QUIZZ : où peut-on lire cette conclusion précédée d’un argumentaire imparable tenant lieu de démonstration : « le tramway est bien le meilleur mode de Transport en Commun pour notre agglomération » ? Sur un site de propagande écolo ? Non, sur celui que l’agglomération Toulon Provence Méditerranée a mis en place pour promouvoir son futur TCSP [1].
On sait que le TCSP n’a jamais franchement été le truc de Falco. De ce point de vue, on peut saluer sa constance. À chaque question sur le sujet une réponse immuable : « le deuxième tube d’abord » [2]. Mais le président de l’agglomération a quand même surpris son monde — y compris certains adjoints qui s’en émeuvent en privé — en décidant soudain de surseoir au programme engagé voilà plus d’une décennie. Exit le rail, fin des travaux qui n’ont pas encore commencé. On reprend le projet avec une nouvelle technologie mixte (mi rail, mi pneu). Un nouvel argumentaire imparable tenant lieu de démonstration viendra bientôt remplacer le précédent sur le site de TPM.
Le problème n’est pas tant de savoir si le pneu est préférable au rail ou vice-versa. C’est un peu comme en informatique : à force d’attendre le matériel le plus performant, on ne s’équipe jamais.
Les élus socialistes et Verts s’enflamment sur le sujet, faisant remarquer que « depuis des années une multitude d’études, des réserves foncières, des expropriations, des travaux d’infrastructure lourds (Pont de Saint Jean du Var par exemple) ont été faits à partir du choix du tramway » [3].
L’ex-actuel projet, celui du rail, fut l’objet de deux enquêtes publiques (2000 et 2004) à la suite desquelles « des aménagements techniques, issus de la concertation et des prescriptions du Plan de Déplacements Urbains ont sensiblement modifié le projet initial, notamment au niveau du tracé », comme indiqué sur le site officiel du tramway. On voit mal comment un projet remanié pourra s’affranchir d’un nouveau wagon (ah ah) d’études et d’enquêtes publiques. Car précisons-le, Hubert boude le rail ET le trajet retenu : on apprend dans Var matin [4] qu’il juge « inconcevable » le fait que le tracé de la première ligne ignore la gare SNCF. À croire que cet Hubert-là n’est pas celui qui, présidant le Conseil Communautaire de Toulon Provence Méditerranée, a conduit la délibération « en faveur de la levée des réserves et des recommandations de la Commission d’enquête agissant dans le cadre de la DUP modificative du tramway ». À croire qu’il était absent le jour où le Conseil municipal de Toulon s’est déclaré favorable « à la mise en compatibilité [du] Plan Local d’Urbanisme avec le projet de modification de la DUP » [5]. À croire que le pavage des abords de la place de la Liberté pour une « liaison piétonne renforcée jusqu’à la gare » s’est improvisé à l’insu de son plein gré [6].
L’appel d’offre du matériel roulant aurait dû se faire en 2006. Dommage. Le tramway aurait dû être mis en service avant la fin de la décennie. Laquelle ? Var matin nous apprend que Falco « prend le temps de la réflexion » (21 novembre). Tu as raison, Pomponnette, prends ton temps. Et regarde bien l’archive suivante :

Quand ce document — la première ébauche du trajet de TCSP — fut rendu public, tu étais encore barbu et jouais dans ton bac à sable du Haut-Var. Je te parle d’un temps que les moins de 24 ans ne peuvent pas connaître. L’image est extraite du « Livre blanc du SITCAT », signé par Arreckx et son premier adjoint Trucy en 1982 [7].
Dans les conclusions de cette gentille propagande hors d’âge, cette phrase : « si l’on veut sauver nos centre villes de l’asphyxie et leur conserver une certaine qualité de vie, il est nécessaire de limiter l’utilisation de la voiture particulière pour les déplacements urbains ».
Avec sa décision, Huberman nous rajoute une décennie dans le nourrain. Prends ton temps.
