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Falco : « Raffarin devra se soumettre ou se démettre »

jeudi 6 mai 2004
par Saint-Just
Le conseil municipal de Toulon du 23 avril 2004 est le premier depuis les Régionales de mars. Le premier que le maire Hubert Falco préside depuis sa promotion au poste de Ministre délégué aux personnes âgées. Les changements sont si frais que le dépliant de présentation de l’équipe municipale a été corrigé à la main, par une étiquette mentionnant la nouvelle fonction ministérielle de l’édile collée sur le vieux titre subalterne de Secrétaire d’Etat.
Ordre du jour : pas très palpitant.

LE gros dossier concerne l’urbanisme en centre-ville. Il s’agit de discuter du logement des étudiants corrélatif à l’établissement des départements Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Toulon. On apprend que l’ancienne Bourse du travail ne contiendra pas la bibliothèque universitaire (BU), mais une cité internationale. La BU sera implantée dans le bâtiment EDF du Champ de Mars.
Cependant le projet reste flou à nos initiés, et de l’aveu de notre maire préféré, « ce projet universitaire n’est ficelé que pour obtenir les subventions » ; le plan définitif ne sera connu que plus tard. Soit. Plus surprenant, Hubert concède qu’il n’a pas de projet universitaire mais que c’est l’université qui le mène. Ce n’est pas ce qu’on avait cru comprendre, il y a toutefois une certaine cohérence à laisser Ravaz et consorts piloter un sujet qu’ils connaissent a priori mieux que les hommes du maire.

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Toulon, une cité bientôt turgescente

Jean-Louis Marfaing, élu vert, fait tout de même remarquer qu’en ce qui concerne l’habitat étudiant (domaine qui incombe strictement à la mairie cette fois-ci), seule « une cinquantaine de logements est prévue ». Falco nie et envoie une devise en guise de bouclier : « méthode, réalisme, ambition ». Allez savoir. Alfonsi, chef du PS local, enchaîne et parle des « résistants du centre-ville » qu’il conviendrait de mieux informer et mieux faire participer aux décisions dans le cadre de la démocratie de proximité via les conseils de secteurs. Qui disait que les socialistes n’étaient plus utopistes ? Alfonsi lui-même en concédant qu’il est « impossible de faire preuve d’une imagination débordante sur l’aménagement du centre-ville », sous-entendu que le PS fait confiance à la majorité municipale pour se dépatouiller de cette affaire. Il interpelle toutefois le maire sur des questions pratiques telles que la prolifération des rats en centre-ville ; ce à quoi Falco répond qu’il s’agit d’une affaire de civisme des habitants. L’opposition est quelque peu sceptique. Pendant ce temps, Mme Pagani-Bezy, conseillère municipale de la majorité, lit le journal gratuit Métro... Une affaire de civisme, qu’il disait.
Puis on apprend que la prison Saint-Roch sera cédée à la ville en 2006, ainsi que les deux hectares de la Marine qui jouxtent le bâtiment. M. Falco pense y placer un pôle judiciaire. Affaire à suivre.

« Je suis un homme libre »

