Les clubs de la Presse ont pour but de "regrouper journalistes et professionnels de la communication en dehors de toute appartenance politique, philosophique et religieuse dans un esprit de convivialité et de solidarité." Dans le genre, le Club de la Presse Var Provence d’Azur revendique "24 ans d’actions pour la défense des intérêts moraux de la profession".
Certes, mais de quelle profession s’agit-il ?
LE Club de la Presse Var Provence d’Azur, sous le haut parrainage du Ministère de la Culture et de la Communication, organise le cinquième Open de la Presse du 21 au 23 mai 2004 à Saint-Tropez. Thème des rencontres : "Orient-Occident : le choc des civilisations".
Le Press-Club de France s’associe à cette "manifestation d’envergure nationale", comme l’annonce Var matin. Un évènement essentiellement destiné aux titulaires d’une carte de presse, et sponsorisé entre autres par le très chic Polo club de Saint-Tropez, les haras de Gassin, la chocolaterie de luxe Puyricard ou les pastis Ricard (pour la touche ethnique). Mais aussi la Région, le Département, la Chambre de Commerce du Var, etc.
Présentation : "LA VERITE SANS VOILE - La dramatique actualité que nous subissons le prouve de manière tragique. L’Occident est pris au piège du terrorisme islamique. Depuis le 11 septembre, l’histoire s’est emballée, emportée dans la spirale du spectre de l’internationale terroriste... Oublié le rideau de fer qui s’est effondré. Le monde désormais est divisé en deux parties, deux idéologies. D’un côté l’occident, son orgueil, ses richesses. De l’autre, l’orient et ses croyances d’un autre âge pour les fontamentalistes".
Afin de développer ce point de vue digne d’un candidat au baccalauréat ayant préparé son épreuve d’Histoire-géo en regardant le vingt heures de PPDA la veille (et avec le culot des cancres, les communicants de l’Open présentent leur vérité sans voile comme une évidence), le rendez-vous est ponctué de plusieurs temps forts essentiellement concentrés sur la journée de vendredi.
"Le tourisme sur la Côte d’azur est-il otage du terrorisme ?", forum ouvert au public. Les organisateurs avaient pensé à un autre sujet brûlant : "le festival de Cannes est-il otage des intermittents ?", mais il ne correspondait pas tout à fait au thème des rencontres.
"Journalistes, qu’êtes-vous devenus ?", second forum ouvert au public. Une question très intéressante puisque sur trois jours consacrés à l’entente cordiale entre Presse et Communication, ces deux heures trente de débat correspondent au seul créneau réellement dédié au métier de journaliste.
A l’heure des repas, tous les professionnels venus enrichir leur professionnalisme à Saint-Tropez (sans avoir oublié de consulter les prévisions météo au moment de faire les valises pour décider si oui ou non ils embarquaient les tongs) sont invités à débattre entre deux coupes de champagne de la maison Jacquart - autre sponsor de la manifestation : "la Méditerranée, trait d’union entre Orient et Occident" et "quelle est la place de l’Islam dans la République ?" [1].
Après le labeur vient enfin le temps de la distraction :

Notons le concours de pétanque sur la place des Lices - l’endroit même où s’affrontent Henri Salvador et Johnny Hallyday quand ils viennent en villégiature chez Eddie Barclay -, sans lequel le dépaysement ne pourrait être total.
Ce raout est proposé au tarif préférentiel de 115 euros les trois jours (hors transport, hors hébergement, et hors carré VIP au gala de la Presse). Une aubaine pour les pigistes et autres précaires du journalisme, qui profiteront certainement de l’occasion pour essayer d’approcher l’élite de la profession.
Sur le document ci-dessous, quelques indices pour comprendre la distinction entre journaliste et communicant.

La sixième édition de l’Open de la Presse n’est pas encore à l’ordre du jour, mais rien n’empêche de proposer quelques idées de débat pour l’année prochaine : "Journalisme et danger : peut-on vraiment jouer à la pétanque en tongs ?" "Mode éditoriale printemps-été 2005 : les nouveaux marronniers". "Journalistes et communicants : pourquoi ne pas uniformiser les tarifs ?"
A lire aussi, la suite des aventures de l’Open : Le prix spécial de déontologie n’a pas été attribué.
[1] Pour la liste des intervenants, consultez directement le site de l’Open de la Presse.