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Hubert F. et les bidasses en folie

mardi 9 septembre 2008

TU parles de vacances !
Tout avait pourtant bien commencé. Ma réélection dans un fauteuil, l’invitation à participer à un gouvernement remanié. Bien sûr, sans Patrick, il ne me serait jamais venu à l’idée d’intégrer l’Aménagement du territoire — une spécialité dont j’ignorais à peu près tout. Et si j’avais su ce qui m’attendait, je me serais sans doute abstenu.

Déjà en juin, ça a failli partir en sucette avec le rapport sur les pôles de compétitivité.
Le type me remet le document, je ne te dis pas les mains moites pour tourner les pages. Et là, soulagement : le pôle toulonnais échappe au coup de trique. Sur 71 sites évalués par ces experts, nous ferions partie des 39 ayant « atteint les objectifs ». La mission d’évaluation préconise même un changement de catégorie en ce qui nous concerne, du pôle à vocation mondiale vers mondial tout court. Waow.
Du coup, avec mon copain Chatel de l’Industrie, on pond un communiqué de presse. Nous voyons dans le rapport « une évaluation prometteuse » selon laquelle « la dynamique créée par la politique des pôles de compétitivité renforce les positions stratégiques de la France en matière de recherche, de développement et d’innovation ». Alors tu vas dire que 39 sites sur 71 respectant les objectifs, c’est pas bézef. Qu’à cela ne tienne : le 26 juin, Nicolas décide de prolonger le dispositif pour trois ans en remettant 1 milliard et demi dans le nourrain. Jusqu’ici tout va bien.

C’est après que ça s’est dégradé.
Le 9 juillet, Le Point publie un sondage coup de poing. Figure-toi que personne ne me connaît. Question posée : « Quel jugement portez-vous sur l’action des personnalités politiques suivantes ? » (suivaient les noms de tous les membres du gouvernement). Sur 38, j’arrive en 30ème position avec 73% de panélistes qui ne se prononcent pas ! Genre qui c’est celui-là ? Chatel est 29ème, l’enfoiré !

Et puis le 24, déboule la fameuse réorganisation de la carte militaire. Fillon annonce le truc («  il faut avoir l’outil militaire le plus adapté aux besoins, aux menaces, et au regard de notre responsabilité vis-à-vis de nos engagements »), Morin en met une deuxième couche (« On ne touche pas au muscle [...] on modifie le muscle » [1]), bonjour au revoir, coquillages et crustacés, tout le monde part en vacances. Et qui s’est qui s’y colle pour la partie pédagogique pendant que d’autres vont faire péter la roteuse au Cap Nègre ? C’est bibi, bien sûr.

La corvée débute le 28 juillet à Bitche, une petite ville de Moselle. En général, quand tu prends l’autoroute en direction de la Moselle, on appelle ça le sens des retours. Bitche, putain (si j’ose m’exprimer ainsi). 5732 habitants dont 1257 sont des soldats du 57ème régiment d’artillerie. En comptant les femmes et les gosses, ça fait 2500 personnes en moins d’ici un an. Les gens me reçoivent au son de « on veut pas d’argent, on veut un régiment », le maire porte un brassard noir, presque je me fais taper dessus. Une hystérique me demande : « Pouvez-vous nous assurer qu’aucune école ne fermera ? », je réponds « oui » sans hésiter [2]. En fait bien sûr que non, je ne peux rien lui assurer du tout, je vois mal comment on pourrait maintenir le même nombre de classes si Darcos apprend que 500 minots quittent la ville d’un seul coup. Mais que voulez-vous ? Il y a avait trop de monde, une hostilité poisseuse. J’ai paniqué.

Pourtant j’aime l’uniforme. À Toulon on connaît. Le bal de l’Amiral c’est guindé mais on rigole. Alors devoir affronter des galonnés qui me toisent avec le sourire vers le bas, c’est trop de douleur. Je leur dis qu’il y a des compensations, des mesures d’accompagnement, de la thune, qu’on va reconvertir les anciennes paillasses à troufions en chambres universitaires. Rien à faire. Ils me haïssent.

Terminator du régiment, je suis parti de Bitche en lançant « je reviendrai, je ne vous laisserai pas tomber, on ira au bout de ce que l’on peut faire » [2] avant que mon garde du corps ne me pousse dans la bagnole. Ça n’a pas fait taire les huées.

Pour la suite je me suis blindé, j’ai développé la technique. Avoir de l’empathie. Plier l’échine, tête basse, donner l’impression de porter tout le poids de la réforme sur les épaules. S’ils me donnent une claque, je suis prêt à tendre l’autre joue.

Ça se passe un peu mieux, forcément. Le 21 août dans le Calvados, à Mondeville et Bretteville-sur-Odon : « je suis l’un des vôtres. À votre place, j’aurais la même réaction. » D’entrée ça les déstabilise, il n’osent plus m’insulter.

Et je continue mes vacances de rêve : le 26 août à Jausiers et Barcelonette, le 28 à Briançon pour les chasseurs alpins. Entre-temps, le 27, petit détour par Sourdun et Provins en Seine-et Marne. Transfert d’un régiment de hussards. Je ne savais même pas que ça existait encore, les hussards.
Les mecs qui s’occupent de mon agenda, on ne peut pas dire qu’ils optimisent les déplacements dans le temps et l’espace : un coup dans les Alpes, un coup à Paris, un coup dans les Alpes. Chouette bilan carbone. Quand je pense que je bosse pour le Ministère de l’écologie !

4 septembre, Arras.
Pas-de-Calais, pas de chocolat (humour). Là, on vire le "601ème régiment de circulation routière". Rien à voir avec les gendarmes. En fait, je n’ai pas trop compris à quoi servent ces gens mais je ne m’étonne pas qu’on leur demande de circuler (j’ai la caisse, moi, aujourd’hui).

Enfin bon. Ils font tous la gueule alors que l’État les a à la bonne.
Je voudrais rappeler aux mauvais coucheurs que la Moselle et le Pas-de-Calais, entre autres, sont pressentis par l’ANDRA pour héberger un nouveau site d’enfouissement nucléaire. Comme quoi il n’y a pas que des mauvaises nouvelles. Il ne faut pas avoir peur de l’atome. Tu peux me faire confiance, je sais de quoi je parle : mon bureau toulonnais se trouve à 300 mètres à peine d’un réacteur nucléaire (ou huit). Et qui dit site d’enfouissement nucléaire dit grosses pépettes. Si tu ajoutes ça aux compensations relatives à la fermeture des casernes, mon vieux, c’est mieux que le loto. Camping 4 étoiles aux prochaines vacances ! Ah, les vacances ! Ça me fait penser qu’en octobre, je vais à Laval.

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[1] Selon une brève de l’agence Reuters lisible ici.

[2] Le Figaro, 28 juillet 2008.

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