CHAPITRE un : gestion UDF-PR.
Tout commence le 5 juillet 1989 : le Ministère des Marins à pompon vend aux enchères un terrain de 3700m² jouxtant la place de la Liberté à Toulon. Bien qu’intéressée, la ville alors administrée par François Trucy ne peut revendiquer un quelconque droit de préemption. Le promoteur immobilier COPRA, par une filiale, devient propriétaire de la parcelle en déboursant 34 millions de francs.
Un an plus tard, le 16 juillet 1990, le permis de construire est accordé au promoteur. Le programme comporte deux aspects bien distincts et deux nouvelles filiales de COPRA sont sur le coup. La SNC Vauban s’occupera de la médiathèque commandée par la ville, la SNC Toulon-Liberté construira les commerces et bureaux autour de la médiathèque.
Le conseil municipal du 19 juillet 1991 autorise le maire à signer un contrat de vente en état futur d’achèvement (VEFA) pour la modique somme de 54 millions de francs : prix à payer par la ville pour sa future médiathèque au fur et à mesure que les travaux avanceront. Plus tard, la Cour des Comptes notera que la VEFA « fait perdre à la collectivité une partie de ses prérogatives en matière de mise en concurrence et de contrôle des coûts, cela doit la conduire à une extrême vigilance dans la négociation de son contrat. Tel n’a pas été le cas ». C’est le moins qu’on puisse dire : en s’engageant dans la VEFA pour 54MF, Trucy pense que 23 millions vont partir en gros oeuvre... Erreur : la société Vauban réussit à convaincre l’entreprise de travaux SECTP de réaliser l’affaire pour 13MF seulement. 23 moins 13 égale 10. 10 millions passent donc directement des caisses toulonnaises à celles de Vauban, rubrique profit. La municipalité se ridiculisera un peu plus en envoyant le promoteur devant la Justice, procès perdu, le tribunal notant que « dans le cadre des pourparlers et des transactions, la société Vauban a su traiter au mieux de ses intérêts commerciaux. Inversement, la commune de Toulon n’a pas défendu ses intérêts au mieux qu’elle le pouvait ».
Les grues s’installent, les travaux débutent. Mais le 3 décembre 1992, la SNC Toulon-Liberté qui, au contraire de la SNC Vauban, n’est en rien liée à la Ville, décide de jeter l’éponge au regard de la piètre situation du marché immobilier : le projet de commerces et bureaux ne paraît plus rentable. Toulon a déjà déboursé 32 millions dans le cadre de la VEFA... Pour une dalle de béton. Avec l’abandon de Toulon-Liberté, les travaux s’arrêtent.
Comment faire pour débloquer la situation ? Trucy refile la patate chaude à la société d’économie mixte chargée de la réhabilitation du centre ville, la fameuse SEMTAD [1].
La SEMTAD signe en février 1994 un traité de concession avec la compagnie UGC. Celle-ci vise l’installation d’un complexe cinématographique à la place de certains commerces ou bureaux initialement prévus autour de la médiathèque. La SEM a aussi paraphé un protocole d’accord avec les filiales de COPRA pour récupérer ce qu’abandonne la SNC Toulon-Liberté. Le protocole ne comporte pas de clause suspensive en cas de défection de UGC, encore une brillante idée. Voilà la ville et la SEM contraints de bichonner la compagnie cinématographique de peur de la voir se rétracter. C’est pour cela qu’on augmentera sans contrepartie la surface promise au complexe (de 3500 à 4300m²), au détriment bien sûr de la SEM et de la Ville.
Chapitre deux : gestion FN.
C’est en particulier à cause de la nullité de l’équipe Trucy que les incapables du Front national prennent la mairie en mai 1995.
Le premier août 1996, la SEMTAD devenue SEMTA (pour prouver sans doute que désormais plus rien ne sera comme avant) rachète à la SNC Toulon-Liberté les droits à construire en surface pour plus de 18 millions de francs HT. Exit Toulon-Liberté, au revoir et merci. La SEM récupère aussi les droits de la SNC Vauban hors médiathèque. « L’opération se termine donc par un fiasco pour la SEMTAD et une réussite pour COPRA. La SEMTAD se retrouve en effet chargée d’une concession que le groupe COPRA n’arrivait pas à conduire à son terme, et dont il se trouve soulagé grâce au rachat du foncier par la SEMTAD, alors que COPRA obtient de poursuivre la réalisation de la VEFA médiathèque, sans que la commune soit plus assurée de ne pas la voir se construire au milieu d’un terrain vague, dont elle aura au moins la satisfaction de savoir qu’elle assure le portage » [2].