Avant d’expédier les affaires courantes, Lorenzo Matéos, élu communiste, lance le débat sur les Cantonales et la « claque » (dixit Falco himself) des Régionales. Il en profite pour demander au maire s’il compte démissionner d’un de ses postes.
Falco tient à relativiser la défaite des Régionales par la victoire aux Cantonales de la majorité UMP. Matéos lui conteste alors la légitimité de celle de M. di Giorgio dans le 9ème Canton, précédemment détenu par Mme Daumas, conseillère municipale communiste. Rappel des faits (et des rumeurs) : le soir du premier tour des Cantonales, le candidat FN Bauer (adjoint aux pots de fleurs sous Le Chevallier) se désiste publiquement en faveur de l’UMP di Giorgio (adjoint aux pétunias actuel). Ce dernier refuse publiquement les voix FN... Mais ne refuse pas d’être élu au second tour malgré un report évident des suffrages. Le comité départemental du FN avait pourtant appelé à sanctionner le candidat di Giorgio. La candidate de gauche, Danielle Daumas, perd donc son siège. Dur à digérer d’après ses propres dires, surtout que la campagne ne s’est pas déroulée de la plus belle des manières. Selon l’élue, di Giorgio l’aurait qualifiée de « poule » et aurait placardé des gallines sur ses affiches. Il aurait aussi pratiqué l’affichage de nuit, usant et abusant des moyens municipaux pour se faire mousser auprès de l’électorat. Mais rien de ceci n’a été constaté par huissier. Chez les cyniques, cela se résume à une parole contre une autre, et à une campagne ordurière de plus dans notre belle démocratie. Plus embêtant peut-être pour di Giorgio, cette rumeur qui circule dans les ruelles toulonnaises : l’actuel adjoint aux cacas de caniche (quand il ne s’occupe pas des pétunias) disposerait de dossiers accablants à l’encontre de son prédécesseur, et lui aurait mis une certaine pression... Reste que les résultats du premier tour, avec un vote UDF fort, laissaient peu de chances à Mme Daumas de se faire réélire.
Hubert Falco répond à M. Matéos sur cette affaire, avec son bon sens qui cultive l’authentique : « si on n’a pas gagné, on a perdu ; si on n’a pas perdu, on a gagné ». Une leçon que même à Science-po, on attend la dernière année pour l’enseigner aux élèves. Hubert, quelle logique ! Mais parle-nous des victoires à la Pyrrhus... Non, ce n’est pas le moment. Pour l’instant, il informe son auditorat que la loi ne va pas tarder à supprimer les triangulaires, et que le problème du report des voix ne se posera plus en ces termes. Le problème du FN sera alors enterré... Ou bien intégré comme c’est déjà le cas dans les Bouches-du-Rhône avec l’adhésion de Simonpiéri (maire MNR de Marignane) au groupe UMP du Conseil général.
L’énoncé de l’ordre du jour reprend, quand au bout de cinq bonnes minutes, Hubert Falco se réveille et proclame : « Monsieur Matéos, je ne vous ai pas répondu sur mon éventuelle démission de mon mandat de maire » [1]. Entre autres articles évoquant la pression de Matignon pour que Hubert abandonne Toulon, citons celui de Libération (17 avril 2004) : « si tu veux rester au gouvernement, il faut que tu laisses ton fauteuil de maire » avait indiqué Raffarin à son ministre. Le quotidien ajoutait que, contre un titre de ministre délégué aux Personnes âgées, plus prestigieux que celui de secrétaire d’Etat, Hubert avait accepté de lâcher sa ville (non sans une certaine déception).
C’est un tout autre discours qui se fait entendre lors du conseil municipal de ce 23 avril. Hubert Falco déclare qu’il a « une mission passionnante : celle d’accompagner la révolution sociale du vieillissement [2]. J’irai au bout. Ensuite, je prendrai une décision dans l’intérêt général [...] C’est moi qui déciderai [...] Je suis un homme libre ». Homme libre, toujours tu chériras la mer, déclamait le poète. Hubert décidera donc de sa démission du ministère quand on le virera du gouvernement. De toutes façons, après l’été, un siège de sénateur lui tend les bras. (A moins qu’il ne fasse comme son copain Douste-Blazy, qu’il démissionne de son poste de maire pour rester au Ministère et cumuler les postes d’élu au conseil municipal et de Président de l’agglomération TPM.)

Plus près de toi, Seigneur !

Parmi les affaires courantes, est adopté le « principe de l’exposition "Marie Madeleine contemporaine" dans le cadre de la programmation 2004 du Musée d’Art et autorisation à Monsieur le Ministre délégué aux Personnes âgées, Maire de la Ville de Toulon, de signer la convention à intervenir entre la ville de Toulon et ladite association en vue de l’attribution d’une subvention de 40000 euros » (12.1.5). Aide-toi, le ciel t’aidera !

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[1] Voir « scoop : un jour, Hubert Falco ne sera plus ministre ! ».

[2] Et comme dans toute révolution, on déplore quelques morts.

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