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Le 4x4 est bien utile, pour descendre de la colline du Mourillon et rejoindre la ville

mardi 5 avril 2005
par Carolus

JE suis un pauvre petit con : je n’ai pas de 4x4. Pourtant, le 4x4, en ville, c’est extrêmement pratique. Pas de place pour se garer ? Je t’embrouille. Avec ses grosses roues, et son plancher surélevé, la bête peut s’installer sans difficulté sur le trottoir. Qu’il bouche le passage des landaus et des fauteuils roulants, n’est qu’un « détail », comme dit l’autre enflé qu’on imagine si aisément au volant d’un 4x4. Et dans les parkings souterrains, pas de problème : on chevauche deux places tout en ne payant qu’un ticket, une bonne affaire. C’est pratique également avec ses énormes pare-chocs placés plus haut que ceux des berlines, quand ce n’est pas le pare buffle, qui permettent de défoncer plus facilement la tôle de l’adversaire. Et de défoncer plus facilement aussi le malheureux piéton qui ne l’aurait pas vu venir. Selon les études du professeur Claude Got, on a quatre fois plus de morts chez les piétons ou même les autres circulants (deux roues, voitures normales) quand l’un des protagonistes est un 4x4. C’est vous dire si c’est efficace, et si ça vaut le coup de ne pas hésiter à la dépense d’essence, puisque les plus beaux fleurons de la catégorie vont jusqu’à boire 25 litres aux 100 km. Une consommation pareille, ça accroît la pollution, peut-être ? Bof, à peine. Un 4x4 ordinaire dégage 232 grammes de CO2 par kilomètre, soit le double d’une voiture commune. Et presque le double de la dose si la climatisation est en marche. Les parents polluent, les enfants trinqueront. Notre vaillant ministre de l’écologie avait annoncé une vignette sur les 4x4. Mais trop d’audace tue l’audace, et le lobby des empoisonneurs lui a fait entendre raison.
Mauvais procès, diront les intégristes du machin, notre 4x4 on l’a acheté pour aller à la campagne. Ah, bon ? Combien d’entre eux mettent les roues de leur engin plus d’une fois par an hors du bitume ? Très peu, heureusement, parce qu’ils pissent leur huile dans la nature, écrasent les jeunes pousses, démolissent les sentiers, et empoisonnent le peu d’atmosphère respirable qu’il nous reste autour des villes.
Le portrait robot du pilote de 4x4, jusqu’ici, était facile à tracer : le nouveau riche (ou l’endetté à mort) qui voulait impressionner le voisin en le regardant de plus haut quand il passait devant chez lui. L’arrogant ordinaire qui se prenait pour le chef parce qu’il dominait le reste de l’humanité du haut de son fauteuil (en cuir, c’est plus chic). En deux mots : le beauf magnifique. Catastrophe, les pistes se brouillent, car il paraît qu’il y a de plus en plus de femmes qui s’y adonnent. Le mythe du maître-nageur bien baraqué, peut-être ? On dit que c’est parce que les deux tonnes de ferraille qui les entourent leur donnent une impression de sécurité. Mais c’est un très mauvais calcul. Alors que les constructeurs de voitures normales s’efforcent d’étudier des modalités de déformation de la caisse pour que les effets des chocs soient mieux amortis par les passagers, la rigidité du 4x4 fait que c’est le corps des individus qui prend tout. Comme quoi, il y a une justice immanente. Autre manifestation de la justice : la hauteur du véhicule le rend plus exposé aux risques de tonneaux.
Jusqu’ici, nous pouvions nous réjouir que les constructeurs français n’étaient pas tombés dans cette mode imbécile venue, une fois encore, des USA. Fichu ! Coup sur coup, on apprend que Peugeot va produire avec Mitsubishi un camion de ce type, et que Renault va commercialiser le char d’assaut de sa filiale coréenne Samsung. C’est que le marché est juteux, avec une progression spectaculaire.
A défaut de parvenir à arrêter le mouvement, on peut toujours en sourire. Dans un dîner mondain, vous avez de fortes chances de vous trouver en présence de deux ou trois aficionados de la chose. Profitez-en pour raconter l’historiette suivante : c’est un lapin et un écureuil qui deviennent très copains. Et, tous les samedis soirs ils sortent en boîte. Un soir, au moment de quitter la boîte, le lapin est bourré à mort, totalement incapable de se déplacer. Ne t’inquiète pas, lui dit l’écureuil, tu n’as qu’à t’accrocher à ma queue, et je te traîne jusqu’à chez toi. Ce qui est fait. La semaine suivante, le lapin se surveille, et c’est l’écureuil qui est totalement bourré. Pas de problème, dit le lapin, on va faire la même chose, accroche-toi à ma queue. Première tentative, la queue du lapin est trop courte, et l’écureuil ne parvient pas à la maintenir. Deuxième, troisième tentative, chaque fois la prise est trop faible, et l’écureuil ne peut s’accrocher. Et le lapin constate : quel dommage qu’on soit venus à pied. J’aurais dû prendre mon 4x4. Moralité : quand on a une petite queue, il est utile d’avoir un 4x4.

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  • bien-sur 21 octobre 2006, par zine
  • Frustration 4² 6 avril 2006, par NZ’R
  • Les 4x4 ! 22 octobre 2005, par Régis (1 réponse)
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