UN gentil lecteur de Toulon (Var) nous raconte une aventure très banale mais suffisamment représentative de la situation locale et si délicieusement écrite que nous ne pouvons résister au plaisir de la livrer ici.
Pour rappeler que depuis 2003, rien n’a changé.
« Or donc, avec ma femme, nous avons entrepris de narguer celle qui se
déplace avec un suaire et une faux et qui salive dès qu’elle voit une
prochaine victime.
Partant du chemin de la Baume, où nous résidons, nous avons décidé d’aller chercher les programmes du "Royal" (au masculin, hein).
Prudemment, on ne descend pas par le Las couvert (vu le nombre de bouquets fanés accrochés le long de la glissière, on craint de se faire tailler un short), mais on longe le parc des oiseaux et on arrive tant bien que mal au XVe Corps (on est quand même téméraire : on prend l’avenue du 1er bataillon de choc).
Et de là, commet fait-il, le camarade Chenevard [1], pour aller au centre-ville ?
Nous, on a serpenté, au flair, de ci, de là, pour arriver place Gabriel
Péri (une place, soyons sérieux ! elle n’existe que dans la tête des édiles
et des marchands de vent que sont les conseillers en com. C’est tout comme la place Blache).
Alors là, il faut peser sur les pédales, car une course poursuite s’engage dans le couloir de bus (on l’emprunte : pas d’interdiction signifiée pour les deux roues, donc c’est autorisé) : vu la vitesse des bus, y a intérêt à faire fissa.
Un coup de chaud, on arrive à l’avenue Churchill. Là, on trouve des bandes vertes et des cheminements deux roues. Joie infinie : y a même un contre sens cyclable. Espoir déçu. Une camionnette stationne à cheval sur la bande, une moto est garée au bout de ladite bande, des objets divers non contondants obstruent le passage. Enfin, de guère lasse, on prend un sens interdit et on arrive rue Bertholet, et on se dit qu’on a fait 50% du trajet en remportant une victoire.
Pour repartir, je ne décris pas le scénario, c’est mortel, ah !ah !
On trouve de beaux plans de Toulon, sur papier couché avec des
"circulations" vélo, lesquelles ressemblent à des vers de terre. Évidemment, pour des édiles qui ne se déplacent sans doute jamais autrement que dans l’objet inavoué de leur culte, les engins motorisés à quatre roues, il est difficile d’imaginer un autre monde que celui de la pollution visuelle, auditive et olfactive qui est le propre des autoroutes urbaines. Alors, leur demander de tisser un cadre de déplacement autre...
Nous, on craint fort que le PDU toulonnais [2] ne voie le jour, modifié et remodifié, qu’au XXIIe siècle, avec un tramway à roues et à moteur thermique (y a une réputation à défendre), des trottoirs transformés en zones de stationnement et des bandes cyclables reléguées dans les oubliettes.
Décidément, se déplacer à vélo à Toulon, c’est un exploit. Aussi vous
proposons-nous que vous créiez une médaille pour les trompe-la-mort et un citron d’or pour les édiles ».
[1] NDLR : 16ème adjoint, "Voirie / Circulation – Réseaux – Transports – Pistes cyclables".
[2] NDLR : Plan de Déplacement Urbain. Détermine, dans le cadre d’un périmètre des transports urbains (PTU), l’organisation du transport des personnes et des marchandises, la circulation et le stationnement. Tous les modes de transports sont concernés, ce qui se traduit par la mise en place d’actions en faveur des modes de transports alternatifs à la voiture particulière : les transports publics, les deux roues, la marche à pied... La réalisation d’un PDU est une obligation légale pour les communes de plus de 100.000 habitants. Ce plan est établi pour une durée de 5 à 10 ans (Wikipédia).