LE vendredi 13 juin 2003 s’est tenue l’Assemblée Générale annuelle de l’UPV [1].
Bienvenus en ces temps troublés, une dizaine de CRS protégeaient l’entrée du bâtiment de la place de la Liberté contre tout individu n’ayant pas de serviette en cuir noir. Notre journaliste ne disposait malheureusement pas de serviette de cuir noir. Tout au plus une serviette éponge à l’effigie de Mickey nonchalamment jetée sur l’épaule. Il est donc resté dehors.
Extraits d’un article de Libération pour se mettre dans l’ambiance [2] : « Dans le cadre du programme de vie locale, le conseil général du Var aide les communes à financer l’installation de systèmes de vidéosurveillance. Cette aide peut atteindre jusqu’à 80 % de subventions pour les villes de moins de 3 500 habitants, jusqu’à 50 % au-delà de 3 500 habitants. Selon le conseil général, les villes disposent leurs caméras sur les parkings, les sorties des écoles, ou les bâtiments publics qui ont été dégradés. Certaines communes en installent même autour des sources et points d’eau. En trois ans, dix communes du département se sont équipées. [...] Dans les Alpes-Maritimes, vingt-huit communes ont été subventionnées. Ce chiffre regroupe les municipalités qui se dotent de vidéosurveillance et de police municipale (20 % de subvention pour les communes urbaines, et un plafond de 80 % pour les petites communes). D’après le ministère de l’Intérieur, 388 collectivités sont munies d’installation de vidéosurveillance en France, dont 185 sur la voie publique ».
La délinquance de voie publique est, depuis quelque temps, combattue avec beaucoup de violences et de démagogie. Le gouvernement précédent avait quelque peu lancé la machine mais force est de constater que l’actuel frappe bien plus fort. Les cages d’escaliers interdites aux jeunes, la confiscation du scooter pour les fumeurs de haschisch, l’enfermement pour les prostituées... Les policiers ont toujours plus de taf mais ne s’en plaignent pas trop. Ils avouent même aimer leur ministre.
L’objectif des élus de proximité (qu’on pourrait surnommer les proxos si l’appellation n’était pas déjà brevetée) est aussi de se faire aimer. De la majorité de la population votante. Il leur faut donc miser sur du visible. La télésurveillance, de ce point de vue, obtient des résultats probants. Cependant, elle s’avère totalement inefficace contre la violence de rue [3]. Tout le monde politique le sait, mais peu importe, cela permet de caresser mémère dans le sens du poil, et de virer du fric sur des fonds de boîtes privées plus ou moins opaques.
Le délinquant en col blanc, lui, a moins de souci à se faire que le voleur de portables. D’ailleurs, la délinquance en col blanc n’existe pas. Seul existe l’Etat, qui ponctionne encore et toujours les honnêtes chefs d’entreprise. Acculés par tant de charges, ceux-ci s’en remettent à des combines que le bon sens appellerait « système D ». Les patrons l’ont si bien compris que vendredi, à l’Assemblée Générale de l’Union Patronale du Var, ils ont demandé à leurs membres les plus éminents, à savoir Mme Lévy ainsi que MM. Falco, Trucy (le Sénat est un puissant conservateur) et Vitel [4] de prendre exemple sur les initiatives italiennes pour rénover une législation « inefficace » et supprimer des impôts « archaïques ».
La corruption en entreprises n’est certainement pas le sujet favori de Mme de Menthon qui préside la société ETHIC [5]. Quoique. Cette chère entrepreneuse, qui malgré son nom n’est pas parente de Balladur, préfère causer « cynisme et investissement ». Il faut de ce point de vue envisager son action comme la promotion de l’« étiquette » et non de la « morale » en entreprise [6]. C’est ainsi qu’elle peut expliquer qu’il « est éthique de créer des emplois à l’extérieur » [7], c’est-à-dire, pour son cas personnel, en Tunisie, un pays dirigé par le célèbre dictateur Ben Ali [8]. A ce compte, la firme Total, qui crée des emplois en Birmanie, est elle aussi « éthique ». Mais le but de Mme de Menthon n’est pas tellement d’exploiter les travailleurs des pays pauvres, après tout, ce ne sont que des travailleurs comme les autres. Sa tactique relève du billard, avec coup à deux bandes. En délocalisant, « on donne une chance en France, à la réforme ». Entendons : il est tout à fait moral de mettre au chômage des dizaines de milliers de personnes si cela peut se traduire par une précarisation du statut salarial dans notre beau pays.
Augmenter le taux de chômage pour faire pression sur les salaires : c’est du pur discours marxiste ; l’UPV en est restée bouche bée.
St Just
[1] Union Patronale du Var.
[2] « Une vidéosurveillance très bien subventionnée », par Didier Arnaud, samedi 14 juin 2003.
[3] D’après un spécialiste cité par Libé, « la vidéo surveillance est « sans effets » sur les atteintes aux personnes et exerce diverses influences sur les atteintes aux biens [...] En réalité, le principal inconvénient, c’est que la délinquance se déplace hors champ. Du coup, la commune d’à côté risque d’hériter des ennuis de sa voisine qui vient de s’équiper ».
[4] Voir aussi Bienvenue au Geneviève Lévy show.
[5] Entreprises de Taille Humaine Indépendantes et de Croissance.
[6] Voir plutôt le site ethique sur étiquette.
[7] Var Matin, samedi 14 juin 2003.
[8] Rappelons au passage que le rallye de Tunisie 2003 est parti de Toulon. Pour fêter le deuxième anniversaire de la chute du FN local ?