À l’approche des présidentielles, nos confrères s’engagent dans le débat d’idées au risque d’indisposer le lecteur. Nous préférons rester au raz des pâquerettes pour vendre notre daube.
FALCO serait las, Hubert hésiterait à repiquer au taf. Endossant la tunique du vieux sage, c’est en tout cas ce qu’il affirme à Var matin le 13 novembre 2006. « J’ai pris un engagement en 2001 [...] Aujourd’hui j’ai terminé, et même largement dépassé cet engagement [...] Alors nous verrons. Je ferai un bilan à la fin de ce mandat. C’est un choix personnel qui sera fait avec beaucoup de sérénité. Je peux m’arrêter. Aujourd’hui, à 59 ans, c’est la tentation des Maures, pas la tentation de Venise ». Notez la référence littéraire. La tentation de Venise est un ouvrage du grand écrivain Alain Juppé. En 1993, le Bordelais y évoquait la possibilité d’une retraite politique anticipée, on sait ce que ça a donné.
« J’irai là où on a le plus besoin de moi » dit Hubert. Une rumeur prétend que Patrick Heintz figurerait sur la liste qu’il compose pour les prochaines municipales, histoire de lui abandonner le fauteuil de maire si Pomponnette choisit de reprendre la direction du Département. N’importe quoi. On va encore dire que Cuverville a fumé la moquette, selon une expression en vogue à TPM, mais nous n’y sommes pour rien : ce sont les socialistes qui colportent la rumeur.
Vivement la quille.
Retraite ou pas, Hubert supporte quand même assez mal la tunique du vieux sage. Témoin la petite guéguerre qu’il livre à Bruno « je suis victime d’un complot » Ravaz, président de l’Université del Sud pour encore quelques mois. En novembre 2006 la fac ne disposait même pas de stand à la fête du livre organisé par le Département [1]. Alors Bruno « non mais de qui se moque-t-on » Ravaz s’est indigné dans la presse. Et le Conseil général a finalement poussé quelques tables pour que l’USTV puisse faire sa réclame.
Bruno « c’est celui qui dit qu’y est » Ravaz restera l’homme par qui la faillite de l’université toulonnaise est arrivée. On ne reviendra pas sur un dossier largement détaillé par ailleurs, précisons simplement que des inspecteurs de l’IGAENR — la "police des polices" de l’Education nationale — ont pondu un rapport particulièrement dur à l’égard des actuels gestionnaires de l’Université du Sud Toulon-Var. Que répond Bruno « le ridicule ne tue pas » Ravaz au journaliste qui l’interroge sur la faillite de l’établissement ? Il répond : « le rapport de l’IGAENR me rassure » [2]. Ah bon. Il est bien le seul.
Pauvre université, coincée entre le cynisme ministériel [3] et l’insupportable légèreté de ses dirigeants. Car voyez-vous, aucune perspective de redressement n’existe. Aucune. Bruno « même pas mal » Ravaz et son équipe n’ont jamais élaboré le moindre plan de sauvetage. Gestion au coup par coup, le dernier qui gueule a raison ; économies de bouts de ficelle ajustées au fur et à mesure des conseils d’administration. Bruno « après moi le déluge » Ravaz achève son unique mandat dans quelques mois, on ne va pas l’emmerder avec ces bêtises paperassières. Il s’imagine un destin politique local mais quand il aura perdu le seul jeton qui lui garantissait l’entrée des salons VIP, on n’en entendra plus parler. Bon vent.
Votez pour moi. Tenez : je vous laisse ma carte de visite, le nom est inscrit dessus.
