MONSIEUR Michaux n’imaginait pas, en inventant la pédale en 1855, à quel triste emploi serait parfois consacrée sa trouvaille. C’est un fait historique avéré, pourtant peu repris par les manuels d’histoire : dictateurs en déroute, terroristes traqués et bourreaux déconfits n’ont souvent que la fuite en vélo comme ultime recours. Bicyclette, ou patins à roulettes, patinette, etc. Ces moyens de transport non conventionnels ont pour avantage la discrétion (peu bruyants, aisément dissimulables), la légèreté et la faible consommation énergétique. Ainsi, la Démocratie et l’Humanisme finissent toujours par renvoyer l’oppresseur à son huile de coude.
De toutes, la débâcle la plus médiatisée reste bien sûr celle du mollah Omar et d’Oussama Ben Laden, sur une mobylette MBK achetée à l’Audemar de Kaboul. Aux puristes qui tenteraient une objection (le cyclomoteur est-il vraiment un moyen de transport non conventionnel ?), nous soutiendrons que la mobylette se rapproche davantage du vélo que de la formule 1 ! Continuons.
Adolf Hitler ne se suicida pas dans un bunker berlinois comme on le dit trop souvent : tentant une échappée en rollers, il se mangea un parapet après le croc en roues d’un jeune gestapiste éconduit.
Francisco Franco ne mourut pas d’usure à Madrid. Devenu fou, il s’était lancé dans le tour d’Espagne à la poursuite de Miguel Indurain. Un abus d’EPO lui fut fatal.
Joseph Staline, dont on connaît le goût pour le pédalo, partit un jour en vacances sur la mer d’Aral. Il s’effondra d’épuisement après une semaine de vaines recherches : jamais il ne trouva le bout de la plage.
En 2003, poussé par l’irrésistible avancée américaine, Saddam Hussein quitta Bagdad sans bruit, sur une trottinette pliable de destruction massive.
Exception qui confirme la règle : c’est pour son retour triomphal au pays, et non sa fuite, qu’Augusto Pinochet a choisi le fauteuil roulant. Silencieux, démontable, cet astucieux moyen de transport suscite la compassion de l’observateur. Malin.
Notons que le fils de Kim Jong Il, fameux despote coréen, s’est acheté un skateboard à l’effigie de Mickey pour mettre les bouts si la situation venait à se dégrader. Et on a vu le président syrien Bachar al-Assad tenter des loopings en kite-surf. Bien fait pour eux. La prochaine fois, ils feront attention. Comme le président du Nigéria ou la junte birmane, qui savent, eux, collaborer de façon démocrate et humaniste avec les multinationales de l’énergie, et peuvent ainsi continuer à rouler en limousine sur leurs opposants.