APRèS la présentation classique du rapport d’activité et du rapport financier, il est question du renouvellement des élus du CIL. Parmi les candidats, quatre sortants et trois nouvelles candidatures. Juste avant le vote, Docteur Vitel intervient : « sept candidats pour sept sièges (rires), un coup de chance ! » La démocratie locale est un exercice difficile.
L’objectif principal de la réunion est d’élaborer une liste de dix questions précises, qui seront posées aux élus toulonnais lors d’une réunion publique.
Le président du CIL prend donc la parole pour relancer le débat sur l’élaboration de cette liste. Mais il est rapidement interrompu par Docteur Vitel (ils se tutoient), arrivé en retard et ne pouvant rester très longtemps ; il doit se rendre à des élections internes à son parti politique. D’où un long monologue où l’on apprend que :
Docteur Vitel est un urbaniste émérite.
« Toulon est une association de quartiers, des petits villages, c’est un challenge, parmi les vingt plus grandes villes françaises, c’est unique une telle structure ».
Docteur Vitel est très clair.
« Chaque quartier est un village en lui même, il y a beaucoup d’atouts. On perçoit mieux les besoins de la population, ça permet de gagner du temps. Il faut réorienter la politique locale au sein de l’agglomération, garder la spécificité de chaque quartier en l’harmonisant. Chacun a une vie sociale identique aux autres toulonnais au sein de la commune ou de l’agglomération ».
Parfois, Docteur Vitel a un déclic.
« L’association les amis de l’école publique des trois quartiers [3] est une initiative qui va dans ce sens. C’est vrai ici, c’est vrai pour d’autres endroits. Au Conseil Général je m’occupe de l’économie. J’étais au salon du patrimoine à Paris et ça a été un déclic : on utilise le patrimoine local pour promouvoir le local ».
« La vallée du Las par exemple, on voulait y mettre une autoroute à quatre voies. On a là un joyau. Il y a nécessité de reprendre l’histoire, de créer des sentiers de randonnée, des pistes cyclables [4] de créer un musée. On verra comment on peut nous aider, hein Louis ? » et Louis (Bernardi) de répondre : « Absolument ».
« La cité ouvrière de Montety, on parlait d’en faire une gare TGV. Il faut conserver cette zone, y développer les arts (musique, peinture, sculpture) afin de créer un pôle culturel autour de l’Oméga Zénith. Et réaliser, comme on veut le faire, ce pont entre le théâtre et le zénith. Qu’on retrouve cette humanité qu’on a perdue ».
« Ce qu’il y a de nouveau dans nos quartiers c’est le stationnement ventouse, certains se garent dans nos quartiers pour se rendre en ville. Il y a là le problème des transports en commun, 16% de fréquentation pour des bus qui roulent en moyenne à 5 km/h ».
Voilà donc pourquoi les Toulonnais se sont subitement mis à pédaler. A vélo on fait vite du 10 km/h et encore, pour les moins véloces !
Maître Bernardi est indispensable.
« Hier soir Monsieur Falco a évoqué l’acquisition des terrains d’EDF qui serait actée, et le projet d’en faire des parkings. Les propos écrits de maître Bernardi sont allés dans le bon sens. Comme d’habitude, Bernardi a été écouté ». Et Bernardi de répondre : « Merci ».
Docteur Vitel diminue l’accroissement...
« Au niveau national, nous nous sommes occupés de la sécurité. Nous avons commencé à diminuer l’accroissement de la délinquance. C’est à adapter à la politique locale ».
...Mais veut aussi accroître la diminution.
« Les impôts, d’accord pour financer le positif mais pas pour financer le négatif qu’on génère : maintenant nous construisons des bacs à sable pour les chiens, avant les bacs à sable étaient pour les enfants ».
C’est sur ces propos techniques que se termine l’intervention du docteur Vitel que certains osent presque applaudir.
