UN moment d’égarement, et il arrive que Var Matin publie des informations intéressantes. Ainsi, ce 10 décembre, le florilège des réactions des sept députés varois à propos de ce fameux amendement sur le « rôle positif de la colonisation », qu’un député UMP un peu espiègle et beaucoup facho avait réussi à faire voter comme devant être imposé aux rédacteurs de manuels d’histoire ! Florilège, c’est façon de parler, car il n’y a là-dedans que des fleurs vénéneuse, sauf une.
Reprenons : pour Geneviève Lévy, critiquer l’amendement, c’est « sortir la phrase de son contexte ». Donc, cela signifierait qu’en dehors du rôle positif, le reste du texte évoquerait aussi les aspects négatifs : l’endoctrinement, souvent bien relayé par notre sainte mère l’Eglise, l’exploitation sordide des ouvriers dans les ateliers ou les campagnes, et jusqu’à la torture en Algérie (sans vouloir vous vexer, cher M.Aussaresses). Ce qui serait d’une audace que l’UMP ne saurait se permettre.
Pour Philippe Vitel, « la lecture de cet amendement ne va pas dans le sens qu’on voudrait nous faire croire ». Ce qui revient à dire qu’il n’a rien compris au texte qu’il a voté. Bravo !
Pour Jean-Michel Couve, député de Saint-Tropez et des yachts de luxe, « comparé à d’autres pays colonisateurs, le nôtre n’a pas laissé d’aussi durs souvenirs ». C’est sans doute ce qu’écrivait Djamila Boupacha, militante algérienne de l’indépendance, le cul fracassé par les bouteilles que nos brillants officiers s’efforçaient de lui faire prendre pour des suppositoires. Djamila, et combien d’autres ? Mais M. Couve n’a sûrement pas ce type de lectures.
Josette Pons fait dans la nuance. Plutôt que « rôle » positif, elle aurait préféré « aspect ». Ce qui, on en conviendra, change tout. Chochotte, va !
Quant à Jean-Sébastien Vialatte, personne ne s’étonnera de le trouver au hit-parade de ce tableau de déshonneur. D’abord, par son indignation à propos de la « repentance permanente », ce qui déjà pue le Sarkozy. Et aussi parce que, selon lui, « on ne peut nier les effets bénéfiques en matière de santé, alphabétisation, économie... » Tellement bénéfiques, les effets, qu’ils durent encore. Dans toutes nos anciennes colonies, on retrouve les mêmes caractéristiques : chômage, santé déplorable, sous-équipement sanitaire, sous-alimentation, instabilité des institutions. Ah, elle leur a été profitable, notre colonisation ! Comme on leur a bien appris à se débrouiller !
C’est sans doute pour cette raison que Georges Ginesta estime qu’il y a un « rôle positif de la France, qui a organisé des pays ». A part l’organisation de quelques puits de pétrole et de quelques Club Mèd, on ne voit pas trop.
Dans ce fatras de choses nauséabondes, un député sauve l’honneur des parlementaires varois. Jean-Pierre Giran ne dit rien d’extraordinaire, mais, justement, il remet tranquillement les choses à leur place. En rappelant que ce n’est pas aux parlementaires d’écrire l’histoire (NDLR : sinon, quelle différence avec le stalinisme ?). De plus, il fait perfidement remarquer que le député à l’origine de l’amendement est le même qui voulait déclarer « l’homosexualité comme un péché contre l’humanité ». En ce temps de commémoration –- discrète — de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, un député de la République qui inventerait un nouveau péché, voilà qui serait farce, non ? Merci donc, M.Giran, pour ces quelques mots de bon sens. Mais il aurait pu en profiter pour signaler que son collègue à l’origine du pataquès est un membre du Club de l’Horloge, cercle où se retrouvent des gens de droite et d’extrême droite. La contagion, donc…
Pour conclure, on se contentera de rappeler à ces six brillants commentateurs que, pour libérer Toulon des nazis, c’est d’abord une troupe de Maghrébins et d’Africains qui s’empara de la ville. Que ceux-là n’avaient pas le loisir de s’interroger sur le rôle positif de la colonisation. Et que c’est donc un peu grâce à eux que nos brillants parlementaires ont aujourd’hui l’avantage de pouvoir nous livrer leurs conneries.
Carolus