LES Raëliens attaquent !
D’honorables correspondants de Cuverville témoignent. Samedi soir, 2 novembre, heure ciné des braves. Travailleurs toulonnais et adolescents en liberté de devoir surveillé se retrouvent devant un bon pathé américain, place de la liberté. Au programme, science-fiction. Signs, un film de Shyamalan, l’un des petits derniers d’Hollywood, spécialiste de l’effet spécial, vraiment très spécial-ement cher. Après Le Sixième Sens et Incassable, le voilà donc revenu avec Signs, preuve ultime que le monde d’Hollywood essaie désespérément d’entrer en contact avec nous.
Or, les Signs hollywoodiens au goût de Shyamallow n’ont pas échappé à…la secte des Raëliens. Sortie de séance : en poste devant le cinéma, au cas où certains toulonnais n’y seraient pas simplement allés pour se détendre, des raëliens confiants s’appliquent à distribuer des prospectus. En marketing, on appelle ça renforcer l’impact.
La technique est ciblée. Le message copieux : 5 pages illustrées et argumentées. Il s’agit de nous préparer "au contact officiel entre les Hommes de la Terre et une civilisation extraterrestre". On y apprend, et ne serait-ce pas là le véritable Signs de l’entrée en 21ème secte, l’événement du 19 août 2001. Les Elohims, des hommes Pas de la Terre, ont enfin répondu aux messages humains traînant dans le Cosmos depuis 1974 !
Leur Signs : les "crop circles, une écriture binaire, fractale et biochimique". La confusion babélienne des langues enfin surmontée ? Bush et Ben Laden, linguistes et scientifiques, demain réconciliés autour de pictogrammes universels au code électronicomathématicogénétique (...encore quelques dizaines d’années pour que Bush l’assimile et nous serions sauvés !) Mieux encore, nos sociétés individualistes s’y découvrent des réseaux fraternels ignorés puisque "quatre planètes sont habitées dans le système solaire" !
Trop drôle pour être honnête ! La secte est bien identifiable : rhétorique soignée, pseudoscientisme, photos, chiffres et témoignages à l’appui. Les réseaux élohimiens semblent à ce jour plus technico-commerciaux qu’amicaux. On constate que le siège national français existe bel et bien à Paris. Un numéro de portable est fourni si "Contact" souhaité, ainsi que des relais suisses et belges. Le bon de commande des deux ouvrages du gourou s’étale en dernière page, avec promotion pour le dernier : "Oui au clonage humain", soit un rapport quantité/prix intéressant de "173 pages pour 18 euros" précise le tract. Vient enfin le site Internet qui a trouvé deux hébergeurs chez subversions.com et clonaid.com... Pour ce qui est de la ramification locale, diffusion et acheminement sont assurés par DIFRA Europe, BP Aix, et un imprimeur, nommé lui aussi, à Montpellier. Le groupuscule toulonnais, dealer en fin de chaîne, semble également opérationnel.
La machine est donc huilée, la structure efficace. Endoctrinement sectaire et réseaux financiers réels.
Ce mouvement, né en 1973, a été depuis une quinzaine d’années bouté hors de France pour cause de législation trop stricte. Le gourou s’est alors expatrié vers un horizon francophone plus libéral : cette délicieuse province du Québec où le libéralisme US se marie si harmonieusement avec la tradition et le kitsch franchouillard (en échange, nous nous sommes vus importer de délicieuses comédies musicales dont nos oreilles se délectent encore...). De fait, la secte y a prospéré en nombre et avoirs.
Une enquête récente confirmait ses financements vers des laboratoires américains travaillant sur le clonage humain et l’année dernière, le congrès américain, lors d’une séance sur les risques du clonage, a convoqué plusieurs autorités, dont Raël, pour en débattre. C’est ainsi que l’on a pu voir, entre deux chercheurs, en pleine gloire et enfin reconnu, le gourou en tunique blanche, au poitrail médaillé de l’insigne élohimien, monter les marches du congrès américain pour une longue apologie du clonage humain. Collusion du politique et des sectes ou les vertus du lobbying au pays de l’oncle Sam !
Mondialisation oblige, 55000 membres plus tard, les Raëliens sont de retour. Il semblerait que les "Sphères" de la secte soient ramifiées à Paris et dans notre région. Après le Temple solaire de Haute-Provence, version rurale, Raël, une tendance secte branchée de la côte ?
"Nous vivons à une époque extraordinaire, un moment privilégié de l’humanité" nous livre le gourou Raël. Cela n’aura effectivement échappé à personne. L’époque où escroqueries et délires mégalos sont formidablement relayés par le cynisme du marketing néolibéral pour mieux surfer avec génie sur la vague de peur du moment.