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L’Expansion a dénombré pile poil les 50 toulonnais qui en ont là d’dans

vendredi 26 septembre 2003
par Gilles Suchey

En 2001, L’Express publiait un numéro spécial intitulé "Les 100 qui font bouger Toulon." Cuverville faisait partie du lot. Enfin reconnus à notre juste valeur ! En 2003, L’Expansion, dans la même veine, énumère "Ceux qui ont le pouvoir à Toulon". Cuverville ne fait plus partie du lot. En attendant réparation, nous expliquons aux lecteurs comment se montent ces dossiers idiots.

POUR faire mousser localement leurs publications nationales, les éditeurs de presse élaborent à intervalle régulier des suppléments visant une ville ou une région spécifiques. Au menu : marché de l’immobilier, actualité politique, ou comme dans les numéros de l’Express et de l’Expansion qui nous intéressent, liste des notables les plus en vue. Les ploucs, découvrant les grands placards publicitaires relatifs à leur quartier, se précipiteront forcément au point presse le plus proche.
La publication du dossier, sous forme d’un encart central de quelques pages derrière une première de couverture bien racoleuse, se limitera à la ville en question : qu’est-ce que les lecteurs de Maubeuge pourraient bien avoir à foutre des "100 qui font bouger Toulon" ?
Tous les hebdos (Point, Express, Nouvel Obs, Marianne, etc.) ou quotidiens nationaux (Libération en tête) utilisent la formule. Ils veulent sans doute prouver que leur ligne éditoriale ne concerne pas les seules préoccupations parisiennes. C’est un peu comme si Raffarin vantait les mérites des lecteurs d’en bas.

Burp !

Pour fêter au printemps 2001 la sortie du numéro toulonnais de l’Express, la direction du magazine avait convié les heureux élus à la Résidence du Cap Brun, une prestigieuse propriété dominant la rade. Apéritif sur la terrasse, tapis rouge et discours du rédac-chef. Des hôtesses aux longues jambes délivraient à chaque nominé un exemplaire de la Une de l’hebdo sous cadre en verre. Huberman, fraîchement élu à la tête de la ville, réussissait l’exploit de serrer la main de tous les invités, mais aussi des inviteurs, du personnel, des platanes, etc.
Puis c’était le repas, maîtres d’Hôtel au garde à vous, cru classé et traiteur de renom. Deux membres de Cuverville, un combinard resquilleur s’étant joint au gratte-papier officiellement cité dans l’hebdomadaire de droite (car le but de l’Express n’était pas de valoriser les actions collectives mais de flatter l’ego de quelques-uns, comme il se doit), bâfraient et picolaient avec ténacité, parce que c’eut été dommage de gâcher. Fascinés, ils détaillaient les convives : comment les amiraux font-ils pour éviter les bougnettes de sauce tomate sur leur uniforme de réception immaculé ?

Les winners sont des gagnants

Septembre 2003, c’est l’Expansion qui s’y colle. La direction a dû envoyer un journaliste ou recruter des pigistes pour dresser la liste des "50 qui ont le pouvoir à Toulon".
Trouver 25 notables visibles n’est pas très difficile. Il suffit de se rendre au siège de l’Union patronale du Var ou de la Chambre de Commerce et d’Industrie, appeler l’Hôtel de ville et les permanences des partis politiques, et le tour est joué.
La difficulté apparaît à la marge. Une fois cités les inévitables Falco, Levy, Cerruti (Seillères de province) ou Bessudo, comment gonfler le score jusqu’à 50 ?
C’est ici qu’interviennent les trois règles d’or du journalisme de promotion décentralisée.

  1. Règle de la visibilité maximum : "je te connais, tu es donc un winner powerful".
    Il y a toujours un provincial qui passe à la télé, et le journaliste regarde la télé. Il connaît donc Daniel Herrero. Ce toulonnais de service oeuvra à la tête du RCT [1] il y a une vingtaine d’années avant d’occuper les média à chaque nouvelle autobiographie publiée. Inscrivons-le sur la liste. Qu’il habite Paris depuis l’an pèbre (la proximité des plateaux télé) ne présente aucune importance. Il revient d’ailleurs régulièrement dans le Var pour se ressourcer et écrire ses bouquins.
  2. Règle de la disponibilité minimum : "dis-moi vite quelque chose, mon TGV repart dans 5 minutes".
    Le journaliste en goguette n’a pas beaucoup de temps devant lui, et certainement pas celui de vérifier ce que son interlocuteur lui raconte. Le dénommé Philippe Pédrot peut ainsi s’attribuer la paternité des initiatives du Collège Méditerranéen des Libertés sans même citer l’association dont il est vice-président, personne ne le contredira. (Cela dit, l’omission vient peut-être du secrétaire de rédaction de l’Expansion confronté à un inextricable problème de mise en page. On va dire ça.)
  3. Règle du calepin hors d’usage : les journalistes s’échangent leurs carnets d’adresses au gré des besoins, mais la mise à jour s’effectue rarement. Celui dont a hérité Franck Dedieu, l’animateur du dossier, est un rien poussiéreux. Y figure le nom d’Andrée-France Baduel, pasionaria anti FN. Enseignante, écrivaine, mais aussi journaliste et photographe, de tous les combats pendant l’investiture de Jean-Marie Le Chevallier (surtout les combats auto-promotionnels), elle a quitté Toulon sur un coup de colère, déclarant à qui voulait bien l’entendre : "il n’y a décidément rien à faire dans cette ville !" Elle conserve un pied-à-terre varois (au Revest), mais passe le plus clair de son temps en Aveyron. Il n’empêche qu’elle se retrouve créditée du power toulonnais. Quel talent !

Powerful et dynamic

Apprécions toutefois l’effort d’originalité de l’Expansion. Seuls 13 notables figurant au palmarès de l’Express reviennent ici.
Apprécions aussi l’humour glacé et sophistiqué du mensuel libéral : parmi "les hommes et les femmes qui dynamisent le grand port militaire de Méditerranée", Franck Dedieu cite Robert Alfonsi, le pauvre, encore lui, secrétaire perpétuel du PS qui, par son action dynamique, maintient l’UMP a l’abri de toute victoire électorale de la gauche. Et Alain Bolla, secrétaire CGT dont le dynamisme syndical, au printemps 2003, consistait à faire danser la Lambada aux manifestants de la place de la Liberté. Et Philippe de Beauregard, secrétaire départemental du FN, parti politique au dynamisme intellectuel reconnu. Et Jean-Claude Guidicelli, un avocat qui dynamise Toulon parce que le journaliste sait qu’il a défendu Omar Raddad à Nice, Brigitte Bardot à Saint Trop et Fanny (affaire Alègre) à Toulouse.

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[1] Rugby Club Toulonnais.

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