ALORS que le procès pour corruption, abus de biens sociaux et prêt illégal de main d’oeuvre avec 74 mises en examen est prévu pour cet été, le nouveau ministère de la défense de MAM met à jour un rapport, tenu jusque-là confidentiel, du Contrôle Général des Armées sur l’affaire "La Salle" ( Voir Article du Canard, 29/01/2003 ).
La Direction des Constructions Navales, après s’être vu attribuer en 1999 le marché d’entretien de cette frégate anti sous-marine américaine, fut le maître d’oeuvre du carénage du La Salle. La mission des employés de DCN Toulon consistant prioritairement à entretenir les bâtiments de la marine nationale française, les réparations, désastreuses, de ce navire amiral de la 6ème flotte US, ont été quasi totalement sous-traitées. Entreprises sous-traitantes que les acheteurs de DCN auraient choisies avec pour seul critère le devis " le moins disant ".
A l’heure où DCN voit son statut d’entreprise d’état transformer en société nationale, une fois de plus, la contrainte de rentabilité intervient dans la gestion d’un service public. La mission devient donc logiquement presque impossible et l’affaire tombe plutôt mal, ou trop bien... Mise en concurrence avec de grands groupes privés quoique toujours assujettie au code des marchés publics, DCN se voit contrainte assez brutalement à la compétitivité. Avec les lourdeurs et les limites d’une administration en cours de restructuration.
Sur place, cette nouvelle affaire est particulièrement mal perçue par les fonctionnaires, ouvriers d’état ou contractuels tous civils travaillant pour la Défense et rescapés du vif dégraissage des dernières années. La colère monte. " Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage " s’indigne la rumeur dans les ateliers et bureaux.
Alors que le statut privé guette toute la partie industrielle de DCN, l’on ne peut s’empêcher de s’interroger sur les répercussions de cette nouvelle incurie sur l’emploi local.
La puissance des grands groupes militaro-industriels outre-atlantique tenterait-elle la vieille Europe ? Notre obsolète arsenal d’état, débarrassé de sa corruption mais à but non lucratif, que la loi française empêche encore de financer les partis politiques, ferait alors effectivement figure de dinosaure.
Lamitrange