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Alain Bolla : une bonne manif est une manif organisée par la CGT

Les syndicats contre le reste du monde
jeudi 4 décembre 2003
par Saint-Just

Alain Bolla, c’est un peu notre Maurice Thorez à nous. Toujours prêt à l’ouvrir quand ça va fermer et assez raisonnable pour « savoir arrêter une grève ». Le paquet de clopes, indispensable soupape au stress des négociations, est un hommage à Henri Krasucki.

MAIS si notre syndicaliste en chef de l’arsenal de Toulon se bat contre la fermeture de son lieu de travail, il n’hésite pas à fermer son camp retranché, la Bourse du Travail [1], aux associations un peu trop autonomes par rapport aux directives du monsieur. C’est ainsi qu’ Attac Toulon se trouve depuis juin sans salle de réunion pour tenir ses Conseils d’Administration mensuels.

Sociaux-traîtres, va ! Cette expulsion ne fut tout d’abord pas comprise comme un divorce mais une erreur sur la personne (morale). Apprenant que la décision de cette fermeture émanait des plus hautes sphères syndicales, les militants d’Attac restèrent pour le moins interloqués. La salle leur était attribuée, le troisième mercredi du mois à 19 heures, depuis la création du comité local (officiellement en février 1999) et leur exclusion n’avait fait l’objet d’aucun avertissement préalable de la part de l’Association de la Bourse du Travail. De plus, cette douche froide intervenait après des mois de luttes que les sympathisants de gauche avaient menées ensemble contre la guerre en Irak, contre la réforme des retraites version Fillon, et contre le projet Ferry sur une Éducation que le Ministre ne voulait plus « nationale ».

Certes, il y avait eu les remarques désobligeantes concernant la place qu’occupaient des militants toulonnais d’Attac au sein de certains cortèges, du style : « ici c’est FO machin, ici c’est FSU bibule », mais rien de vraiment très grave, si ce n’est cette impression que les manifs étaient presque organisées par des tour-opérateurs. Impression renforcée par le manque d’imagination chronique du D.J. habituel, Alain Bolla, qui après avoir usé par des scratches incessants le disque des Motivé-e-s, demandait systématiquement aux manifestants de se disperser, bien sagement, afin de laisser ces pauvres policiers aller casser la croûte. Tout travailleur est un sympathisant potentiel !

Toujours est-il qu’au mois de juin, les utopistes de l’Autre Monde furent ramenés aux dures réalités de la vie en se cassant les dents sur la porte de la salle de la Bourse du Travail dont ils étaient censés détenir les clés. Ça rappelle un peu l’histoire du marin cocu qui rentre de mission...

Le ton monte. Attac-Toulon chercha à savoir quelles étaient les causes de cette soudaine poussée de cornes et prit sa plume pour écrire, sur un ton irrité, aux responsables de la Bourse du Travail, en rappelant le but de l’association et sa participation à des luttes unitaires. « Aussi nous ne comprenons pas ce qui a amené les syndicats : 1. à nous refouler de certaines manifestations du printemps, 2. à nous refuser la salle de réunion de la Bourse du Travail que les mêmes syndicats nous avaient accordée pour les réunions mensuelles de notre conseil d’administration » [2].

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Ce à quoi les petits chefs syndicalistes, offensés, répondirent par la voix de leur maître. « Sur les deux questions que vous soulevez : 1. Nous ne voyons pas à quoi vous faites allusion sauf s’il s’agit d’incompréhension face aux rappels que nous avons été amenés à faire aux partis politiques et aux associations pour faire en sorte que les manifs - à l’appel des organisations syndicales - se déroulent selon les modalités définies en commun [3]. 2. Nous avons pris la décision que la salle de réunion ne pouvait être utilisée que sous la responsabilité expresse d’une organisation syndicale, membre de l’association Bourse du Travail. Nous sommes sollicités par de nombreuses associations dont les responsables sont souvent des adhérents voire des militants de nos organisations. La situation devient ingérable. De plus, nous avons récemment et à de multiples reprises rencontré des problèmes notamment de vols et de responsabilité civile qui ont motivé cette décision. Il n’y a pas d’ostracisme particulier en direction d’ATTAC mais il n’y a pas non plus de favoritisme. Si vous considérez que ces réponses ne sont pas sérieuses, nos relations vont alors se dégrader, nous le regretterions profondément » [4].

