À force d’être pris pour des dindes, nous finirons marrons.
LE galoubet, le tambourin et Luis Mariano résonnent dans nos têtes avant de résonner dans les allées du marché de Noël sur la place de la Liberté. Ségolène Royal est partie sur les traces des rois mages, découvrir les bienfaits de la colonisation au Liban et en Palestine, tandis que Nicolas Sarkozy rassemble les moutons de la presse régionale pour épater les brebis égarées. L’heure de l’Avent-présidentielles a bel et bien sonné. Les deux candidats ne se feront pas de cadeaux, comme ils n’en feront pas aux électeurs, ou devrait-on dire, aux abstentionnistes.
Ce ne sont pourtant pas les idées cadeaux qui manquent. Nos stars du paf en auraient même à revendre. En bon patriarche ou en bonne maîtresse de maison, Nicolas et Ségolène pensent à l’avenir de leurs petits.
Ségolène a passé un contrat avec le Père Noël « pour équiper tous les élèves des internats de la région, à la prochaine rentrée, pour un montant de 80.000 euros [et] ne désespère pas d’équiper les élèves de toutes les régions de France et, pourquoi pas, de toute l’Europe. Et après... les Chinois ! ». Sous le sapin chauffent les boules et se dressent les guirlandes. Le délégué ségoliniste dans le Var, Robert Alfonsi, voudrait bien passer un contrat similaire concernant les bachis afin que tous les internes varois puissent se coucher en se tripotant mutuellement le pompon. « Tiens, touche, ça porte bonheur. » « Ah, oui ?... Oh, ben là y en a deux... j’aurai encore plus de chance en 2007 alors ! ». Mais il paraît que le président de la fédération PS du Var ne veut pas que cette idée s’ébruite de peur que le maire de Toulon, Hubert Falco (à ce qu’on dit), ne riposte par une semaine entière de feux d’artifice, 24h/24 entre le 25 décembre minuit et le 1er janvier 23h59. Cela donnerait naissance au premier festival pyrotechnique d’hiver au monde !
À la fenêtre de sa villa des coteaux du Faron, Huberman applaudirait un spectacle si émouvant et les Toulonnais, tournés vers leur premier magistrat, trouveraient le ravi qui manquait à leur crèche. Toujours est-il que Mme Royal a demandé à M. Alfonsi d’approfondir le projet. Lorsqu’elle sera élue présidente de la République, quand elle enverra les enfants délinquants dans des camps militaro-humanitaires à Kaboul, le bachis leur paraîtra bien plus léger que le casque lourd et leur rappellera, non sans nostalgie rédemptrice, la casquette Lacoste qu’ils avaient refusé d’enlever pour la photo de rentrée des classes.
Nicolas, lui, proposait déjà aux bambins des ballons gonflables pour l’été, mais l’hiver il fait froid et quand part la dinde à New York, il faut bien occuper les petiots. Sauf que ces chères têtes blondes sont parfois turbulentes et qu’il faut remédier à de tels agissements. Près de la cheminée, dans les chaussons, Saint Nicolas laissera un transformateur électrique portable ou mieux encore, un kit d’auto-dépistage de la délinquance. L’enfant rebelle pourra s’administrer lui-même la sentence qu’il mérite, mais qui bien entendu, le prémunira d’une quelconque récidive. Ce présent aura l’intérêt pour les parents de déceler en un coup d’oeil l’aptitude de leur enfant à s’auto-analyser. Le marmot fait la moue lorsqu’il déchire le papier crépon : cela révèle « des traits de caractère tels que la froideur affective, la tendance à la manipulation, le cynisme », qui depuis ses trois ans se concrétisaient par de l’indocilité, de l’agressivité, un faible contrôle émotionnel, de l’impulsivité et une moralité peu développée.
Si lors du repas de Noël, vous vous rendez chez votre frère, qui, le con, en plus d’avoir épousé une sombre roturière de l’Escaillon, a reconnu deux merdeux qui ont aujourd’hui des boutons sur le nez et du poil au pubis, bref des collégiens, offrez-lui — avec le sourire — le projet de loi sur la prévention de la délinquance, en lui expliquant que le côté suranné du martinet ne pèse guère face à la modernité imparable d’une intervention des gendarmes mobiles dans le salon sous les caméras de télévision de France et de Navarre.
Avec tout ça, c’est sur le son de la musique militaire que les rênes du Père Noël règleront leurs pas, et sur les mêmes roulements de tambour qui accompagnent le condamné à la guillotine que les électeurs déposeront leur bulletin dans l’urne. Joyeuses fêtes à tous !