DIMANCHE 9 mars 2003 à l’heure de la messe, quartier du Mourillon.
Depuis son poste d’observation, notre photographe s’interroge : à quel handicapé peut bien appartenir cette Subaru WRC garée sur un emplacement réservé ?

Un homme descend d’un pas alerte la rue Castel, un sac d’emplettes à la main. Malgré la mauvaise qualité de l’image (c’est la loi du paparazzitage), cette tignasse blanche semble familière... Mais oui, bien sûr ! C’est le conseiller général... L’avocat... Louis Bernardi !

Mais... Mais...

Nous tenons l’immatriculation de la voiture, dont le pare-brise n’atteste aucune invalidité de son propriétaire, à la disposition des forces de l’ordre. En paraphrasant le même Louis Bernardi quand il défendait deux gendarmes victimes d’incivilités (voir "Racailles !"), exclamons-nous en le pointant du doigt : "Connaissant la profession de notre homme -avocat-, et sa charge politique -président de la commission contentieux et affaires juridiques au Conseil Général du Var-, on reste interloqué de la manière dont il se comporte !"
Qu’en pensera Philippe Vitel, député membre d’un groupe d’études visant à moderniser le code de la route [1] ? Vitel approuve l’idée d’une limitation de vitesse à 150km/h sur autoroute, dans la mesure où personne ne respecte celle de 130 ; selon une logique similaire, il pourrait soutenir son acolyte : tout le monde se gare sur les emplacements réservés aux handicapés, réservons ces emplacements à tout le monde !
Louis Bernardi, alias "le maire de la Loubière", tant sa popularité en ce quartier est (fut ?) grande, alias "Loulou l’accidento", surnom donné par ses collègues du palais de justice [2], Louis Bernardi, donc, est pourtant un serviteur zélé du civisme et de la morale. Ce n’est pas pour rien qu’il se mit à soutenir ostensiblement un autre parangon de vertu, Jean-Charles Marchiani, à l’époque où la droite classique peinait à sortir de l’ornière. Le FN trônait alors à la mairie de Toulon. Il s’en accommodait fort bien, c’est ce qu’on appelle l’adaptabilité. Pour durer en politique, il faut savoir dépasser certains clivages. Ses compagnons du RPR l’avaient mauvaise, peu importe. Le temps de la réconciliation venu, l’UMP l’accueillit en son sein.
Louis Bernardi a débuté sa carrière aux côtés de Maurice "parrain du Var" Arreckx. Elu au Conseil général depuis 1973, il fait partie des meubles. Une armoire provençale très rustique, un héritage dont on a un peu honte, bientôt remisé au profit d’un mobilier plus design.
Il pratique l’exercice politique à l’ancienne, sur les marchés, le long des coursives d’immeuble, dans les comités d’intérêt local, mais appréhende la position assise : déformation professionnelle du tribun, sans doute. Les commissions, les conseils... Quel ennui ! Heureusement, quelqu’un a inventé les fonctionnaires. A chacun sa mission : certains planchent sur les dossiers, d’autres payent l’apéro à la Civette de la Loubière.
On se souvient de Bernardi sondant les poubelles des isoloirs pour mesurer les tendances, lors d’élections dans son canton. Une initiative parfaitement illégale, bien sûr. Jeté du bureau comme un malpropre, il s’en était allé en sifflotant. Pour durer en politique, il faut savoir ignorer les contempteurs.
L’avocat affectionne les voitures de rallye et le panache des hommes d’action. Defendre les voyous à flingue et les flics participe de la même tradition culturelle. Sans doute aime-t-il les films d’Alain Delon. Plus mince sera sa motivation à plaider pour un gamin qui, après avoir jeté un oeuf sur la vitrine d’un McDo au cours d’une manif, s’est rebellé contre les agents de la Brigade Anti Criminalité qui le menottaient (voir un compte-rendu de l’évènement et Vitel et Bernardi à l’assemblée générale du CIL des trois quartiers).
Bernardi est réactionnaire, mais avec l’accent provençal, ça passe très bien.
Il n’assumera sans doute pas de nouveau mandat. On l’oubliera. Il continuera à faire ses courses dominicales chez les commerçants de la rue Lamalgue. De jeunes flics ignorants de l’Histoire lui foutront des contredanses, personne ne les fera sauter. Tant de tramways construits, et si peu de places de parking !