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Nucléaire militaire et population civile : le risque zéro enfin mis à l’épreuve

jeudi 11 octobre 2007
par Gilles Suchey
C’est un événement : l’organisation, à Toulon, d’un exercice de sécurité civile autour du risque nucléaire. Le 16 octobre, les autorités impliqueront pour la première fois la population dans des manoeuvres jusque là circonscrites à l’enceinte militaire de l’Arsenal. Cuverville revient sur le Plan Particulier d’Intervention testé à cette occasion.

LE Plan Particulier d’Intervention (PPI) « a pour but de déterminer la conduite à tenir dans le cas d’un incident ou d’un accident nucléaire à cinétique lente survenant à l’intérieur du port militaire de TOULON mais dont les conséquences menacent les populations civiles riveraines (rejets de gaz radioactifs dans l’atmosphère pouvant entraîner des dépôts au sol) ».
Cette « conduite à tenir » se rapporte aux services de l’État, le citoyen n’y trouvera aucune directive le concernant directement. Mieux vaut dans cette optique consulter le DICRIM (Dossier d’Information Communal sur les RIsques Majeurs).

La lecture du PPI s’avère ainsi fastidieuse dans ses contours administratifs. Le document hiérarchise les responsabilités et les procédures, répertorie les domaines d’intervention et les lieux-clef, décrit l’enchaînement des actions en cas de pépin nucléaire. Au premières loges : le Préfet.

Ce plan, téléchargeable par tout un chacun, est néanmoins public. Ses rédacteurs ont soigné la formulation pour ne pas trop stresser le lecteur : « ...Le risque engendré est extrêmement faible [page 16] ...L’accident nucléaire le plus grave pris en considération dans le Plan Particulier d’Intervention du port militaire de Toulon, bien que très peu probable [page 16] ...Dans l’hypothèse, très peu probable, où la décontamination de nombreuses personnes doit être entreprise [page 27] ...Dans le cas peu probable où les conséquences de l’accident risquent de dépasser l’enceinte du port militaire [page 30] ». De l’extrêmement faible au peu probable, on n’est pas loin du risque très zéro.

Nous découvrons la liste des installations sensibles pour les trois périmètres d’urgence nucléaire. Le matériel visé par le PPI se trouve essentiellement dans la zone la plus septentrionale, dite "Missiessy". Ça tombe bien, c’est le seul des trois secteurs qui expose directement les civils. Il y a là le "quai Missiessy Ouest" réservé au stationnement des sous-marins à propulsion nucléaire (SNA), trois bassins d’entretien, un "atelier nucléaire léger" destiné à la maintenance des petits matériels, une "piscine nucléaire" pour l’entreposage du combustible neuf ou irradié.
Autre liste, celle des établissements scolaires figurant dans le périmètre Missiessy ou à proximité immédiate : une école maternelle, deux écoles primaires, un collège.
C’est sympa de mettre les deux listes en regard.

Pour les experts du PPI, l’accident le plus grave qui puisse arriver (ils nomment ça le "scénario enveloppe") est le suivant : « brèche sur le circuit primaire de la chaufferie d’un SNA, conjuguée à une défaillance partielle de moyens de sécurité, pouvant conduire à des rejets dans l’environnement sous l’effet du dénoyage du coeur et à sa fusion sous l’effet de la puissance résiduelle et de la défaillance de toutes les barrières de confinement ».
On parle alors de "cinétique lente", et tout le plan d’intervention s’articule autour de cette lenteur. « Ces types d’accidents se caractérisent par des rejets de gaz radioactifs dans l’atmosphère plus de six heures après le début du dysfonctionnement de l’installation, provoquant dans un deuxième temps une contamination du sol ».
Comme nous l’indiquait le sous-préfet voilà deux ans, l’emballement rapide du type Tchernobyl est absolument inenvisageable. Et c’est tant mieux.
Dans le cas d’un incident à "cinétique rapide", les émanations interviennent moins de six heures après le début du problème. Les plans d’intervention qui envisagent cette option (avec les centrales nucléaires civiles) prévoient une « phase réflexe » dès qu’un problème est signalé, qui consiste à protéger immédiatement les riverains dans un périmètre de deux kilomètres. Or, dans un périmètre de deux kilomètres autour de l’activité nucléaire toulonnaise, on a presque tout Toulon. 126.821 âmes pour être précis selon l’évaluation même du PPI.
Avec la cinétique lente, heureusement, on dispose de six heures pour mettre tout le monde à l’abri. C’est quand même plus souple.

Au sujet des pastilles d’iode, les experts se tâtent encore. Mais contrairement à ce que nous disait le sous-préfet en 2005, « un plan de distribution de comprimés est en cours d’élaboration. Il sera annexé ultérieurement ».

Quand l’alerte est donnée, une sirène retentit. Les établissements scolaires susmentionnés « seront les plus menacés et l’évacuation de leurs élèves vers des établissements scolaires de même nature, situés en dehors de la zone de danger, sera entreprise systématiquement ». La préfecture communique aux radios conventionnées « les messages à diffuser immédiatement et en continu », et demande « aux communes concernées de compléter ce dispositif d’alerte par le passage de voitures munies de haut-parleurs à l’intérieur de la zone exposée ».

Les civils participent enfin au jeu, chouette

L’objet de l’exercice national du 16 octobre est double : « d’une part, tester le Plan Particulier d’Intervention (PPI) du port militaire de Toulon et d’autre part, tester les réflexes et réactions de la population en cas de déclenchement du PPI ».

La manoeuvre ne touche toutefois que la partie Sud du quartier Missiessy, sur une zone « délimitée à l’Est par l’avenue d’Estienne d’Orves, à l’Ouest par l’avenue des Fusiliers marins et par l’autoroute au Sud ». On nous explique que ces trois artères seront « exclues de la zone qui participe à l’exercice, pour éviter des perturbations trop importantes de la circulation » [1]. La simulation a ses limites.

« Les populations jouant l’exercice seront informées du début et de la fin du volet les concernant par les sirènes d’alerte, qui reprendront les signaux définis par les textes réglementaires ».

« La zone représente environ 740 habitants et comprend trois établissements scolaires. Un créneau de deux heures est envisagé pour la participation de la population. Compte tenu des différentes contraintes (entrées/sorties des établissements scolaires, circulation...), la participation de la population du quartier précité sera sollicitée de 14h à 16h. Compte tenu de la chronologie des événements de l’exercice de sécurité nucléaire opéré [parallèlement] sur la base navale et pouvant amener à la fusion d’une chaufferie de type SNA, les menaces de rejets ne peuvent pas intervenir avant environ 20 heures après l’évènement initiateur et l’exercice débutant dans la matinée, la mise à l’abri des populations ne serait pas nécessaire avant la nuit. La mise à l’abri sera donc déclenchée à 14 heures comme indiqué ci-dessus par convention d’exercice, indépendamment de l’avancement du scénario technique sur la base navale ».
20 heures de délai avant les rejets radioactifs ? Ce n’est plus de la cinétique lente, c’est de la cinétique de grosse feignasse !

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Un dossier de Cuverville pour visualiser les "périmètres d’urgence nucléaire", comprendre la particularité locale et les enjeux : Le palais atomique.

Le site officiel de l’exercice "PPI Toulon 2007" : http://www.ppitoulon2007.net/

[1] Entre guillemets jusqu’à la fin de l’article : extraits du site officiel de l’exercice PPI 2007.

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