ON pourrait à la rigueur, comme Gérard Miller, reconnaître, un peu à contrecœur, que la publicité est malgré tout « le secteur[ ?] le plus créatif ». Ben non, même pas. On n’y arrive pas, c’est terrible, hein ? On n’arrive pas à croire à l’image libérée de ces mecs complètement soumis aux entreprises. Au ton distancié de leurs messages alors qu’ils sont complètement obsédés par la mesure de l’impact de leurs slogans sur les consommateurs.
On a été content de rencontrer Karole Delaporte, une mécréante aussi, qui n’hésite pas à contester les textes sacrés de la (dé)culture pub.
Karole redoute surtout les publicitaires lorsqu’ils s’occupent de mettre la femme en image : « Dernièrement, Rochas nous a proposé en 4 x 3 le modèle " prostituée de luxe" comme idéal d’érotisme inventif et de sexualité épanouissante ». [Est-ce que Sarkozy s’occupe de ce racoleur Monsieur Rochas ?]
Autre exemple : la campagne d’affichage du Bowling de Bandol. La boite de pub locale, pour vendre le jeu de quille, a décidé d’insister sur la proximité de la mer et sur l’excitation du jeu. Cela donne en concentré le slogan « une vague d’émotion ». Si la vague apparaît explicitement sur l’affiche, « l’émotion » est censée naître d’une femme, de dos, au premier plan, dont on ne voit pas la tète ni les pieds. Elle est vêtue sobrement d’un bikini, bien rentrant dans les fesses, et tient une grosse boule sous le bras. Pour Karole : « L’érotisme (ou ce qui se veut en être) emprunte dans ce cas-là le plus court chemin, celui d’un désir primaire, brutal. Il n’est pas tourné vers un être mais uniquement vers un corps qui ne s’appartient plus » .
Le Bowling de Bandol reproduit d’année en année la même campagne d’affichage sans aucunement être inquiété. Sous la pression d’associations, le bureau de vérification de la publicité a bien révisé sa charte en ce qui concerne la dignité de la personne humaine, mais il n’a toujours qu’un rôle consultatif et les publicitaires peuvent donc donner libre cours à leur manque d’imagination. Alors que les soi-disant « créatifs » débitent ainsi la chair fraîche pour vendre n’importe quelle camelote, les tartufes de la pub invoquent parfois la beauté de la femme pour justifier la marchandisation des corps. Réaction de Karole : « "La femme est belle" ? Mais qui est cette femme modèle qui n’a d’autre existence que celle phantasmée. Au nom de cette beauté, qui n’est qu’une projection du désir, tout est permis. Car il est inclus dans le "compliment" qu’elle doit en être honorée et que c’est sa seule raison d’être (là). ».

Responsable de « vile-image », organisation activiste antipubs sexistes, Karole propose de réinvestir l’espace public(itaire) : « En intervenant directement sur les publicités, nous nous réapproprions la rue, envahie de clichés, qui se prétendent le reflet de nos désirs. Pire cette imagerie se présente comme la réalité et veut se substituer à la vie des citadins qui arpentent ces trottoirs. Nous décortiquons les visuels et les textes qui les accompagnent afin de dévitaliser les ressorts qu’ils utilisent. Nous produisons sur des autocollants, des contre-slogans comme droits de réponse que nous apposons sur les supports aux endroits où les publicitaires ont prévu d’orienter le regard du passant (le notre). Ces opérations sont jubilatoires par la transgression qu’elles permettent de l’ordre établi que relaye la publicité sous des apparences libertaires (et en réalité liberticides). L’illusion de tous les bonheurs qu’elle promet (plaisir, liberté, richesse …) endort tous les élans de révolte (comme la télévision) ». NRV



Nous inviterons régulièrement Karole sur notre site.
Sites :
vile-image : Une multitude d’actions toniques, d’idées stimulantes et de liens utiles.
la meute : Réunions au Café-lecture tous les 2èmes mardis du mois
résistance à l’agression publicitaire
bvp