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La nouvelle loi sur les parcs nationaux à l’épreuve : l’exemple de Port-Cros

mercredi 21 octobre 2009
par Gilles Suchey

Arrangements toxiques et rivalités politiques autour de Port-Cros. Le député UMP du Var Jean-Pierre Giran a vu passer cinq ministres de l’Ecologie depuis qu’il s’est emparé de la réorganisation des parcs nationaux en France. Alors que cette réorganisation devient effective, il se fait déborder par sa stratégie : les élus locaux sont entrés dans l’organigramme décisionnel et sont bien décidés à prendre les choses en main.

LA loi française relative à la création des parcs nationaux fêtera sont cinquantième anniversaire en juillet 2010. Il a fallu attendre 1963 pour qu’elle se concrétise par la naissance de la Vanoise et de Port-Cros. À titre de comparaison, le baptême de Yellowstone aux Étas-Unis remonte à 1872 (parc national originel qui a inspiré tous les autres), et celui du Parc national Suisse à 1918 (premier du genre en Europe).

L’histoire des parcs est depuis toujours celle des conflits qui opposent les élus locaux à l’État. Les uns reprochent à l’autre d’empiéter sur leurs prérogatives en matière d’urbanisation, de tourisme, de développement économique. Les bergers ne veulent pas du loup ici, de l’ours là. Les chasseurs souhaiteraient continuer de plomber le bouquetin en toute harmonie avec la nature. Une histoire de pétitions, de manifestations, de projets avortés, d’aménagements reportés aux calendes grecques par des rapports restés sans effet (Pisani en 83 et Blanc en 94) jusqu’à ce que Jean-Pierre Giran ponde sa propre bafouille qui aboutira, le 14 avril 2006, au toilettage de la loi de 1960.

Boîte de Pandore

Au menu, la création d’un établissement public sobrement baptisé "Parcs Nationaux de France" (PNF), dont la mission consiste à créer du lien entre les sites et leur donner une visibilité globale. Giran prend immédiatement la présidence de son Conseil d’Administration [1].

La nouvelle loi invente le statut de Parc naturel marin. Un premier domaine de ce type est créé au large de Brest en 2007, le Parc naturel marin d’Iroise.

Surtout, elle permet aux élus locaux d’exprimer enfin leurs désaccords points de vue en assemblée décisionnelle, puisqu’ils entrent aux conseils d’administration des parcs. Giran veut ainsi mettre de l’huile dans les rouages, faire participer les collectivités territoriales à la gestion de l’existant mais aussi à la définition de nouveaux espaces, accélérer les processus et faciliter la vie des porteurs de projets sur le terrain. Le fait est qu’en 2007, PNF s’enrichit du Parc amazonien de Guyane et du Parc national de la Réunion, portant le nombre de parcs nationaux français à 9 (même si les dossiers étaient dans les tuyaux, on stagnait à 7 depuis 1989). Et ce n’est sans doute pas fini puisque le Grenelle de l’environnement a vu l’État s’engager sur la création de trois domaines supplémentaires, au premier rang desquels le Parc des Calanques qui pourrait voir le jour en 2010.

L’ouverture des CA aux représentants des communes et des collectivités territoriales reste toutefois critiquée par les organisations de défense de l’environnement, qui voient là comme une ouverture de la boîte de Pandore. À terme, l’érosion des réglementations, l’affaiblissement des protections et le développement de passe-droits pour la bonne cause, celle de l’électeur. D’autant que la caractérisation des parcs nationaux a évolué : au centre subsiste la "zone de protection", espace sanctuarisé que les élus locaux ne pourront a priori pas modifier même s’ils se font pousser la moustache de Yann Arthus Bertrand, mais l’ancienne "zone périphérique" délimitée par l’État devient une "zone d’adhésion" engageant les communes qui émargent au CA. Adhérer au parc, cela veut dire « participer à son plan de préservation et d’aménagement » via la rédaction d’une charte que PNF qualifie de « véritable projet de territoire » (un projet de territoire mou du genou selon les écolos).

La jacquerie des petits élus UMP

Nous en sommes là au mois d’avril 2009, quand un arrêté ministériel fixe la composition du nouveau CA de Port-Cros dans le cadre défini par la loi Giran. 31 membres dont 9 représentants de l’État, 11 « personnalités à compétence nationale », un délégué du personnel et 10 élus locaux. Collectivités impliquées : la Région, Le Département, l’Agglomération, les mairies de Hyères (4 élus), de Cavalaire, du Lavandou, de la Londe.

