JUILLET, ce n’est certes pas la période idéale pour entamer les travaux d’aménagement du Front de mer que l’on s’était engagé à réaliser avant la fin du mandat. Mais échéances électorales obligent, il n’est jamais trop tôt pour bien faire, surtout lorsque, tout juste enceint de son quatrième mandat (élections municipales dans 9 mois), retraité de surcroît, donc disponible, on est en passe de finaliser un projet de PLU qui nous tient à coeur de longue date : Toulon Pradet Métropole nous annonce en effet un avenir en béton et un doublement de la population dans les 10 ans à venir.
Dans ce contexte, rien ne sera trop beau ou trop dispendieux pour distraire les pradétans et éviter qu’ils ne s’intéressent de trop près à un PLU taillé sur mesure pour les promoteurs immobiliers et quelques propriétaires terriens avides de s’enrichir (50 hectares de zones urbanisables, suppression d’une coupure d’urbanisation et d’espaces boisés classés dans des espaces proches du rivage, augmentation du COS dans les mêmes quartiers...). La revue Municipale de juillet août 2007 ne dit pas un mot du PLU qui vient d’être adopté le 9 juillet 2007 par une majorité aux ordres, avec l’aval de l’opposition de droite qui s’est contentée de s’abstenir... Seuls, l’opposition socialiste représentée par Louis Zunino et l’adjoint vert au cadre de vie, Maurice Franceschi, ont refusé de voter ce document. (L’élu vert a demandé aux conseillers « de reprendre leur copie », car « ce PLU engendrerait une urbanisation outrancière qui menacerait la qualité de vie des pradétans et la préservation de l’environnement ». Sa délégation lui a été retirée sur le champ par Roland Joffre. Var Matin du 11/07/07. Louis Zunino a dénoncé quant à lui des manquements graves au niveau de la concertation et le non-respect de la Loi Littoral [1].
Alors au diable la vocation touristique de la Commune et les quelque 10.000 résidents saisonniers qui viennent provisoirement doubler la population de la ville en été et assurer accessoirement la pitance des quelques petits commerces qui subsistent ici ou là. On ira au bout du geste, on ne renoncera pas devant le déluge de responsabilités que déclencherait une chute accidentelle de quidam dans l’un des nombreux pièges que réservent désormais les trottoirs. On est bien décidé à décrocher le titre et l’on a encore en mémoire la Palme ratée de peu il y a un peu plus d’un an, lorsque, intimidé par l’enjeu, on avait finalement rogné les crocs à une ambition légitime, ce qui nous avait valu d’être disqualifié.
Cette fois, pas question de reculer, on ne sortira pas les parapluies, surtout en plein été. La Voix de son Maire de juillet août 2007, annonce d’ailleurs clairement la couleur : après une légère pause à la fin juillet pour permettre aux baigneurs de reconstituer leurs alvéoles pulmonaires encombrées par les poussières du chantier et de soigner leurs tympans endoloris par les vrombissements des engins, les travaux reprendront en septembre. Tant pis pour les quelques touristes attardés, amateur d’arrière-saison qui pourront toujours se réfugier sur les contreforts calcinés de la Colle Noire pour regarder les derniers arbres tomber d’eux-mêmes à défaut de le faire sous les assauts des tronçonneuses...
La saison sera vite passée et au-delà des lauriers d’un concours opportuniste qui sombrera vite dans l’oubli, ce qui nous intéresse au fond, c’est la mathématique électorale qui veut que le badaud porteur d’une carte d’électeur pèse plus lourd que celui qui se contente de redorer chaque année le blason touristique de la commune.
1ère tranche, 2ème tranche, 36ème tranche, peu importe le beurre pourvu qu’on ait le pain, le couteau et l’argent du beurre. L’essentiel étant que tout soit achevé d’ici mars 2008. A ce moment-là les Garonnais auront sans doute pardonné les quelques désagréments de l’été et flattés d’arborer enfin, après trois mandats successifs, une croisette à la hauteur de leurs ambitions, déborderont naturellement de reconnaissance électorale.
On peut lire dans l’édito de la Voix de son Maire de juillet 2007 : « Depuis quelques semaines, notre ville engage d’importants chantiers... Certains de ces travaux sont lourds, touchant les réseaux d’assainissement et représentent une difficulté de réalisation pour laquelle la compréhension des riverains sera nécessaire ». Ou l’incompréhension...
On peut donc s’attendre à voir se multiplier dans les prochains mois, tranchées et barricades. On espère que, trop occupés à surveiller les pièges de la chaussée et captivés par la noria fumante et hoquetante des engins spécialisés engagés dans cette course contre la montre par le service de l’urbanisme, les pradétans oublieront peut-être qu’une autre course bien plus décisive et déterminante pour leur avenir est en train de se jouer dans le secret des alcôves municipales. Pas sûr...
[1] À lire sur le même thème : Ils disent ce qu’ils ne font pas, ils font ce qu’ils ne disent pas.