Les fins gestionnaires du Front sont bien embêtés. En février 1996, la SEMTA doit plus de 130 millions de francs à différents créanciers, essentiellement la ville de Toulon. Ne parlons pas des subventions et dons divers dont la SEM a déjà bénéficié.
A quoi sert une médiathèque ? A rien, estiment les élus lepénistes qui sont aussi d’authentiques intellectuels. Le 19 septembre 1997, le Conseil municipal résilie la VEFA (exit Vauban, au revoir et merci) et autorise le maire à signer un avenant avec la SEMTA modifiant sensiblement le programme initial. « On va faire du beau », a prévenu Leuch. L’idée de médiathèque est abandonnée au profit d’un projet centré sur le complexe cinématographique, et la commune décide de céder à des investisseurs privés l’ensemble des droits à construire.
« La non réalisation par la SEMTA du programme initialement envisagé limite son rôle à l’acquisition puis à la revente de droits à construire, sans réalisation de quelconques travaux d’intérêt général, pour laisser place à un programme dont la contrainte essentielle, la réalisation — à perte — d’un complexe cinématographique, ne peut à elle seule être considérée comme imprimant un intérêt général à l’opération désormais purement privée » [2]. L’heureux bénéficiaire purement privé se nomme Buildinvest.
Bilan provisoire, pour celles et ceux qui ont perdu le fil : à ce stade, la ville de Toulon a déjà dépensé 32 millions de francs (sans compter ce qu’elle verse dans le trou sans fond de la SEMTA) pour une médiathèque qui ne verra jamais le jour. Elle est l’heureuse propriétaire d’un bout de dalle depuis que la VEFA est résiliée. La SEMTA a acheté le reste de la dalle pour 18 millions de francs.
Le 6 avril 1998, une promesse de vente signée par Le Chevallier, la SEMTA et le groupe Buildinvest engage les trois parties de la manière suivante : la ville abandonnera à Buildinvest sa parcelle de dalle contre 531.000 francs. Notons que les domaines l’ont estimée à 11 millions. Et la SEMTA cèdera son lot au même promoteur contre 10 francs. De quoi se payer un jambon-beurre sans la tartine du dessus. Pendant ce temps, le contribuable toulonnais continue d’éponger les dettes de la SEM via les prêts accordés par l’équipe frontiste, devenus autant de dons au fur et à mesure des Conseils municipaux.
Le Préfet, s’appuyant sur les remarques de la Chambre régionale des Comptes, conteste la légalité du marché passé avec Buildinvest. Le Tribunal lui donnera tort mais la procédure a pour effet de retarder encore l’exécution.
Quand Falco s’assoit sur le trône en mars 2001, les travaux n’ont toujours pas repris. Et UGC a fui.
A suivre, le troisième et dernier chapitre : gestion UMP.
[1] La création de cette SEM au début des années 90 s’inscrit dans le cadre des grands travaux engagés à l’initiative de Trucy, une politique qui sera estimée « sans rapport avec les capacités de financement de la ville » par les rapporteurs de la Cour des Comptes. A la fin du mandat du brillant médecin, qui profite aujourd’hui d’une retraite bien méritée au Sénat, les dettes de la SEM s’élèveront à plus de 100 millions de francs. Et Le Chevallier, qui succèdera à Trucy, ne fera qu’accentuer le déficit. Il faudra attendre la reprise en mains de la mairie par Falco pour qu’on en finisse avec cette pompe à finances.
Pour schématiser : pendant toutes ces années SEMTAD et ville de Toulon peuvent être confondues, dans la mesure où la seconde valide toutes les conneries de la première et éponge presque systématiquement ses dettes.
[2] Rapport de la Chambre Régionale des Comptes, saisie par le Préfet du Var en 1998.