AVANT une présentation plus technique de Jean-Pierre Gouallec [1], Hubert Falco réaffirme ses choix avec force et détermination. En pourcentages, en euros, en francs et en centimes - c’est-à-dire en francs d’avant 1960 -, le maire égrène son chapelet de chiffres de façon à ce que les (vieux) mal comprenants d’en bas intègrent bien le discours.
Tout de suite, il s’agit d’affirmer que si "Toulon ne peut réussir seul", "nos partenaires ont aussi besoin de la dynamique toulonnaise". La ville, les collectivités locales et l’Etat ont pu instaurer "une relation de confiance grâce à la rigueur et au dynamisme de l’action communale". Emporté par son enthousiasme, il expliquera plus tard que Toulon, l’agglomération TPM et le conseil général du Var, "c’est la même personne ! Euh... C’est nous tous ensemble" [2]. Sachant que par ailleurs, bien installé dans sa position de membre de gouvernement, notre homme n’hésite pas à déclarer que "l’Etat, c’est Moi", on comprend à quel point cette "relation de confiance" a du être délicate à construire... Aujourd’hui, il n’y a guère que le Conseil régional présidé par le socialiste Michel Vauzelle qui puisse éventuellement freiner ses ardeurs. Enfin bref. Selon le maire président et sous-ministre, "le fruit du partenariat s’élève à 500 millions d’euros".
Le budget toulonnais 2004 (340 millions d’euros) est "réaliste, rigoureux et ambitieux". Au menu, des projets structurants, tel ce "pôle d’enseignement supérieur d’excellence au centre ville", dossier "d’intérêt national" qui coûtera 4,5 millions à la ville, la requalification de certains espaces publics, comme la place de la Liberté (3,5 millions en investissement), l’hôpital (un projet de 250 millions), le quartier de Sainte Musse, l’avenue de la République ou la gare routière, dossiers qui ne pourraient aboutir sans l’heureux concours des collectivités partenaires. Merci à elles. "Un souci de l’anticipation, une politique foncière dynamique", donc, bien que Toulon soit la "commune la moins riche des villes de plus de 100000 habitants". "Entre 2001 et 2004 l’effort d’investissement a plus que doublé", et pourtant, c’est magique, "l’effort fiscal demandé aux toulonnais est en baisse par rapport aux communes de la même strate".

L’auditoire de la salle André Seguin sait déjà que l’opposition municipale peinera à trouver un angle d’attaque devant un tel tableau. Robert Alfonsi (PS) et Lorenzo Matéos (PC) évoqueront la politique sociale et les subventions aux associations, discuteront quelques choix pour justifier leur futur vote négatif, mais on sent bien que le coeur n’y est pas.
Deux points notables, toutefois :
2004 : une poignée de bus électriques, et cent vingt mille bagnoles. Dans sa présentation, Falco n’aura pas un seul mot pour le tramway. Même pas pour dire que le projet, engagé il y a une vingtaine d’années, est reporté sine die. Par contre, il se gargarisera de l’engagement de l’Etat pour le second tube de la traversée souterraine [3]. Il confirmera aussi la réalisation de 300 places de parking sous la place du marché mourillonnais (coût : 15 millions, "pour réaménager les rues commerçantes"), et affirmera "l’urgence" à acquérir le terrain de la Loubière dont EDF est pour l’instant propriétaire. "Après, on verra l’utilisation qu’on peut en faire. Mais pourquoi pas un parc de stationnement ? De toutes façons il y a une urgence, il faut transférer la fourrière municipale..."
2004 : troisième année consécutive sans augmentation d’impôts ! "La politique financière repose sur trois paramètres simples : 1) ne pas augmenter les impôts ; 2) désendetter la ville ; 3) accroître la capacité d’investissement". Toulon parade, alors qu’en moyenne nationale la pression fiscale augmente de 1,7% ! Hubert, comment fais tu ? Mais quelle est donc ta recette ? Bah, c’est facile : "si on gère la dette au jour le jour, on fait des produits financiers importants, croyez moi". Ah bon, d’accord. Rien à voir avec le fait que les contribuables des communes varoises [4], afin de se faire "tirer vers le haut" grâce au renouveau de la ville-préfecture, soient appelés à boucher ses trous budgétaires ? Je te tire si toi tu bouches ? Les esprits retords, s’ils lisaient Cuverville, pourraient trouver ces propositions contradictoires et pas très catholiques en une avant-veille de Noël.
Voilà, c’est tout pour le budget. Mais la séance n’est pas achevée pour autant, car le Conseil municipal doit aborder d’autres problèmes importants :

[1] 5ème adjoint : finances, administration générale, personnel.
[2] Rappelons que Hubert Falco est maire de Toulon et aussi président de TPM. Rappelons qu’Horace Lanfranchi, qui lui a succédé à la tête du Conseil général pour cause de cumul de mandats, était son poulain. Rappelons que le partenariat enthousiaste entre Conseil général et ville de Toulon remonte à 2001, alors que Falco présidait encore la collectivité départementale.
[3] 53 millions de crédits supplémentaires pour un coût estimé à 206 millions. Quatre ans de chantier à débuter en 2005. Enfin peut-être.
[4] Cher lecteur, tu es invité à communiquer, suite à cet article, l’augmentation des impôts décidée par ta commune, afin de participer à l’effort rédactionnel de ton journal.