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Accueillir des étudiants étrangers "de qualité"

mercredi 12 novembre 2008
par Denis Collet

Un dossier en deux parties où l’on apprendra comment l’examen des candidatures est largement soustrait au contrôle des universités françaises depuis l’installation de l’agence gouvernementale CampusFrance. Où l’on comprendra aussi que l’évaluation des étudiants, une fois acceptés sur le sol français, doit en quelque sorte échapper à ceux qui leur dispensent des enseignements, comme l’exige une récente circulaire ministérielle.
Première partie : paperasse, fichage, sélection par l’argent.

TU désires suivre un cursus universitaire haut de gamme ? Goûter le camembert, découvrir les innombrables clochers qui caractérisent nos paysages ? Tu as raison, les voyages forment la jeunesse. Mais sache qu’aboutir sur le territoire français relève d’un processus initiatique long et délicat. Y compris pour le bachelier projetant de passer quelques années sur le vieux continent avant d’entrer dans la carrière en Afrique ou en Asie.

Objectif n° 1 : les autorisations. La procédure pour l’obtention du visa "long séjour" est rigoureuse, contraignante et onéreuse. Passeport, photos, attestations de ressources. Voir la description qui en est faite sur le site de l’ambassade de France au Sénégal. Mais fournir ces documents (plus 50 euros de frais de dossier) ne garantit rien : « la présentation d’un dossier complet n’entraîne pas nécessairement la délivrance du visa sollicité, des justificatifs complémentaires peuvent être réclamés ». Bref, c’est à la tête du client.

Concernant l’aspect purement scolaire, la plus grande confusion règne quant à la marche à suivre.
Il faut d’abord remplir une demande d’admission préalable. Le candidat est évalué sur ses connaissances de la langue française puis traite directement avec l’université de son choix, c’est-à-dire qu’il remplit un dossier comme le ferait n’importe quel ressortissant européen.
Ce n’est pas fini. Le gouvernement Fillon impose désormais aux ressortissants d’une trentaine de pays hors UE de passer par l’agence gouvernementale CampusFrance avant toute autre démarche.

CampusFrance est un Groupement d’intérêt public issu de la fusion, en 2007, d’une précédente agence et des "Centres pour les Études en France" (CEF). Le dispositif permet officiellement de mieux organiser l’accueil des étudiants étrangers tout en augmentant la visibilité des universités françaises. Il commande au candidat de se soumettre à un "entretien personnalisé d’évaluation" conduit par un expert de l’agence et conclu sur un avis argumenté. Les résultats de l’entretien sont exigés pour l’obtention du visa, ils seront transférés de l’agence vers l’ambassade (trois bureaux plus loin).

Précisons que la démarche doit être entreprise sur internet et qu’elle n’est pas gratuite. Remplir un dossier dématérialisé CampusFrance coûte à peu près 80 euros en Afrique. Le tarif grimpe à 170 euros en Corée. Ajoutez 50 euros pour le visa, plus 60 euros pour le test linguistique. Sans compter le prix de la traduction certifiée conforme des diplômes et autres bulletins de notes. Plus tard, si tout va bien, il faudra encore payer les frais d’inscription à l’université et la sécurité sociale.

Le plus notable, insistons sur ce point, est que l’obtention du visa n’est pas corrélé à l’appréciation du candidat par les facs françaises.
Voilà sans doute pourquoi les responsables d’Unités de Formation doivent aujourd’hui accueillir des étudiants dont ils n’ont pas examiné le dossier. Une fois la personne physiquement présente avec sa valise et son visa, on conçoit que les profs auront du mal à l’exclure au prétexte que les listes sont closes et qu’on n’a jamais entendu parler de lui.

Alors quoi ? Le ministre de l’immigration se laisserait déborder par les affaires étrangères et l’enseignement supérieur ?
Qu’on se rassure, nombre de dossiers restent toujours coincés quelque part entre les ambassades et les universités. En 2007, au lancement de la procédure dématérialisée, un souci informatique ne permit l’enregistrement que de 3% des dossiers. C’est un sénateur UMP qui révéla le problème. L’histoire ne dit pas si les 97% restants ont été traités sous une autre forme. Bah ! Cela permet de tester la motivation des victimes du bug ! Les plus enthousiastes et les moins pauvres auront une nouvelle fois tenté leur chance cette année, en payant une nouvelle fois les frais afférents (à tout le moins 50 euros pour l’obtention du visa).

Et puis surtout, ce qui est pratique avec CampusFrance, c’est la possibilité de fichage à grande échelle.
En novembre 2007, lors de l’étude du projet de loi de finances pour l’année à venir, la sénatrice socialiste Monique Cerisier-ben Guiga dénonçait la fonction ambiguë de l’agence dans un rapport sur "l’action extérieure de l’État" : « — Outil de maîtrise de l’immigration ou d’amélioration des conditions d’accueil et de séjour en France des étudiants étrangers ? — Selon ses statuts, CampusFrance a pour vocation de concourir à l’amélioration des conditions d’accueil et de séjour en France des étudiants étrangers. Or, selon les informations dont dispose votre rapporteur, il semblerait que certaines ambassades ont recours à l’enregistrement informatique des étudiants étrangers comme outil de contrôle de délivrance des visas. En effet, il semblerait que certaines ambassades demandent des renseignements très détaillés aux étudiants étrangers désireux de s’inscrire dans les établissements supérieurs français ».

Tu as réussi à obtenir ton visa "long séjour" ? Tu as obtenu une bourse dans ton pays, ou bien tes parents sont suffisamment fortunés pour garantir au Gouvernement français le versement mensuel, sur ton compte, d’environ 400 euros ? Tu as fait ta valise ? Tu as pris l’avion ?

Te voilà dans le hall de l’université française, hésitant, décontenancé. Tu te sens un peu perdu, c’est bien naturel. Le calvaire commence.

(Lire la suite : Etudiants étrangers en France : la sélection par le dégoût)

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