Suivent ensuite quelques questions. Une personne présente dans l’assemblée précise que le POS [5] est encore en révision et qu’il doit laisser sa place au PLU [6]. Il s’inquiète qu’entre temps des constructions d’immeubles ne soient accordées.
Maître Bernardi intervient en faisant valoir que le POS actuel est criticable et que dans ce cas, la ville a la possibilité de refuser le permis de construire car il porterait atteinte au futur PLU. Au cas où le permis est accepté on peut toujours plaider un recours au tribunal administratif de Nice. « Soit vous le faites vous mêmes, soit vous faites appel à un avocat. Pas moi, je ne pourrais pas plaider contre la ville de Toulon ».
Un autre intervenant signale que ces derniers temps, les policiers municipaux avaient verbalisé des voitures en stationnement génant et qu’il fallait que ça cesse. « Où pouvons nous nous garer ? » Bernardi, très toulonnais : « C’est criard de verbaliser des habitants qui se garent comme ils peuvent car ils ont des choses à faire dans le quartier ».
C’est vrai qu’à la Loubière, Maître Bernardi est presque systématiquement garé en stationnement interdit. Idem quand il s’agit d’aller faire ses courses rue Lamalgue (voir l’article Un élu toulonnais pris en flagrant délit d’incivilité).
Après avoir récapitulé les questions de la liste, le président du CIL passe la parole au Lieutenant de police chargé du secteur. On apprend qu’un commissariat de proximité a été installé aux tours Sainte Catherine, faute d’avoir pu trouver des locaux plus appropriés. Il précise que dans son secteur, les faits de délinquance ont chuté de 30% et leur élucidation augmenté de 40%. Mais une intervention du public informe d’un vol à l’arraché récemment commis place du cimetière central. Le lieutenant de police est déjà au courant, il compte prévenir la BAC [7]. Maître Bernardi, bien informé de la chose policière : « Je tiens à féliciter ces policiers d’élite qui ne sont pas à l’abri d’un excès de zèle. Dans ce cas [les bavures ?] les policiers n’ont aucun droit, les autres oui ».
Une personne dans l’assemblée apporte un témoignage personnel : elle était présente devant le Mc Donald’s du boulevard de Strasbourg lorsqu’un jeune a lancé un oeuf sur la vitrine, « la BAC n’y est pas allée de main morte, je trouve que la sanction infligée est sévère ! »
Et maître Bernardi de répondre, sur un ton péremptoire : « Et bien il a eu ce qu’il méritait ! »
Il est midi passé, la séance est sur le point d’être levée. Le lieutenant de police fait part de sa décision de contrôler régulièrement la vitesse des automobilistes en ville, en utilisant les nouveaux moyens à sa disposition : « on règle les appareils 20 km/h au dessus de la vitesse autorisée (rires) ».
Cette assemblée générale se termine. Plus qu’un lieu démocratique, c’est surtout un endroit où chacun, suivant ses préoccupations, peut venir faire son propre lobbying local. Désertés, les CIL n’en restent pas moins des lieux réputés influents quand il s’agit de faire pression sur la municipalité. Et quand vous avez l’occasion de rencontrer, en chair et en os, de tels orateurs avec de si bonnes idées, autant ne pas rater l’occasion de rester au lit pour une grasse matinée.
[1] Conseiller général du Var.
[2] Député et Vice président du conseil général du Var, Président de la Commission Economie - Emploi.
[3] En début de séance, une étudiante en première année de BTS tourisme a présenté son projet d’étude : obtenir le classement du bâtiment de l’école primaire des trois quartiers, une belle construction qui date de Jules Ferry. C’est dans cette perspective que l’association les amis de l’école publique des trois quartiers a été créée.
[4] Non, s’il vous plaît, pas de pistes cyclables ! : Dans Toulon à vélo on dépasse les moccos
[5] Plan d’Occupation des Sols, du ressort de la municipalité de Toulon.
[6] Plan Local d’Urbanisme, du ressort de TPM.
[7] Brigade Anti-Criminalité.