1. Toulon  Var agglomération Qualité France Média Economie Culture Justice et injustices Cuverville sans frontière Cuverweb pratique
Maison fondée à Toulon en 1995

LETTRE D'INFORMATION | CONTACT

Toponymie en Seyne

mercredi 9 février 2005
par TWL
On attendait l’acte fondateur, le premier symbole du renouveau seynois ! Jusque-là, à part inaugurer la piscine ou l’IUFM [1], projets faut-il le rappeler de l’équipe précédente, on avait surtout vu le maire Arthur Paecht poser des premières pierres, pour des réalisations immobilières assurées par Bouygues et proposant des logements aux sans abris à moins de 2601 euros le mètre carré [2].

MAIS voici l’école relais, prévue pour loger les enfants à tour de rôle pendant la rénovation de la dizaine d’établissements scolaires de la ville ! On notera la proximité immédiate d’un commissariat flambant neuf, un rapprochement qui devrait plaire au public nostalgique des Choristes et autres fans de Sarkozy.

Le maire le martèle : il a pensé ce projet. Il aurait aussi choisi lui-même le nom de l’école : « Jacques Derrida ».

Auparavant, l’histoire de la ville se lisait à travers les rues, du boulevard Stalingrad à l’avenue Gagarine (période Toussaint Merle, communiste) en passant par la route des gendarmes d’Ouvéa (époque Scaglia-Hérisson, droite virile), et on pourrait aussi évoquer l’avenue « Ethel et Julius Rosenberg » devenue « Marcel Dassault » à la fin des années quatre-vingt, ou la « place du 19 mars 1962 » devenue « place des anciens combattants d’Afrique française du nord » à la même époque [3].
On aurait pu s’attendre à d’autre choix que celui-ci. Jacques Derrida : ça va en jeter un max, surtout quand la Seyne aura été définitivement désertée par les prolos (cf. cette lettre ouverte). Alors les classes aisées frétilleront d’accompagner leur progéniture dans l’établissement situé à 100 mètres de la cité Berthe, surtout si la carte scolaire y installe une mixité sociale modérée.

Jacques Derrida est en effet, juste derrière Franz Ferdinand, le patronyme le plus branché de l’année 2004 (sauf pour notre philosophe sénateur socialiste Collombat qui en citant Cornélius Castoriadis dans une récente tribune a pris une avance considérable dans la course au titre de premier intellectuel varois. Le titre est à vrai dire peu disputé. Léopold Ritondale et Jean-Louis Masson sont retenus par leurs obligations et ne participent pas à la compétition, ni Philippe Vitel en stage d’ONG dans le tiers monde, ni Geneviève Lévy qui semble épuisée même si elle n’a absolument pas fait de lobbying pour que son époux soit promu chevalier de la légion d’honneur).

On n’insistera pas sur les engagements algériens du philosophe, à contre-courant des thèses dominantes sur la côte, on préférera se souvenir qu’il est le père de l’enfant de la femme de Lionel Jospin (vous suivez, j’espère). On dira qu’il est l’intellectuel français le plus connu dans le monde, mais on fera l’impasse sur l’utilisation de ses théories par les féministes et les gays, théories qui pourraient choquer les conducteurs de 4x4 varois.

Donner le nom de l’apôtre de la philosophie de la déconstruction alors que l’on bétonne fera sourciller les puristes mais tant pis [4] : ne boudons pas notre plaisir, que Toulon garde son carrefour Salan et son square Raimu ; La Seyne, avec le Parc Braudel et cette école Derrida, s’imagine déjà en capitale varoise des bobos.

Toutefois, arrêtons-nous un instant sur cette récente déclaration du maire évoquant la classe ouvrière : « avec une main d’oeuvre basique cantonnée dans un paupérisme voulu et entretenu, et qui vivait à crédit dès le 20 du mois, le seul avenir proposé a cette ville était de continuer, engluée dans un conservatisme et un archaïsme extrême » [5]. Ceux qui imaginaient que Paecht pourrait dans la foulée inaugurer une rue Bourdieu se mettent manifestement le doigt dans l’oeil, et les Seynois qui ont écrit leur lettre ouverte peuvent continuer à se plaindre et à relire La misère du monde.

Imprimer Imprimer

[1] Institut Universitaire de Formation des Maîtres.

[2] 2600 euros le mètre carré : prix des 63 logements « Stella », avenue de la Corse résistante.

[3] Les époux Rosenberg (USA) furent accusés d’espionnage au profit de l’Union soviétique et exécutés en 1953. Le 19 mars 1962 (accords d’Evian) marque la fin de la guerre d’Algérie. Il était normal que la droite locale en finisse avec ces célébrations outrancières.
Pour l’histoire des rues de la Seyne, merci à Marius Autran, dont le site est une source inépuisable d’informations.

[4] NDLR : et la déconstruction de la Rotonde, tu en fais quoi ?

[5] In Métropole n°81.

Répondre à ce message

<span style='text-transform: uppercase;'>Toulon Var agglomération</span>
Dans la même rubrique
1er mai, tous derrière, tous derrière...
(05/05/2008) (2 messages)
Entre deux tours
(12/03/2008) (20 messages)
La Crau : les fleurs n’ont pas d’odeur
(04/03/2008)
Entretien avec Jean-Louis Masson
(25/02/2008) (4 messages)
La Crau : on marche sur l’eau
(24/02/2008) (2 messages)
La fille est l’avenir de son père
(24/02/2008) (7 messages)
Entretien avec André de Ubeda (Toulon vraiment à gauche)
(22/02/2008) (3 messages)
Kamel Amraoui : le troisième homme ?
(19/02/2008) (6 messages)
Entretien avec Robert Alfonsi
(19/02/2008) (8 messages)
Entretien avec Hubert Falco
(08/02/2008) (7 messages)
Les brèves
La Garde, ville amie des enfants, une appellation non contrôlée ?
(05/06/2008) (16 messages)
François Trucy, compétence et amour
(04/06/2008) (5 messages)
La Farlède : le Parti Radical de Gauche soutient un candidat de droite à l’insu de son plein gré
(29/02/2008) (1 message)
L’USTV à cheval sur le protocole !
(24/02/2008) (1 message)
Toulon, Hyères, Solliès, Sanary : tu le sens, mon gros logement social ?
(13/02/2008) (2 messages)
Changement de génération au Pradet
(06/02/2008) (10 messages)
Maison Vitel, hommes de bien de père en fils
(25/01/2008) (6 messages)
Ça va mieux
(17/10/2007) (2 messages)
Gestion de l’eau : Toulon s’engage (3)
(28/09/2007) (1 message)
Gestion de l’eau : Toulon s’engage (2)
(05/09/2007) (3 messages)