RéSUMé de la situation : la circulation automobile n’a pas été interrompue sur l’autoroute dont l’axe s’inscrit très précisément entre la source de l’incident nucléaire et le quartier visé par les radiations, car on ne va pas foutre le bordel en ville pour si peu. Les particules alpha sont donc priées de faire le tour par la corniche du Faron.

Je passe à 14 heures pétantes devant la place Martin Bidouré au Pont du Las. C’est le brouhaha habituel. Puis, en tendant bien l’oreille, au niveau du stade Delaune, une sonnerie imite l’ambulance.
Je pousse un ouf de soulagement : le jour où un réacteur nucléaire explosera, nos vieux pourront continuer leur sieste devant les Feux de l’amour. Les plus jeunes feront comme les copains du Samu : sourire au soleil en savourant un café au Pilier, place d’Espagne.
Au carrefour de Bon Rencontre, la police veille et il faut se garer sur le parking du supermarché pour mater les opérations. Soit.
Le quartier Missiessy est entouré de bandes rouges et blanches, remplacées à 14h20 par des barrières métalliques. À croire que la radioactivité craint le métal. Les voitures de police sont nombreuses et deux véhicules de France 3 complètent l’écurie.
Les jardiniers municipaux, eux, arrosent les fleurs au milieu du carrefour. Comme quoi, un jardiner municipal ne craint ni les arrêtés préfectoraux interdisant l’arrosage diurne, ni les radiations. En fait, un bon jardinier craint dégun.

Les pandores sont plutôt détendus en bras de chemise. Puisque c’est bien connu : le jour de l’explosion, seuls les agents au-delà des barrières métalliques seront équipés de masques et de combinaisons appropriées. Les autres, affectés à la circulation, mourront d’un cancer de la thyroïde en plus du cancer du poumon.

En discutant un peu avec un observateur mandaté par les pouvoirs publics, je constate qu’il n’a pas entendu la sirène de 14h. D’après ses collègues, ce n’était même pas la bonne sirène.
Les élèves du quartier sont évacués à 14h30. On apprendra plus tard que ça fait 70 minots en tout. S’il s’agit de ceux de l’école maternelle, cela veut dire qu’on n’a pas importuné ceux des deux écoles primaires avoisinantes. Ni ceux du collège. Les profs ont de toute façon calfeutré les fenêtres de toutes les classes avec du ruban adhésif. Livré en grosse quantité par la préfecture en même temps que les pastilles d’iode, sans doute. Scotch®, partenaire officiel de l’accident nucléaire 2007.
Les bus sont suivis par trois voitures officielles, elles-mêmes haranguées par quelques personnes apparemment en colère contre l’organisation de l’exercice. Pourquoi ?

Un homme à bicyclette explique qu’aucune information simple n’a été transmise à la population. Cela semble confirmé par une grand-mère qui dit avoir pris connaissance de l’exercice par voie de presse. Elle ne sait pas quoi répondre quand on lui parle de PPI. Les personnes se plaignent également de ne pas avoir de cachets d’iode à disposition plus facilement.
Rappelons aussi que le cahier des charges de l’exercice prévoyait une diffusion des enzymes gloutons radioactifs vingt heures après le début de l’accident nucléaire. La Royale assure que les sous-marins disposent d’assez de sécurités pour contenir la propagation.
C’est toute la différence entre la fuite et l’explosion, entre la broutille et la catastrophe, entre Toulon et Tchernobyl.
Demain, on lira dans le journal qu’à part le petit problème de sirène tout s’est méga bien passé. Tu m’étonnes. Enfin, le plus important, c’était de finir avant l’heure de l’apéro. Mission accomplie.