SORTI au moment où le fringant Renaud Muselier (fils de grand-papa) annonçait sa candidature à la présidence de la région PACA, le numéro d’été de Métropole [1] titrait : « Délinquance en forte baisse », avec interview du préfet du Var en cadeau bonux.
En apéritif d’un bel article, on peut lire que la délinquance sur voie publique a chuté de 24,4% en cinq mois ! Mais si l’on se penche sur les données officielles dévoilées par le mensuel et correspondant à l’évolution 2002-2003, nulle trace du chiffre cité, à moins qu’il ne s’agisse d’une erreur typographique dans le -20,4% crédité à l’ensemble des vols.
Il faut dire que c’est compliqué, les chiffres. C’est un peu comme la pâte à modeler : on en fait ce qu’on veut, les couleurs restent toutefois criardes.
Par exemple, les mêmes données officielles évoquent le +32,7% des infractions économiques et financières, ainsi que le +105,4% d’infractions sur les stupéfiants. Et pourtant, le titre en première page n’est pas Délinquance en forte hausse, allez savoir pourquoi.
Notre cher préfet est aux anges et jubile en expliquant qu’il dispose à cet effet (faire baisser la délinquance, pas commanditer les articles de Métropole, journal indépendant) d’une « mobilisation presque de caractère militaire ». Les anciens de Franco et de Pinochet pourraient lui rétorquer qu’avec ce type de moyens (l’armée dans les rues), ils ont connu plus productif, d’autant que les maigres 20,4% ne correspondent finalement qu’à des vols.
Pire, les crimes, eux, selon le tableau publié, n’ont baissé que de 13,1% ! Mais bon, la culture du chiffre insufflée par l’omniscient Sarkozy impose l’optimisme et se propage comme un virus aux préfets de proximité.
Autre raison de ne pas partager l’enthousiasme de M. Bisch et du rédac’chef de Métropole, Alain Perrier. On apprend dans le Canard Enchaîné du 23 juillet 2003 que la délinquance associée aux crimes et délits, en juin de cette même année, a augmenté en France de 2% par rapport à juin 2002. Juin étant le sixième mois de l’année, on excusera le mensuel de la droite toulonnaise d’avoir raté l’information, car les données publiées dans ses pages traitent des cinq premiers mois... Et au passage, on admettra que ces chiffres ne veulent absolument rien dire.
Pourquoi toujours mettre d’un côté les vols (ou les infractions sur les stup’) et de l’autre les crimes et délits, puisque les vols sont des délits et que les crimes sont autrement plus graves que les vols ? Certaines mauvaises langues estiment que, par ce biais, le Ministère de l’Intérieur met en valeur la sous-catégorie la plus valorisante et relègue au second plan les autres. Ceci expliquerait le tableau fourni par Métropole.
Et au fait, ces statistiques en baisse sont-elles une bonne chose ?
Une diminution des faits constatés de délinquance sur voie publique peut résulter de la conjonction de plusieurs facteurs : la fameuse « peur du gendarme », une soudaine reconversion des voleurs à la tire vers des actes de bienfaisance, une manipulation des chiffres... Ou une moins bonne prise en compte des plaintes dans les commissariats. Par exemple, l’actuel Ministre préférant la police de terrain (entendez les coups de matraque) à la police de proximité, il ne serait pas étonnant que les gens, notamment dans les quartiers dits sensibles, aillent moins porter plainte, en étant convaincus a priori que de toute façon, leur voix tombera dans l’oreille d’un sourd.
M. Bisch pourrait peut-être nous éclairer sur ce point.
[1] n°65, 15 juillet - 15 septembre 2003.