Alors ? Quels sont les motifs de ce perpétuel renoncement ? Financiers (le pneu serait moins cher que le rail, économies évaluées à 30%) ? Tracé inapproprié ? Technologie vieillotte ? Voilà ce qu’en pense l’opposition : « un tramway, nous le savons, ce sont des travaux lourds et impopulaires pendant leurs durées, mais un élu responsable doit affronter ces difficultés momentanées quant il s’agit de l’intérêt public et de l’avenir d’une agglomération forte de 500 mille habitants » [3].
Oui : ses collègues Peyrat et Gaudin ont plus d’envergure que le petit maire de Toulon.
Oui : utiliser la voiture alors que les ouvriers creusent des tranchées dans le bitume pour y couler les rails du futur tramway, c’est l’enfer. L’enfer à Nice, l’enfer à Marseille, l’enfer partout ailleurs.
Hé oui : pendant les travaux, certains électeurs sont très mécontents.
Mais un jour les travaux s’achèvent et le tramway se met à rouler. On se demande alors comment on a pu s’en passer jusque là. Et la population se réapproprie le centre urbain sans qu’il soit besoin d’y déclarer une très artificielle "zone franche" dont les chalands et les riverains se foutent pour la plupart. Ce n’est pas de l’utopie écolo ou gauchisante, bordel ! Il suffit de regarder ce qui se passe dans la vingtaine d’agglomérations où circule déjà un TCSP pour s’en convaincre !
Falco et les risques sanitaires
Où que vous habitiez à Toulon, vous dormirez toujours à moins d’un kilomètre d’un réacteur nucléaire. Rappelons qu’ici, ces engins qui servent à la propulsion des navires de guerre sont installés au coeur même de la ville, ainsi que les équipements de traitement afférents. Ambiance. Par exemple, les marins de la Royale hésitent à placer leur progéniture dans la halte-garderie Castigneau pourtant réservée au personnel de la Défense, sous prétexte qu’elle flirte avec le périmètre dit "d’urgence nucléaire". On raconte que des cachets d’iode sont pourtant prépositionnés dans cette halte-garderie. Tous les riverains qui flirtent avec le cercle d’urgence nucléaire n’ont pas ce "rassurant" privilège.
Falco a hérité du cadeau atomique et n’a jamais pratiqué sur ce dossier qu’une seule politique : celle de l’autruche. Faisons comme si, croisons les doigts. Et pour confirmer sa foi pleine et entière en cet être surnaturel qu’on nomme le Risque Zéro, il inaugure en 2006 un palais omnisports de 5000 places à 150 mètres du premier SNA [8], au coeur même du périmètre d’urgence nucléaire.
Il faut dire que le maire de Toulon aime le sport. Le rugby, le VTT, transpirer et ouvrir grand les poumons : voilà sa came. C’est sans doute pour ce goût de l’air pur qu’en 2006 encore, respectant ses engagements de « ne pas pénaliser les automobilistes » [9] avec « deux ans de travaux lourds sur le boulevard de Strasbourg notamment » [10], il atomise le projet de tramway.
Apprécions le télescopage des informations : Pomponnette a rendu son verdict quelques jours après la publication, par l’organisme Airmaraix, des chiffres relatifs à la qualité de l’air dans le Var pour les mois d’août et septembre derniers. Pollution automobile (dioxyde d’azote) : « on enregistre 17 dépassements de l’objectif de qualité (135 μg/m3/h), 5 sur Chalucet et 12 sur Foch. [...] Le maximum relevé sur la période est de 180 μg/m3 le 11 septembre sur Toulon Foch ». Ces chiffres vous semblent un peu mauvais ? Rassurez-vous. Sur juin et juillet, ils étaient exécrables.
[1] Transport en Commun en Site Propre.
[2] Le deuxième tube du tunnel routier souterrain traversant la ville.
[3] Communiqué de presse du PS, novembre 2006.
[4] 21 novembre 2006.
[5] DUP : Déclaration d’Utilité Publique.
[6] Entre guillemets : extraits du site tramway-tpm.com.
[7] SITCAT : Syndicat Intercommunal des Transports en Commun de l’Agglomération Toulonnaise.
[8] Sous-marin à propulsion atomique. Six sont basés à Toulon avec autant de réacteurs, plus les deux qui servent à la motorisation du porte-avions Charles de Gaulle.
[9] Var matin, 14 décembre 2004.
[10] Var matin, 21 novembre 2006.