Derrière Ravaz se profile l’imposante silhouette de Laroussi Oueslati. L’actuel vice-président de l’USTV est plein d’ambitions lui aussi. Il ne va pas tarder à incarner la "rupture" pour se démarquer de celui qu’il seconde depuis cinq ans. Parce qu’évidemment, il briguera la place du calife au printemps prochain. En attendant de devenir le nouveau président de l’Université del Sud, sa position au sein de la fac et sa carte du PRG [4] lui valent déjà d’émarger au conseil municipal de Toulon et au conseil régional PACA. Comme cela ne suffisait pas, il vient d’être investi par son parti pour les prochaines législatives sur la Seyne. C’est à notre connaissance la seconde fois que Oueslati se présente en son nom propre. La fois précédente, c’était pour les cantonales de 2001 et son concurrent de droite Philippe Goetz l’avait laminé. Il fallait trouver un responsable, alors Oueslati insulta Cuverville au motif que nous nous étions bien moqués de lui pendant la campagne (en fait, nous nous étions contentés de dresser le bilan de son mandat de conseiller municipal, et les partisans de Goetz avaient reproduit le texte pour en inonder les boites aux lettres du canton — mauvais esprit !). En 2007 donc, Oueslati briguera la députation sur la Seyne avec la bénédiction des ténors du PS qui voient là une occasion de se débarrasser du problème Martinenq.
Votez Borat !
Terminons par un avis de naissance. Il n’y aucune raison de se moquer toujours du même trio. C’est vrai, après tout, taper sur les plus petits fait toujours très plaisir. Ça repose, en quelque sorte. Saluons donc la création d’un gaz d’un parti politique nommé PRT. Déjà, fallait oser se choisir des initiales pareilles. Parti du Rassemblement Toulonnais. Rassemblement ? Autour de la CFTC [5], alors, car au moins deux des six membres fondateurs cotisent à cette enseigne. Un troisième se présenta jadis aux législatives sous une étiquette obscure mais personne (sauf Cuverville) ne s’en souvient. Le PRT annonce la couleur : « ni de droite, ni de gauche », c’est-à-dire de droite.
Cette tentation récurrente, non pas de Venise ou des Maures mais du "ni-ni", comme si "droite" et "gauche" étaient devenus des mots dénués de signification, commence à bien faire. Réaction et individualisme d’un côté, progressisme et humanisme de l’autre, ce n’est quand même pas exactement pareil. Mais nous savons, chers lecteurs, que vous ne mangez pas de ce pain là. Alors si d’aventure un écervelé vous gratifie d’une tape amicale dans le dos en vous lançant un « mais enfin sois lucide, croissance et valeur-travail : ce que propose le PS n’est finalement pas si éloigné de... », une seule réponse s’impose : uchi-mata, placage au sol, torsion du bras. Faites répéter à votre interlocuteur pendant que vous intensifiez la torsion : « je promets de ne plus jamais confondre Ségolène et la gauche ! »
Enfin bref, revenons au PRT. Le PRT ne néglige pas les nouvelles technologies et vous attend sur son site Internet. Allez-y, ça vaut le détour. Une vraie "page perso", comme on disait avant la généralisation des blogs. Un look soigné, nuque longue pour les uns et moustache pour les autres, portraits retravaillés grâce à Photoshop pour les nuls et hop, voilà la rade en fond d’image. « C’est ça ? » nous lancera-t-on, « vous jugez à la gueule ? Vous êtes pires que ceux que vous critiquez à longueur de site ! Mais avez vous au moins lu une seule page de leur programme ? » Ça va pas non ? On a autre chose à foutre ! On est des winners, nous !
[1] Cuverville non plus, mais nous n’avions rien demandé.
[2] Var matin, dimanche 12 novembre 2006.
[3] Cynisme, car le gouvernement n’a jamais renoncé à la privatisation des facs. La méthode est d’une simplicité biblique : plutôt que d’en parler ouvertement et attirer les foudres de la communauté universitaire, on signe des contrats quadriennaux et des autorisations d’ouverture de nouveaux diplômes en veux-tu en voilà, on promet des financements qu’on ne versera jamais. Et les établissements, confiants et naïfs, engagent des dépenses, se mettent sur la paille... Le fruit est mûr. Les investisseurs privés n’auront bientôt qu’à se pencher pour ramasser.
[4] Parti Radical de Gauche. Il paraît que ça existe.
[5] Confédération Française des Travailleurs Chrétiens. Il paraît que ça existe aussi.