COMME d’habitude lors d’une journée de grève, le ministère de la fonction publique communique en toute rigueur les chiffres de la participation. Renaud Dutreil a donc affirmé devant les sénateurs, lors des "questions au gouvernement", qu’« à l’heure actuelle, et selon les données dont je dispose, le pourcentage de grévistes est de 20,25% hors Education nationale. Il est de 41,77% à l’Education nationale, ce qui fait une moyenne de 32,14% » [1].
Petit exercice de calcul mental. La moyenne de 20,25% et de 41,77% fait 31,005%, ce qui est proche, mais différent, de la moyenne annoncée par le ministre.
Evidemment, ce calcul est faux, il faut établir une moyenne pondérée puisque le nombre de fonctionnaires n’est pas le même au sein de l’Education nationale et hors Education nationale.
Calculons alors la part de fonctionnaires de l’Education nationale qui permettrait d’obtenir cette moyenne pondérée. Nous aboutissons au chiffre de 44,74% de fonctionnaires de l’Education nationale dans l’ensemble de la fonction publique [2], alors qu’en réalité, cette part avoisine les 20% !
Les mathématiques ont un cadre que le ministre ne saurait détourner. Comment fait-il ? La dépêche nous informe de son petit tour de passe-passe : « il est à noter que le gouvernement a établi son pourcentage sur l’effectif global dans l’Education nationale et sur l’effectif horaire du jour pour le reste de la Fonction publique ». Tout d’abord le pourcentage de grévistes à l’Education nationale est minimisé [3], ensuite le ministre calcule, hors Education nationale, l’effectif horaire du jour. Hors Education nationale, les fonctionnaires peuvent par exemple débrayer 2 heures dans la journée ce qui pour une journée de 8 heures, et selon le ministre, est comptabilisé comme un quart de gréviste. Demain mon bras droit sera là mais je ne sais pas encore ce que fera le reste de mon corps.
Reprenons maintenant les chiffres du ministre en considérant que le pourcentage de grévistes de la fonction publique est correct et que l’Education nationale représente environ 20% des effectifs de la fonction publique [4]. Cela donne 29,7% de grévistes hors Education nationale [5].
Ou comment passer de 30% à 20% de grévistes en toute impunité. Dutreil est passé maître dans l’art de diffuser des chiffres savamment associés pour discréditer les arguments adverses, c’est d’ailleurs son principal credo. Nul doute qu’il maîtrise le socle commun cher à la "loi d’orientation pour l’avenir de l’école" de Fillon, où est sans doute inscrite la bonne manipulation des pourcentages.
[1] Dépêche AP du 20 janvier 2005
[2] Il suffit de résoudre l’équation (1-t)×20,25+t×41,77=32,14.
[3] Le pourcentage est calculé par rapport à l’effectif global. Si sur 100 enseignants, il y en a 80 qui commencent à 8 heures dont 40 qui font grève, à 8 heures cela fait un pourcentage de 40% de grévistes pour l’administration, alors qu’il est de 50%.
[4] Environ un million de fonctionnaires de l’Education nationale pour 5 millions de fonctionnaires au total.
[5] Il suffit de résoudre l’équation 0,8x+0,2×41,77=32,14.