DEPUIS, les favoris ont entamé leur campagne. Elle mènera le meilleur d’entre eux à la victoire le soir du 28 mars 2004. TNS-Sofres nous gratifie d’une nouvelle étude sur les élections régionales commandée cette fois-ci par le Figaro Magazine. Etat des lieux.
C’est le président sortant. Les derniers sondages le donnent favori. Il arriverait en tête au premier tour (+4%) et sortirait vainqueur d’une triangulaire au second tour (stable).
Ses experts doivent lui conseiller de ne rien faire qui puisse inverser la tendance. Il met en garde contre la menace lepéniste. On l’a entendu dernièrement réclamer un plan Orsec lors des dernières inondations en pays d’Arles.
Il est jeune, c’est un outsider qui se démène pour tenter de pallier son manque de notoriété. Il serait devancé par Michel Vauzelle au premier tour (-2%) et perdrait du terrain au second tour lors d’une triangulaire (-3%).
Fin novembre, sa campagne électorale passe par Menton. Convaincu que Le Pen va perdre comme toujours, il cible le bilan du président sortant, Michel Vauzelle, noté d’un « zéro pointé, avec 0 km d’autoroutes construites et 0 km de rails de chemin de fer posés ». C’est bien connu, notre région a besoin de nouvelles autoroutes et de nouvelles voies ferrées.
Dis, Museau, tu ne confondrais pas la région Paca avec la conquête de l’ouest ?
Il fait de Toulon un exemple : « Toulon tombée aux mains du FN parce que la gauche arrivée en troisième position s’était maintenue au second tour, Toulon reprise par Hubert Falco aux dernières municipales, ville qui regrette ses erreurs passées, aujourd’hui vaccinée et qui n’a plus la moindre envie du FN ». Museau ne semble pas très au fait du passé glorieux de la droite toulonnaise. Le nom de Maurice Arreckx, maire UDF de Toulon pendant près d’un quart de siècle, prédécesseur de Falco a la tête du Conseil général et "parrain du Var" autoproclamé, qui a fini sa carrière et sa vie en prison, le nom de Jean-Louis Fargette, mafieux notoire et copain du précédent, le nom de Yann Piat, députée UDF et ex-FN trucidée par balles pour des motifs qui resteront longtemps sujet à discussion, restent familiers en pays moccot. Mais Museau les ignore sans doute. Par contre, il sait qu’un candidat socialiste (le discret et oublié Christian Goux) s’est présenté aux élections en 1995, et que l’élection de Le Chevallier est de sa faute.
On retrouve Muselier quelques jours plus tard à Arles où il continue de fustiger « le bilan de tous les zéros » du président sortant. Comme entretemps il s’est rendu compte qu’il avait oublié les tunnels, il attaque les « O km d’autoroutes construites, O km de rails posés, O km de percées alpines ». Clientéliste, il gratte le dos des chasseurs en rappelant que « M. Vauzelle a voté les lois chasse de dominique Voynet » sans oublier de préciser qu’à la région tout va mal, mais que maintenant tout va s’arranger. En effet, il est secrétaire d’état aux affaires étrangères et prône « une vraie politique euroméditerranéenne dont la région PACA doit devenir un leader ». S’il était secrétaire aux personnes agées, il promettrait certainement aux vieux de les protéger de la canicule.
Soucieux « d’inventer une nouvelle démocratie régionale », il promet des référendums sur la fiscalité et les grandes politiques d’aménagement, et des consultations pour avis, par SMS, internet, courrier, téléphone, « ouvertes à tous dès 16 ans ». Car Museau est jeune et moderne, et il regarde Star academy tous les soirs. « Pour éliminer Vauzelle, tape 2. »
Confronté au problème de la constitution d’une liste commune avec l’UDF, il se dit prêt à offrir sa place de tête de liste dans les bouches du Rhône. Etrange stratégie pour un candidat qui souffre d’un manque de notoriété.
Récemment, on lui a toutefois donné l’occasion de soigner sa cote de popularité en l’envoyant en Egypte réconforter quelques sacs en plastique.
Pour en savoir plus on peut toujours se rendre sur la page d’accueil de son site internet. Depuis quelques semaines, on y voit son affiche de campagne surmontée d’un texte défilant : « En raison de la campagne pour les élections régionales de 2004, le site internet de Renaud Muselier est temporairement fermé. Nous y apportons une mise à jour mineure. Nous vous remercions de votre compréhension ».
C’est la célébrité du plateau. Bon produit marketing, les médias se l’arrachent. Il progresserait de 5% au premier tour et de 3% au second où il se placerait toujours dernier d’une éventuelle triangulaire.
Fin novembre, présentant la région Paca comme la pire de toutes les régions, il annonce qu’il veut en faire une « Californie française », accueillante pour de riches retraités, et dont le littoral serait contrôlé par des « gardes-côtes à l’américaine ».
Il ne dit pas si une série télévisée est prévue pour promouvoir l’attractivité de la région, si les pilules de viagra seront remboursées ou si l’électricité sera privatisée. Une chose est certaine, le prochain président de la région Paca ne sera pas une star hollywoodienne.
L’attitude de l’UDF vient perturber les analyses des sondeurs puisque toutes les études réalisées jusqu’ici considéraient l’union UMP-UDF comme acquise.
Député des Alpes-Maritimes, il a été désigné mi-décembre par son parti tête de liste de la région Paca. L’UDF demande la tête de liste dans deux des six départements de la région, ainsi qu’un tiers des places sur les listes. En réponse, Renaud Muselier propose de céder sa place de tête de liste dans les Bouches du Rhône.
Rudy Salles juge cette proposition grotesque. « Lorsqu’on est tête de liste, on est chef de file et on ne se met pas derrière quelqu’un », a déclaré M. Salles qui juge que la tête de liste lui revient dans les Alpes-Maritimes où il a constamment été réélu depuis juin 1988.
Une liste UDF pourrait bien permettre à Le Pen d’arriver deuxième du premier tour.
Il y aura d’autres postulants : Bernard Delemotte (CAP 21, écologistes), Samuel Johsua (LCR, Union Lutte Ouvrière - Ligue Communiste Révolutionnaire), Patrice Miran (Liste Pour l’écologie et la protection animale, soutenue par le MEI, Le Trèfle et le MHAN [1]), Alain Persia (Liste d’Union de la Droite Républicaine, divers Droite), Philippe Sanmartin (Parti Fédéraliste), Franck Vidal (Droit de Chasse) et enfin Bruno Mégret (MNR), incertain car il risque une peine d’inéligibilité.
Si les listes MNR et LO-LCR sont évoquées dans les sondages, pas un mot sur les autres candidats en lice. Drôle de méthode pour des instituts qui prétendent utiliser des méthodes scientifiques.
Pour l’instant, les médias mettent en scène le retour du 21 avril. En ce qui concerne la politique, on verra plus tard.
[1] MEI : Mouvement écologiste indépendant. MHAN : Mouvement hommes animaux nature.
