A la suite de sa nomination au sous-ministère des vieux, une médaille de bronze attribuée pour services rendus à l’UMP, Hubert Falco crut bon devoir inonder les boîtes à lettres toulonnaises d’une lamentation visant à justifier son profond désarroi. Il allait en effet devoir "mettre en conformité ses mandats exécutifs avec les exigences de l’action gouvernementale", et ça lui fendait le coeur. Selon ses propres termes, peuchère, accepter le poste de secrétaire d’état lui imposait "de très lourds sacrifices". Secrétaire d’état, mais aussi maire, président d’agglomération, sénateur, président de conseil général, la République exigeait qu’il abandonne un mandat. Pourquoi ne pas le tirer au sort, pouf pouf ?
Accepter ce poste au ministère ne procédait pas, "comme certains peuvent le penser, d’un quelconque choix d’amour propre ou d’une ambition carriériste." "Seuls les intérêts et l’avenir de Toulon et du Var" habitaient notre élu.
Quel dilemme, quelle souffrance dans le choix ! Puis, quel travail !
Cela dit, quelques menues compensations permettent de mieux supporter le fardeau.
Parce que, devenir secrétaire d’état, cela permet :
d’être publié dans Libération. Le 16 août 2002, le quotidien de Serge July éditait une tribune de Falco intitulée "Aller plus loin que les effets d’annonce". Un papier de 3000 caractères et deux colonnes pour rendre publiques des analyses du genre : "la situation nous impose de mettre en place les mesures réalistes, de trouver les financements", ou "l’équipe gouvernementale est préoccupée car la tâche est gigantesque". A la décharge de July, il faut préciser que les journalistes prennent tous leurs vacances en août, et que dans ces conditions, on prend les papiers qui se présentent. Faut bien remplir le journal. The show must go on.
de trimballer une cour à ses basques. Choses vues à l’occasion du festival du Phare, par exemple, fin août sur les plages du Mourillon : Hubert avance avec ses mouches. Vous avez là le photographe officiel, la compagne du photographe officiel, par ailleurs artiste officielle, l’attachée de presse, les caméras de France3 Côte d’Azur, quelques adjoints, et deux gorilles en complet-veston et oreillette. La troupe investit la tente réservée aux associations, à l’exception du service d’ordre qui monte la garde devant l’entrée. Falco serre trois pognes, la caméra tourne, il raconte combien il est content que ce festival ait lieu. On ne le voit plus derrière son fan-club agglutiné. Puis la caméra s’arrête, Hubert reprend la route. Le bourdonnement des VIP s’éloigne, Le calme est revenu sous la tente. Durée de la visite : trois minutes douze.
de se promener dans les calanques avec le président de la République, d’être pris en photo aux côtés de Michèle Alliot-Marie, de travailler sous la férule de François Fillon. Oui, je sais, ça fait rêver.
de visiter les maisons de retraite, et de goûter la purée.
d’aménager une résidence secondaire à Paris.
et donc, de s’abonner au PSG.
de voyager en classe affaire trois fois par semaine.
d’employer du petit personnel.
d’oeuvrer pour le redressement de la France après tant d’avanies socialo-communistes.
d’être un exemple pour la jeunesse.
C’est une corde raide sur laquelle seuls les plus adroits savent se maintenir, oscillant entre petites satisfactions et abnégation, devoir local et destin national. Notre homme d’état saura-t’il garder l’équilibre ? Il ne se connait qu’une ambition. "Cette ambition s’appelle Toulon". Et il entend "bien convaincre ses collègues ministres de faire les efforts nécessaires pour aider puissamment Toulon." Les toulonnais attendent avec impatience les coups de butoir de ces puissants ministres, mais espérent que les vieux gréements n’en pâtiront pas trop.