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Un nouveau bâtonnier à Toulon : le MNR remporte enfin une élection !

dimanche 19 octobre 2003
par Gilles Suchey

SELON une définition officielle, "le Conseil de l’Ordre des avocats a pour attribution de traiter toutes les questions intéressant l’exercice de la profession. Il veille à l’observation de leurs devoirs par les avocats, et à la protection de leurs droits." Chaque barreau, c’est-à-dire l’ensemble des avocats installés auprès d’un tribunal de grande instance, dispose d’un Conseil de l’Ordre présidé par un bâtonnier. Ses confrères l’élisent pour deux ans.

Certains noms d’avocats toulonnais ayant accédé à cette position résonneront de façon familière aux oreilles de leurs concitoyens, tel celui de Michel Clément, conseiller municipal d’opposition depuis 2001, ou Jean-Guy Levy, époux de madame.

En juin 2003, le barreau de la capitale du Var [1] était invité à désigner le successeur du bâtonnier Jean-Pierre Tramutolo, dont le mandat s’achève en décembre.
Premier candidat à entrer en lice : René Scognamiglio. Inscrit à l’Union des Jeunes Avocats, il organise des fêtes et des tournois sportifs pour ses camarades : il est cool.
Deuxième et principale prétendante au trône : Nicole Bonvino, déjà secrétaire de l’Ordre, associée dans la Société en Participation (SEP) Barbier-Paquet-Bonvino, un gros cabinet spécialisé dans le droit des affaires. Comme mentionné sur son site web, "La SEP a obtenu la certification à la norme ISO 9001 VERSION 2000 à l’issue de l’audit diligenté par L.R.Q.A", c’est dire si ces gens sont entrés de plein pied dans le troisième millénaire. Nicole Bonvino est la première femme à postuler à la présidence du barreau de Toulon. Elle est aussi la candidate du président sortant, une élue toute désignée. Un peu trop, peut-être.
Inattendu, un troisième et dernier concurrent vient bousculer les pronostics : Didier Gestat de Garambé, surtout connu pour son engagement politique. Il fut second adjoint du maire Jean-Marie Le Chevallier, élu sur la liste Front national entre 1995 et 2001.

"L’élection du bâtonnier ne doit en aucun cas avoir une signification politique."
Le 21 juin 2003, ses confrères avocats choisiront Gestat pour les représenter, par 137 voix sur 267 dès le premier tour, Bonvino étant créditée de 112 suffrages et Scognamiglio du reste. C’est l’élection de "l’indépendance" et des petits cabinets, selon la campagne de Gestat, contre la norme ISO 9000 des grosses sociétés. Elle suscitera une certaine émotion sur la place publique. Tramutolo voudra, dès le premier juillet, calmer les esprits en écartant l’aspect symbolique de la charge qu’il assume : "le Conseil de l’Ordre des Avocats au Barreau de Toulon rappelle que l’élection du Bâtonnier a un caractère strictement professionnel et qu’elle ne doit en aucun cas avoir une signification politique. Par le passé, des Bâtonniers de sensibilités très diverses, ont été choisis, sans que jamais leur appartenance politique ait été associée à leur responsabilité ordinale. Ils ont tous mis en oeuvre leur compétence pour la protection des Confrères et l’intérêt supérieur de l’Ordre, sans pour autant se servir de leur fonction pour faire prévaloir leurs opinions politiques, confessionnelles ou autres. Les critiques formées à l’encontre des Confrères ne sont acceptables pour l’Ordre que pour des fautes professionnelles ou des manquements à l’honneur et à la probité. Le Conseil de l’Ordre souhaite que chacun pratique la tolérance, respecte la confraternité et que notre Barreau pour être fort retrouve dignité et unité." La dignité ? Que chacun pratique la tolérance ? Encore faudrait-il que le dauphin et futur bâtonnier donne l’exemple. Les idées qu’il professe ne vont peut-être pas dans le bon sens.

Vive la France ! En 1999, Gestat déclarait à Cuverville : "je ne renie pas mon passé au FN, dont je continue à partager l’essentiel des idées, mais il va s’effondrer. Parce que Le Pen n’a pas compris qu’on ne pouvait pas rester statique. Il demeure trop étatique, avec ses idées protectionnistes pour la France." C’est pourquoi il avait rejoint le parti extrêmement libéral de Bruno Mégret, le MNR [2].
Evoquant l’avenir de notre beau pays, il continuait : "le ciment de notre culture est la civilisation judéo-chrétienne, je ne veux pas d’autre modèle". Un judéo de trop ? A Wolinski l’interviewant pour le compte de Charlie Hebdo, il avait lâché : "ce qui m’inquiète c’est de voir que ce pays continue à s’appuyer sur une certaine classe dirigeante noyautée par les Juifs !" Enfin, pour Gestat et ses compagnons d’idée, l’époque était décadente, car le socialiste Jospin tenait les rênes du pouvoir : "en terme d’économie, nous sommes dans un pays soviétoïde... Avec le Vietnam et Cuba, nous sommes dans le peloton de tête des pays les moins libres." [3]


Acharnement médiatique. Dans un article de Libération daté du 6 août 2003, on apprend que Gestat s’interroge. Il ne comprend pas en quoi son engagement politique pourrait poser problème concernant un poste "strictement professionnel. Le maire de Paris a des moeurs pour le moins discutables, cela ne l’empêche pas de faire du bon boulot". Ceux qui ne voient pas le rapport ignorent sans doute que l’homosexualité est un engagement politique.

Une fine analyse de la société, une ouverture d’esprit sans faille, la défense du petit commerce juridique. Lucidité et indépendance. Si Tramutolo ne voit pas lui non plus le problème, c’est que son successeur présente sans doute les talents nécessaires pour parler au nom du barreau de Toulon. De toute façon, dans un tribunal au fronton duquel est inscrit "liberté-égalité-fraternité", la discrimination politique n’a pas droit de cité. Ici, personne ne fait de la politique. Les avocats ne font pas de politique, les juges ne font pas de politique, et même le procureur, voix décentralisée du Ministre de la Justice, ne fait pas de politique. Gestat, qui a démissionné du Conseil National du MNR car il estime "qu’un bâtonnier doit faire preuve de neutralité politique" [4], devrait prendre ses fonctions en janvier prochain, malgré le recours symbolique engagé par une poignée d’avocats.

A noter : le 8 octobre 2003, la LDH [5] avait convié Dominique Brault, secrétaire général du Syndicat de la Magistrature, pour une conférence portant bilan sur les lois sécuritaires Sarkozy-Perben. Chaque avocat du barreau et chaque magistrat avaient pu trouver dans leur boîte aux lettres du palais de justice une invitation annonçant la rencontre. Aucun magistrat n’est venu, et les avocats se comptaient sur les doigts d’une main. Parce que les juristes, hormis quelques extrémistes de gauche, ne font pas de politique.

Tout ceci est bien triste. Heureusement, pour oublier que la vie est une vallée de larmes, les jeunes avocats savent bien s’amuser à Saint Tropez.

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[1] 327 avocats sont référencés dans l’annuaire de l’Ordre

[2] Mouvement National Républicain

[3] Le MNR est à ce point libéral qu’il défend le terroir et le protectionnisme contre "l’eurocratie". Oui, nous sommes d’accord avec vous : cela traduit une certaine confusion mentale.

[4] Le Figaro, 30 juin 2003

[5] Ligue des Droits de l’Homme

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