L’élection du Président du CA aura lieu le 4 août et ne devrait être qu’une formalité : d’habitude, le ministre suggère un nom et tout le monde approuve. Pour succéder à Giran — oui, c’est bien Giran qui jusque-là présidait le Conseil d’administration de Port-Cros —, Borloo a désigné Jean Tandonnet, vice amiral d’escadre à la retraite officiant comme inspecteur général pour la sûreté nucléaire et la radioprotection à EDF.
Mais les élus locaux, considérant sans doute que la démocratie à un seul candidat n’est pas vraiment de la démocratie, décident d’envoyer un des leurs contre Tandonnet. L’UMP d’en bas contre l’UMP d’en haut. Le maire de Hyères Jacques Politi se présente donc. Cet héritier politique de Léopold Ritondale n’est d’ailleurs pas tout à fait UMP, il représente juste cette droite à gourmette caractéristique du beau littoral varois.

Il faudra le soutien socialiste de la Région pour que Tandonnet l’emporte finalement par 17 voix contre 14. Pour autant, le nouveau président n’en a pas fini avec la fronde : les élus ont décidé de lui pourrir la vie malgré les deux vice-présidents hyérois choisis à fin d’apaisement. Défiance et arrogance à l’ordre du jour des CA qui depuis se sont succédés.

Le monstre de Girankenstein

On peut se poser la question de la motivation des élus à vouloir prendre la présidence du CA puisque rien n’oblige les communes à adhérer au parc. Certains souhaiteraient peut-être se persuader qu’en étant aux affaires, ils pourront infléchir la politique de préservation. Un peu de souplesse avec les pêcheurs, avec les voiliers qui bouchent l’horizon des plages de Porquerolles, l’été. Car il faut savoir que le cœur du parc de Port-Cros ne se limite pas à l’île du même nom : Porquerolles y est inscrit pour 1000 hectares de terres plus un périmètre marin de 500 mètres à compter de la ligne de côte ; et sur le continent, le cap Lardier, à proximité de Cavalaire, en fait aussi partie.

Il y a encore la gestion du double tombolo de Giens, domaine ultra-sensible situé sur le territoire hyérois : « cette formation, quasi unique au monde, n’a de réplique qu’aux Etats-unis, en Italie et au Japon » [2]. On s’en souvient, Maurice Arreckx rêvait de bétonner le tombolo pour que le Var devienne "la Californie de l’Europe". « Ces territoires, propriétés du Conservatoire du Littoral, sont l’objet d’une gestion concertée entre la commune de Hyères les Palmiers et le Parc national de Port-Cros. Le parc a établi pour chacun des espaces concernés un programme d’aménagement, qui précise les actions à conduire pour sauvegarder le patrimoine biologique et paysager, tout en assurant une ouverture raisonnable au public » [2]. On imagine qu’avec un parc présidé par le maire de Hyères, la concertation avec la commune de Hyères serait particulièrement fructueuse en terme de sauvegarde du patrimoine biologique et d’ouverture raisonnable au public.

Dernières considérations, purement politiciennes celles-là. Jean-Pierre Giran a postulé à la succession de Léopold Ritondale en 2008 pour la mairie de Hyères. Il a perdu contre le non-encarté Politi. À la suite des municipales, il a entamé un procès pour diffamation contre le nouveau maire... qu’il a aussi perdu. Ces deux-là ne sont pas d’excellents amis [3]. Quant à Hubert Falco, il n’a sans doute pas pleuré très longtemps la défaite de son collègue de parti Giran : ce dernier aurait menacé sa position dominante, seul élu UMP du Var à pouvoir jouer des coudes avec lui sur la photo de famille. Ajoutons que le maire de Toulon a manifestement vite oublié qu’il avait bossé pour le ministère de l’Écologie en tant que secrétaire d’État à l’aménagement du territoire. Car Hubert est largement impliqué dans la révolte des élus locaux au CA de Port-Cros, puisque le représentant de l’agglomération TPM qu’il préside a voté pour Politi, contre le candidat de Borloo ! Chouette tableau. Et la préservation de l’écosystème, dans tout ça ?

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[1] Il sera réélu pour six ans en septembre 2009.

[2] Présentation sur le site du parc.

[3] Les adversaires semblent aujourd’hui se rabibocher, sur le papier, car ainsi va la politique.

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