Selon Bolla, la Bourse du Travail doit faire face à une brusque augmentation des activités associatives et syndicales, en plein été, qui provoqueraient un engorgement dans le prêt des salles de réunions. Un bâtiment, place du Colonel Fabien à Paris, après ses 3,6% aux présidentielles de 2002, avait lui aussi croulé sous le flot des adhésions, n’est-ce pas ?

La Bourse doit également combattre une recrudescence insupportable des vols. Maudite insécurité ! Les leaders syndicaux se sont tâtés ; devaient-ils ou non préciser que cette hausse de délinquance était due à la mobilisation de la maréchaussée autour des manifestations de rue, ce qui laissait le champ libre aux Arsène Lupin et autres Maurin des Maures pour venir chaparder les stabilo-boss de la CGT que des camarades de l’arsenal avaient emprunté au Commissariat de la Marine ? Après un vote à bulletin secret qui dégagea une courte majorité (on soupçonne ces félons CFDT d’avoir fait capoté le vote), ils se sont finalement abstenus.

En réponse à la réponse Attac s’interroge encore, constate « qu’il aura fallu cinq ans pour que [sa] présence pose un problème organisationnel ». Et même si « ce prêt de salle ne peut en aucun cas être considéré comme un dû », l’association remarque que certaines fédérations CGT sont membres fondateurs d’Attac, sous-entendu : il y a un minimum de solidarité à entretenir entre des mouvements qui luttent, en gros, pour la même chose. « Il eut été pourtant plus simple, puisque nous étions en contact permanent et associés dans un même collectif, de nous avertir de votre décision, prise sans aucun doute de manière collégiale, afin que nous puissions prendre nos dispositions. Que vous posiez comme préalable le fait que vous considérerez comme chantage les interrogations que ce genre de décision peut provoquer est une autre manière d’ouvrir le dialogue et l’échange. D’autant que vous ne vous gênez pas d’utiliser le chantage que vous nous interdisez, vous permettant de nous lancer un avertissement en guise de conclusion. Nous prenons bonne note que le fait que nous soyons confrontés à l’hostilité des élus de l’ensemble des communes de l’agglomération en ce qui concerne l’obtention d’une salle vous laisse aussi indifférents qu’eux. Tout ceci ne contribuera pas à faciliter notre fonctionnement. Mais ce ne sera pas la première fois qu’une association disparaîtra à Toulon, faute d’un minimum de soutien. C’est une spécialité locale bien connue. Le tout est de savoir qui, au bout du compte, pense y gagner. Nous avons bien compris que nous n’avions pas intérêt à émettre la moindre remarque au risque de vous froisser et de provoquer une dégradation de nos relations. Évidemment nous n’en ferons rien et resterons vos soutiens les plus enthousiastes » [5].

A ce jour, Attac Toulon tient ces C.A. ainsi que ses débats au Café-lecture, et fait contre mauvaise fortune bon coeur.

Un pour tous et tous pour moi. Alain Bolla s’est toujours montré vindicatif contre la mise en coupe réglée de l’arsenal de Toulon, n’hésitant pas à déclamer tel un Cadet de Gascogne en mal de romantisme guévariste : « Dans la grève, dans la manifestation, ensemble, nous sommes plus forts pour empêcher les mauvais coups et gagner de nouvelles conquêtes sociales » [6]. Traduction des « nouvelles conquêtes sociales » en dialecte local : « nous aurons le droit de faire un deuxième passage avenue Franklin Roosevelt lors des défilés ».
Il n’hésite pas non plus à pousser ses camarades à la convergence des combats car, comme il sait si bien le dire : « de formidables luttes sont à développer à partir des lieux de travail pour la satisfaction des revendications. Mais dans le même temps, est posée la question des convergences, dans la branche, sur la localité, dans le département, au plan national et aussi international. Des perspectives qui dimensionnent notre activité en rapport avec des enjeux sans jamais perdre de vue ce qui est l’essentiel : le lieu de travail » [7]. Le but est le même. Il s’agit de repousser la tentation du tout tourisme alors que le Var « figure dans le peloton de tête du taux de chômage et des grosses fortunes » [8].

