’ est pas fait pour les chiens), du grec palaios (ancien) et logos (discours). Mais tout de même, dit comme ça, ça évoque toutes sortes de choses : paléontologue, anthropologue, scientologue, proctologue...
Revenons aux choses sérieuses voire tragiques. Monsieur Pape, donc, a cru malin de faire siens les propos de Paléologue qui estimait que Mahomet n’amenait que « des choses mauvaises et inhumaines comme le droit de défendre par l’épée la foi qu’il prêchait ». Et il a lâché ça au cours d’une conférence dans le cadre d’un voyage officiel. Toutes les conditions étaient donc réunies pour que la petite phrase ne passe pas inaperçue. Bien vu !
C’était assez judicieux, au moment où un peu partout certains enfants de Mahomet se font exploser pour gagner le titre de martyres en même temps qu’ils répandent la mort, de souffler ainsi sur les braises. On dira ce qu’on voudra, son prédécesseur était plus malin. A croire que les Jeunesses hitlériennes ne développaient pas le sens de la diplomatie. Evidemment, les agités de la jihad qui n’attendent que ça n’ont pas laissé passer une pareille aubaine.
On ne prendra pas part dans la querelle. En matière de « choses mauvaises et inhumaines », l’Eglise catholique apostolique et romaine en roue libre n’a rien à envier aux mabouls qui voient Satan partout. Les pratiquants zélés de l’Inquisition n’avaient à leur disposition que la torture et le bûcher, peuchère. Ah ! S’ils avaient connu les nouvelles technologies !
Plus près de nous, après l’Espagne de Franco, l’ère Pinochet au Chili aura provoqué combien de morts au nom de la défense et de l’illustration de l’Occident chrétien ?
On rappelle souvent la phrase de Malraux selon laquelle « le vingt et unième siècle sera religieux ou ne sera pas ». Alors qu’au train où ça va, le vingt et unième siècle est bien parti pour être religieux ET ne pas durer très longtemps. Ratzinger n’allait quand même pas laisser Armageddon arriver sans y mettre son grain de sel.
Alors, quand on ne croit plus au père Noël, qu’on l’affuble du nom de Dieu, Allah, Yahvé, Moon ou Raël, on aimerait bien rester en dehors du débat et éviter de prendre une balle perdue. On aimerait bien ordonner à ces gamins qui se bagarrent d’aller plutôt jouer dans la cour et de ne pas nous casser les oreilles avec leurs enfantillages. On aimerait aussi que nos moyens d’information n’accordent pas plus d’espace qui convient à ces chamailleries d’un autre temps. Nous sommes tout de même à l’époque des fusées dans l’espace et plus à celle de l’immaculée conception, du bain dans la flotte qui guérit du cancer, ou encore des soixante et douze vierges auxquelles on aurait droit en tuant des « suppôts de Satan ». Il est vrai que lorsque le chef de l’Etat le plus puissant du monde déclare qu’il prend ses décisions en étant inspiré par le Très-Haut, on se demande où va s’arrêter le délire. Et on voit, en Irak, combien la méthode est efficace.
Dans ce concert cacophonique, il y a de temps en temps une voix de raison qui essaie de se faire entendre. Ainsi du philosophe arabe Malek Chebel, spécialiste des choses de l’Islam, qui déclare dans une interview au Monde du 17 septembre : « Le Coran ne dit ni plus ni moins que ce que l’interprète lui fait dire. Ce qui est important, c’est l’interprétation qu’on en fait. Au nom du même texte sacré, on a fait les plus grandes réalisations du monde et on a commis les plus grands crimes ».
L’ennui, c’est que toute doctrine religieuse (ou sectaire, c’est pareil en moins répandu) trouve toujours des interprètes qui tirent la couverture à eux. Les « guerres de religion » sont des guerres tout court, où les dieux impliqués servent d’alibi pour abrutir les peuples, convaincre la chair à canon, bref, justifier une folie bien humaine.
Il y a des jours, et de plus en plus souvent, où l’on en viendrait à souhaiter le rétablissement de l’anticléricalisme de la IIIème République, en adaptant son slogan aux exigences nouvelles : « A bas toutes les calottes ! ».