Cuverville
Toulon Var agglomération
Brève mise en ligne le le 18 /11 /2005
Une fête du Livre sans Cuverville

"Livres en Liberté" fut organisée pour la première fois en novembre 1997 sur le port de commerce de Toulon, à l’initiative du Conseil général du Var. Un camouflet pour le Front national, dont la pitoyable manifestation concurrente installée le même week-end sur la place de la Liberté restait largement boudée par les acteurs culturels locaux.

Le Conseil général alors présidé par Hubert Falco portait haut le flambeau des valeurs de la démocratie, au premier rang desquelles le pluralisme et la liberté d’expression. Comme d’autres associations qui en avaient fait la demande et dont l’objet approchait de façon plus ou moins évidente le monde de l’écriture, Cuverville en profita rapidement, malgré la nullité de ses moyens financiers. On nous attribua deux tréteaux et une planche.

Depuis, chaque année, nous réussissions à nous incruster entre les stands officiels. Incruster est bien le mot. Nous nous adressions à l’organisateur qui nous trouvait une petite place sans en référer au Conseil général [1]. La table était souvent étroite, au frais à côté de la sortie, qu’importe. Nous pouvions ainsi soumettre notre prose aux Toulonnais qui ne la connaissaient pas et discuter avec les habitués, écouter les reproches et les encouragements. Rencontrer les élus en goguette ou observer leur stratégie d’évitement. Une fois par an, un rendez-vous privilégié avec les lecteurs.

Nous n’aurons pas de stand en 2005. La société organisatrice a changé, une bonne occasion pour en finir avec le parasitage ? Le comité de pilotage de la manifestation a décidé de « refuser toutes les demandes des associations ». Le mot « toutes » semble vouloir indiquer qu’elles étaient particulièrement nombreuses.

Nous pourrions polémiquer, reprendre à notre compte les lamentations des éditeurs qui stigmatisent l’orientation trop commerciale de la fête, puisque les auteurs sont invités par des négoces (les librairies) dont les stands occupent la quasi totalité de la surface ; nous pourrions nous moquer de la perversion d’un tel système (avoir à la table un invité prestigieux c’est bien, avoir à la table un invité susceptible d’attirer le public de TF1 et faire chauffer le lecteur de carte bleue, c’est mieux) et demander ainsi ce que peuvent bien venir foutre sous un chapiteau au fronton duquel est écrit « le Var fête la littérature » Patrice Carmouze, Jean Roucas ou Yvette Horner. Bref, nous pourrions cracher dans une soupe dont nous nous sommes jusque là largement repus, ce qui ne serait pas très urbain. Reconnaissons l’importance d’une telle foire : Si elle attire du monde bien au delà des admirateurs de la littérature, elle pourra peut-être donner goût à certains d’éteindre leur poste de télé pendant une semaine au bénéfice de quelques bonnes feuilles. Rien que pour ça, gloire à elle !

Fallait-il attendre deux mois, compter x coups de fil et autant de fax envoyés à la société organisatrice et au Conseil général pour enfin connaitre mardi 15 novembre, soit trois jours avant le début des festivités, la décision négative du comité de pilotage ? Pourquoi les personnes mandatées pour gérer les fonds publics agissent-elles comme si elles étaient propriétaires de ces fonds, avec toute la morgue et la suffisance que cela implique parfois ? Mention spéciale au laquais délégué par le CG, la société MPO, qui après un premier contact plutôt encourageant (« si vous avez eu un stand l’année dernière il n’y a pas de raison pour que vous n’en ayez pas un cette année. Envoyez-nous un fax avec vos références »), s’est montrée particulièrement zélée en matière de mépris (les « références » de Cuverville doivent choquer le client, c’est sûr).

En 1997, quand le FN gérait la ville, le CG avait pour obligation morale de défendre la diversité culturelle. La liberté d’expression était à la mode, et figurait en bonne place sur le programme politique des candidats appelant le renouveau. On dirait que les temps changent.




[1] Ce que nous venons de découvrir, à notre grande surprise.