Dans les faits, le seul point vers lequel doivent converger les luttes selon Alain Bolla, c’est la CGT. Ainsi, alors que martelant « la mondialisation de la finance ne peut pas répondre aux défis majeurs que l’humanité a à relever » [7], notre héraut de la lutte sociale se révéla une nouvelle fois, heu, « critique » à l’égard d’Attac. Une nouvelle prise "d’opposition" intervint à propos de l’appel à soutien d’un militant de l’union locale CGT-Draguignan, embarqué par les gardes mobiles alors qu’il bloquait le Tour de France en juillet dernier. Le site d’Attac-Toulon relaie un appel du 4 novembre 2003, cosigné par Attac-Draguignan et CGT-Draguignan, selon lequel « les organisations soussignées, CGT, CFDT, ATTAC, la Confédération Paysanne appellent l’ensemble des salariés et des citoyens à protester contre cet acte de répression de l’action sociale et syndicale, en signant cette pétition. Elles appellent aussi l’ensemble des citoyens à un rassemblement mercredi 17 décembre à 14 heures devant le tribunal de Draguignan ». A la lecture de cet appel, le sang de Alain « Joseph » Bolla n’a fait qu’un tour et le 13 novembre, sa plume électronique s’est fendue de ce communiqué : « Chers amis, nous avons eu plusieurs échanges de courriers sur l’évolution des relations entre nos deux organisations. Nous n’avons toujours pas de réponses à ce jour sur notre proposition de rencontre. Dans le même temps nous découvrons avec stupéfaction le contenu de votre pétition et de l’appel à la manifestation du 17 décembre. En effet, à aucun moment nous en avons discuté et à aucun moment nous avons donné notre accord pour en être signataire. Nous regrettons cette situation et vous demandons de faire les rectifications nécessaires. » Le protocole, bordel ! Qui c’est le chef, ici ?

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"L’esprit de conquête" (et le sens de l’humour) - Sur le site de l’UD CGT 83

Pour une démocratie populaire de la Bourse du Travail. Plutôt que s’embarrasser avec les groupuscules altermondialistes, M. Bolla préfère se lancer dans le noble et courageux combat anti-fasciste, sorte de catalyseur des peurs pour les organisations de gauche en mal de programmes ou d’idées neuves.
Il fut donc parmi les premiers à s’indigner de l’expulsion de l’Union Locale CGT par le maire (FN) d’Orange : « Monsieur le Maire, vous avez décidé d’expulser l’Union Locale CGT d’Orange des locaux mis à sa disposition depuis 1936. Depuis la Libération, la CGT est une organisation syndicale reconnue d’utilité publique. Les valeurs d’égalité, de fraternité, de justice qui fondent une démocratie, sont aux antipodes de vos procédés marqués du sceau de la haine envers la CGT. Ce véritable service public qu’incarne la maison de l’Union Locale CGT d’Orange est indispensable pour les salariés et la défense de leurs intérêts. L’Union Départementale CGT du Var est pleinement solidaire de nos camarades, et agira avec eux pour que l’UL reste ouverte à tous ceux qui en ont besoin. En conséquence, nous vous demandons de revenir sur votre décision. » [9].

Que les esprits tordus qui noteraient là une incohérence, les lettres retranscrites dans le présent article correspondant à des événements ayant réellement existé, sachent qu’elle est, bien entendu, purement fortuite et due au surmenage.


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Note : certains pensent que la CGT a sauvé l’honneur du mouvement de juin 2003, luttant courageusement contre les directives gouvernementales après le lâche abandon des syndicats collaborationnistes. C’est d’ailleurs pour cela que nombreux déçus de Chérèque ont pris leur carte chez Thibault. Pour remettre les pendules à l’heure, un excellent article du mensuel CQFD.

[1] Comme l’élu politique dont on dénonce les agissements, l’élu syndicaliste cumule les mandats : Alain Bolla est patron de la section CGT de l’Arsenal, président de l’Association Bourse du Travail, secrétaire général de l’Union départementale CGT du Var.

[2] Signataires : le président d’Attac-Var Jean-Jacques Taurines, et les vice-présidents Irène Tautil et Stéphane Heinrich.

[3] NDLR : Ce qui permet de canaliser tout mouvement spontané puisque lors des manifs du printemps, la majorité des marcheurs était non-syndiquée et fonctionnait, notamment les profs, suivant des assembles générales décentralisées.

[4] Lettre signée, "pour l’Association Bourse du Travail", par Alain Bolla, le 9 octobre 2003.

[5] Signé par J.J. Taurines.

[6] Déclaration du 13 mars 2003.

[7] Extrait de l’Agent - CGT Atoss, bulletin du congrès, Fréjus, 14 mai 2002.

[8] Selon un commentaire du magazine l’Expansion, qui a compté Alain Bolla au nombre des cinquante personnes qui dynamisent Toulon.

[9] Dans Le Var syndicaliste (mensuel d’actualités de la CGT Var), lettre datée du 29 octobre 2001. Ce courrier est dans la lignée de la signature par l’UD-CGT de la Charte Varoise Contre les Discriminations Raciales dans le Monde du Travail.

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